Israël face au défi quasi existentiel de la révolte des ultra-orthodoxes | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
Israël face au défi quasi existentiel de la révolte des ultra-orthodoxes
©REUTERS/Amir Cohen

Israël

Israël face au défi quasi existentiel de la révolte des ultra-orthodoxes

Les ultra-orthodoxes en Israël sont priés de faire leur service militaire. C'est une décision de la Cour suprême du pays qui a mis fin à l'exemption de service militaire dont bénéficiait cette communauté, de plus en plus présente et influente dans le pays.

Shmuel Trigano

Shmuel Trigano

Shmuel Trigano est sociologue, philosophe et professeur des universités français.

 

Spécialiste de la tradition hébraïque et du judaïsme contemporain, il est président de l'Observatoire du monde juif et directeur du Collège des études juives de l’Alliance israélite universelle.

Il dirige également les revues Pardès et Controverses.

Voir la bio »

Atlantico : La Cour suprême d'Israël est revenue sur l'exemption de service militaire pour les juifs ultra-orthodoxes provoquant des phénomènes de violence dans le pays. Qu'est ce qui a motivé cette décision de la part de la Cour et comment interpréter les violences qui en ont découlé ?

Shmuel Trigano : Depuis 1949, l'Etat d'Israël exemptait de service militaire les jeunes issus de la communauté ultra-orthodoxe, étudiants des écoles religieuses supérieures (Yeshivot). A l'époque, celà ne représentait qu'une très faible proportion de la société. Aujourd'hui cette collectivité a connu une croissance démographique considérable et le gros de la société israélienne a commencé à trouver ce système inégal. En 2014, un parti laïciste, Yesh Atid, alors membre de la coalition gouvernementale, avait fait voter une loi annulant en grande partie cette dispense. En 2015, dans le cadre d'une autre coalition gouvernementale, les partis ultra-orthodoxes avaient obtenu le vote d'un amendement repoussant à plus tard la mise en œuvre de cette loi. C'est ce que la Cour suprême a annulé parce que, dixit la présidente de la Cour, cet amendement qui a eu pour finalité d'apaiser les partis ultra-orthodoxes de la coalition met en danger l'égalité des citoyens.

Quels sont les enjeux aussi bien économiques, politiques ou sociétaux d'une plus grande intégration de cette communauté dans le pays ? Est-ce que cette intégration pourrait passer justement par le service militaire ou est-ce faire là une erreur en prenant le risque d'aggraver les dissensions ?

Il faut savoir que, depuis la fondation de l'Etat, la communauté arabe israélienne est aussi dispensée de service militaire pour des raisons évidentes découlant du conflit, avec des exceptions cependant, surtout parmi les Arabes chrétiens. La communauté druze est aussi partie prenante du service militaire. Depuis quelques années des ultra-orthodoxes rejoignent aussi ses rangs. Tous ces phénomènes indiquent une évolution. Chez les ultra-orthodoxes, leurs membres qui se sont engagés sont exposés à des violences et à la mise au ban quand ils reviennent dans leur milieu. En fait, le problème qu'ils posent spécifiquement est considérable car la démographie ultra-orthodoxe est galopante et la pauvreté omniprésente. La sortie au travail et la conscription, et déjà l'acquisition d'une formation professionnelle, peut apparaître comme un moyen de faire face au problème social et économique à venir.

Comment expliquer alors la décision de la Cour pour un an ? N'est-ce pas là laisser le temps à Benjamin Netanyahu de faire une loi pour revenir sur cette décision ? 

C'est possible. Il est possible aussi qu'il y ait un certain réalisme au vu de la succession d'ordres et contre-ordres qui se sont suivis depuis 2014 et que la Cour se rende compte que la mise en œuvre de la décision ne puisse être immédiate. A moins que l'année supplémentaire ne soit destinée à revenir au dispositif de 1949, au "statu quo" originel, concernant le rapport de l'Etat et de la relligion, sur lequel l'Etat s'est fondé et qui fait partie du consensus constitutionnel... 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !