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Martine Aubry vient de quitter son poste de Premier secrétaire du Parti socialiste, elle livre ses projets d'avenir dans une interview. Elle ne ferme pas la porte à Matignon.
Martine Aubry vient de quitter son poste de Premier secrétaire du Parti socialiste, elle livre ses projets d'avenir dans une interview. Elle ne ferme pas la porte à Matignon.
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Partir pour mieux revenir ?

Intermittente du recours : à quoi pense donc Martine Aubry en se coiffant ?

Alors que Martine Aubry vient de quitter son poste de Premier secrétaire du PS, elle livre ses projets d'avenir dans une interview accordée à Paris Match et ne ferme pas la porte à Matignon. Mais 68% des Français ne souhaitent pas que la maire de Lille joue un rôle important au cours des prochaines années.

Isabelle  Giordano

Isabelle Giordano

Isabelle Giordano est une journaliste, animatrice de télévision et de radio française. Elle a également publié plusieurs livres, dont deux biographies sur Martine Aubry : Martine : Portrait intime et Martine, le destin ou la vie paru aux Éditions Grasset en 2002.

 

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Atlantico : Alors que Martine Aubry vient de quitter son poste de Premier secrétaire du Parti socialiste, elle livre ses projets d'avenir dans une interview accordée à Paris Match. Elle ne ferme pas la porte à Matignon. Alors que la gauche est actuellement en difficulté, la maire de Lille peut-elle être un recours pour le PS ?

Isabelle Giordano : Lorsqu'elle été numéro deux du gouvernement de Lionel Jospin en 1995, elle a montré ce qu'elle savait faire avec sa méthode, un mélange d'autorité et de connaissance des dossiers. Personne ne peut dire aujourd'hui si Jean-Marc Ayrault quittera Matignon dans les mois qui viennent. Mais en cas d'échec du Premier ministre, elle pourrait être un recours intéressant.

Lors de la dernière université d'été du PS, je l'ai interrogée sur son avenir. Elle a laissé planer le mystère. On se demande si elle va se contenter de Lille dans les années qui viennent ou si elle se réserve pour Matignon. Elle a la carrure pour assumer. Mais, on connaît aussi ses défauts... Est-elle est capable de fédérer une équipe gouvernementale autour d'elle, de faire l'unanimité ?  Va-t-elle, au contraire, diviser pour mieux régner ? 

La gauche qu’incarne Martine Aubry est-elle fondamentalement différente de celle de François Hollande ?

La gauche de Martine Aubry est peut-être plus à gauche que la social-démocratie que représente François Hollande. Mais, aujourd'hui, tout le monde a conscience de l'ampleur de la crise et ses marges de manœuvre seraient sans doute aussi faibles que celles de l'équipe gouvernementale actuelle.

La maire de Lille est toutefois l'une des rares personnalités politiques à avoir travaillé pour le secteur privé. Elle a l'expérience du monde de l'entreprise. A la tête de la communauté urbaine de Lille, elle est vraiment en liaison avec les patrons. Elle est capable de faire le grand écart, de parler à la fois aux patrons et aux syndicats. Dans ce moment de crise, c'est un atout.

Son départ du PS semble laisser les Français indifférents. 68% d’entre eux ne souhaitent pas que la maire de Lille joue un rôle important au cours des prochaines années, selon une enquête de l’Ifop pour le Journal du Dimanche. Comment expliquer ce désamour des Français pour Martine Aubry ? 

Martine Aubry a une personnalité "clivante". Elle attire une certaine animosité. Son image de "dame des 35 heures" plaît à certains, mais déplaît fortement à d'autres. Elle ne suscite jamais des remarques tièdes. A gauche, elle reste populaire, mais pas pour l'ensemble des Français. Elle véhicule toujours cette image de femme très dure à la mâchoire serrée.

Elle est  pourtant capable de diriger une ville comme Lille en faisant beaucoup de compromis et de concessions. C'est aussi une femme de dialogue. Martine Aubry est ambivalente et multi-facettes. C'est aussi ce qui l'a rend intéressante.

Avec elle, tout peut arriver ! Martine Aubry à Matignon, malgré les sondages ? Rien n'est impossible...

Peut-elle profiter de son retrait national pour inverser sa cote de popularité ?

Non, je pense qu'elle va profiter de son retrait pour faire ce qu'elle adore faire : rencontrer des intellectuels, des gens qui sont dans le monde de la création, de l'innovation et de la culture. Martine Aubry est aussi passionnée par le monde des idées. Elle va peut-être alimenter Terra Nova ou son propre Think Thank.

Par ailleurs, Martine Aubry va bientôt être grand-mère et sa famille sera aussi une priorité. Toutefois, elle continuera à cultiver et alimenter les "réseaux Aubry".

Dans son interview à Paris Match, Martine Aubry précise :  "Mon objectif dans la vie n'est pas, comme d'autres, d'être Premier ministre. Je ne me projette pas." A-t-elle vraiment envie ?

C'est le titre de mon livre : Le destin ou la vie. Est-ce que je me consacre à la politique à 400% ou est-ce que je choisis ma famille, mes amis ?

Encore une fois, elle est toujours un peu ambivalente. On se demande toujours si elle va quitter la vie politique. Je ne crois pas que ce soit une stratégie. C'est une femme de doute.

Son père, Jacques Delors, avait préféré renoncer à se présenter à l’élection présidentielle alors qu’il était favori des sondages, préférant jouer le rôle du sage. Martine Aubry serait-elle tenté d’occuper la même posture?

Les deux parcours ne sont pas comparables. En 1995, Jacques Delors voulait avoir les mains totalement libres pour exercer le pouvoir. Il a fait une sortie spectaculaire qui a marqué l'époque.

Martine n'a pas la même démarche. Je pense qu'elle est sincère lorsqu'elle dit à Paris Match qu'elle désire être utile, mais qu'elle n'est pas obsédée par le pouvoir. S'il faut remplacer un jour ou l'autre Jean-Marc Ayrault, je pense qu'elle acceptera. Lors de "l'épisode DSK", elle s'est mise au garde-à-vous comme une bonne élève en réserve de la République. Elle s'est présentée à la primaire, mais à priori, elle avait envie que ce soit Dominique Strauss-Kahn qui aille au front.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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