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Les entrepreneurs parlent aux Français

Interdire la publicité sur les prix : un acte de salut national

Derrière chaque prix baissé, il y a la baisse du salaire d’un homme et au delà d’un seuil, c’est son emploi même qui tombe.

Je déteste les prix bas. Je déteste le pouvoir d’achat. Je hais ceux qui le prônent à longueur de publicité. L’obsession du pouvoir d’achat nous a conduit à l’impuissance économique. A l’impotence. Le prix bas signifie la fin des marges, et donc de l’investissement. Et au final de l’emploi. Le pouvoir d’achat a garantit une seule certitude, des prix toujours plus bas pour un chômage toujours plus haut. Nous sommes, sans surprise, le pays roi de la grande distribution et le pays roi du chômage. Non que cette industrie soit à jeter avec l’eau d’un bain déjà bien sale. Mais elle doit se réformer au plus vite, car elle a pollué la vision des français sur les prix et leur formation. Il a insidieusement, année après année, persuadé les français qu’il était sale de vendre au prix et entraîné la confusion entre le prix brut du produit et le travail humain qui l’accompagne, qu’on a ainsi nié et anéanti. Ces acteurs économiques ont le pouvoir de vendre autrement et de délivrer d’autres messages. Nous comptons sur eux. Derrière chaque prix baissé, il y a la baisse du salaire d’un homme et au delà d’un seuil, c’est son emploi même qui tombe.

Pourquoi cet énervement à quelques jours des vacances, cette période béate qui marque le retour de l’insouciance, des jours heureux, qui pousse à mettre sous le sable les problèmes majeurs pour les repousser à la rentrée ? Simplement parce que, ce matin, je conduisais en rentrant d’une séance intensive de sport destinée à acclimater mon physique aux normes en vogue dans les magasines de mode estivale, et juste avant de retirer la clé du contact, je tombe sur une publicité d’Intermarché (cela aurait pu être Leclerc ou un autre).

Cette magnifique publicité, la même depuis des siècles, ce qui désespère de la faculté d’innovation des conseils qui leur facturent des honoraires, rappelait son combat sans merci contre la vie chère. « P… C’est quoi la vie chère ? » me suis-je surpris à crier seul dans ma voiture, entamant ainsi un monologue inédit avec une radio analogique ! Qui a vue la vie chère quelque part ?

Les prix ne cessent d’être tirés vers le bas depuis 30 ans par la distribution au point que les emplois de proximité qui permettaient à des communes et villes entières françaises de vivre et prospérer, ont été remplacés par des embauches de personnel chez pôle emploi pour traiter les licenciés. Avec le succès que l’on connaît ! Chaque jour les distributeurs cherchent à écraser un producteur local, qui soit finit par mettre la clé sous la porte, soit se trouve remplacé par un producteur d’Europe de l’Est ou Asiatique qui assume sans état d’âme, de faire travailler un gamin pour 150$ le mois (voire moins).

Le prix bas pour le consommateur c’est le prix haut pour la société. N’en avons nous pas assez d’entretenir des millions de chômeurs pour gagner quelques centimes sur nos achats ? Si nous continuons à vouloir payer peu, nous finirons pas le payer cher !

Une société pour prospérer doit investir. Tout fournisseur de la grande distribution (je parle des PME, pas des Coca et autres fournisseurs officiels de diabète) sait que le donneur d’ordre connaît ses prix mieux que lui même et ne lui laisse que la marge nécessaire à en faire un esclave docile capable de le servir le temps qu’il le souhaite. Et donc ne lui laisse pas la moindre marge d’investissement. Sans investissement pas d’emplois. C’est aussi une des raisons qui explique la faible internationalisation de nos PME et l’épouvantable déficit, permanent, de notre commerce extérieur. Nos PME sous domination de grands groupes, n’ont pu franchir la frontière de l’international pour rester écrasées sous le tapis des faibles marges et des délais de paiement.

J’aimerais donc proposer au Président de la République, qui montre depuis quelques semaines qu’il avait poigne et autorité, de devenir le chef des armées des PME, de devenir le chef des armées des consommateurs français, qui eux aussi doivent se reprendre et assumer leurs choix. Alimenter le système à perdre, par le pouvoir d’achat, c’est appauvrir la société française, en clair, scier la branche sur laquelle on est assise. A nous consommateurs de gagner en million plutôt qu’économiser des centimes. Nous sommes les premiers responsables de notre propre économie.

Le patron de Carrefour avait sifflé la fin de la publicité uniquement axée sur les prix l’année passée. Je l’en ai remercié. Chaleureusement. 

Dans le même temps nous mettons des messages inutiles sur les paquets de cigarettes. Message brillant quand on y pense. « Fumer tue » ! Mais on les vend quand même !! Et la solution, c’est le prix toujours plus haut. Cherchez l’erreur. On cherche à prospérer sur la mort par les prix hauts d’un côté, mais on ne fait rien sur le prix bas, de l’autre ! Serait-ce lié à la recette énorme que la mort à petit feu rapporte à l’Etat ? Non, je ne peux le croire J

Donc je suggère la mesure suivante, qui j’en suis certain, par l’interdiction des publicités sur les prix bas, permettra de relancer la France par le haut.

Interdire totalement et définitivement la publicité sur les prix. En marquant sur chaque pub ou produit discounté « le prix bas tue ». Plus une seule publicité à la radio ou la télé sur le prix. Ou alors, lorsque l’on montrera ces 2 imbéciles qui font pour un autre distributeur, le tour de France des prix les moins élevés, imposons de montrer la situation financière et humaine, des entreprises qui les fournissent, ou plutôt de ceux qui ne les fournissent plus, faute d’hommes discountés à leur fournir ou de jeunes mineurs à mettre dans les usines ou les champs pour les remplacer.

Ainsi occupé à choisir le produit en fonction de sa qualité, du fait d’une politique de transparence accrue, sur la composition et la provenance des produits, nous pourrons à nouveau permettre aux Français de faire des achats responsables, tout en laissant des prix bas à certains produits, pour ceux de nos concitoyens qui n’ont pas les moyens de s’offrir des produits plus chers. En privilégiant la qualité sur le prix bas, nous réaliserons que la vente d’un produit doit intégrer non pas le prix de la matière brute, mais le travail humain qui l’accompagne. Moins obsédés par les prix, nos distributeurs pourront peut-être même remettre en rayon des t-shirt et chemises fabriqués en France, et, soyons fous, peut-être relancer un secteur qui ne sait plus fabriquer ni le tissus, ni le produit. Qui a perdu même ses filières de formation.

Alors pour l’été, méditons cette mesure, sur les plages où les prix sont d’ailleurs si hauts, les commerçants sont riches, embauchent et dépensent. En clair, on appelle cela la croissance. Bon été et RV depuis les USA à partir de la semaine prochaine.

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