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Un don de sang.
Un don de sang.
©Reuters

Présumé coupable

Israël accusé de racisme : pourquoi le scandale du refus du don du sang d'une députée noire israélienne n'en est pas un

Une députée israélienne d'origine éthiopienne voit son don de sang refusé par l'équivalent local de la Croix rouge. C'est absurde, mais le racisme n'a rien à voir avec ça.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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C'est un lieu commun de le rappeler, et rappeler des lieux communs n'a sans doute pas grand intérêt (les lieux communs resteraient-ils, pour autant, des lieux communs si l'on ne les faisait plus circuler ?), mais le "storytelling" standard à l'égard d'Israël est singulièrement biaisé.

Dernier avatar en date de ce biais – mais d'ici à ce que ce texte soit mis en ligne, un nouveau buzz négatif aura vraisemblablement surgi –, le refus, par l'équivalent israélien de la Croix Rouge, d'accepter le don de sang d'une députée d'origine éthiopienne.

Résumée comme ça, l'histoire est évidemment édifiante et presse immédiatement sur tous les bons boutons : Israël est un pays raciste, ses citoyens noirs sont discriminés, et le fait qu'il s'agisse ici d'hémoglobine autorise logiquement l'évocation réflexive de nos fameuses heures les plus sombres...

Moi-même, démocrate progressiste et partisan de la paix et de l'harmonie sur terre entre humains de bonne volonté, lorsque j'entends dire qu'une personne a été privée de quoi que ce soit pour cause d'excès de mélanine, mes cellules rouges ne font qu'un tour et approchent même dangereusement de leur point d'ébullition.

Une flopée de restrictions plus ou moins pertinentes

Puis, parce que j'ai de la suite dans les idées, je procède à quelques vérifications et la température retombe. Donc, oui, une député israélienne d'origine éthiopienne a bel et bien vu son offre de sang refusée par le Maguen David Adom. Mais, non, ce n'était ni parce qu'elle était noire, ni parce qu'elle était d'origine éthiopienne, mais plus prosaïquement parce que le don du sang, en Israël comme en France ou dans n'importe quel autre pays sanitairement structuré, est soumis à une flopée de restrictions plus ou moins pertinentes.

En l'espèce, et c'est ce que l'on peut lire (en anglais) sur le site de l'agence de collecte du pays, les dons de personnes ayant séjourné plus d'un an depuis 1977 dans un coin du monde ou le sida est endémique (soit de gros bouts d'Afrique et d'Asie) sont extrêmement réglementés. Mais cette précision vient juste après celle concernant les généreux donateurs ayant vécu en Grande-Bretagne et en Irlande pendant les années de vache folle, ce qui en réduit passablement la lecture ethnique (enfin, il me semble, c'est juste un point de vue).

Après tout, est-ce si différent des raisons pour lesquelles un non-Israélien/non-Éthiopien d'origine dans mon genre, ayant eu le malheur, ou l'honneur, c'est selon, de résider du côté de Londres et de Manchester dans les années 80, se voit interdit de don de sang dans les centres de collecte français ? Je ne crois pas. Dans les deux cas, en fait, ces restrictions semblent dictées par un principe de précaution confinant à l'absurde : une députée israélienne d'origine éthiopienne en bonne santé et n'ayant pas mis les pieds dans son pays de naissance depuis 25 ans ne fait certainement pas courir de risque majeur à ses compatriotes en attente d'une transfusion ; pas plus qu'un journaliste marseillo-breton n'est un danger pour les accidentés de la route bien de chez nous...

Creutzfeld-Jacob, c'est pas un peu juif, ça ?

Je me demande d'ailleurs ce que feraient les Britanniques, dont la majorité des citoyens de plus de 30 ans cohabitaient malgré eux avec un prion baptisé Creutzfeld-Jacob pendant les années où il sévissait (hum, Creutzfeld-Jacob, c'est pas un peu juif, ça ?), s'ils avaient la même approche saugrenue. Bon, ils pourraient toujours importer du sang français, mais l'histoire montre que ce n'est pas toujours une bonne idée.

Bref, non, Israël ne refuse pas les dons de sang des députés noirs et, oui, ce pays ferait bien, comme la France d'ailleurs, de rafraîchir un poil ses restrictions de collecte (demandez leur avis aux donneurs homosexuels, si vous en doutez). Il va d'ailleurs le faire à la suite de cette affaire, ce qui prouve une fois encore qu'à quelque chose malheur est toujours bon. Mais le "storytelling" biaisé à l'égard d'Israël en sera-t-il au moins légèrement atténué ? Je n'en mettrais pas main à couper (j'aurais bien trop peur de ne pas pouvoir être transfusé une fois débarqué aux urgences en pissant le sang).

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