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Et s'il était temps d'imaginer une Charte de l'Islam de France ?
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Laïcité

Et s'il était temps d'imaginer une Charte de l'Islam de France ?

L'UOIF, Union des organisations islamiques de France organise ce weekend son congrès annuel au Bourget. Six des prédicateurs invités ont été interdits de séjour en France suite à leurs discours appelant à la haine et à la violence. Des discours pourtant en phase avec l'idéologie prônée par l'UOIF, pour qui la seule Constitution est le Coran. L'occasion de regarder en face les points de friction entre un islam ultra-orthodoxe et les lois de la République.

Alexandre Del Valle

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient dans des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan), La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) ou bien encore Le Projet: La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde (Editions de L'Artilleur). 

Son dernier ouvrage, coécrit avec Jacques Soppelsa, La mondialisation dangereuse, est paru en septembre 2021 aux Editions de l'Artilleur. 

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Après les massacres commis par Mohamed Merah, on a pu réaliser que le terrorisme salafiste n’est pas mort avec la capture de Ben Laden, mais qu’il peut être le fait de Français musulmans « auto-radicalisés » fanatisés par les prédicateurs du Jihad.

Pour répondre à ce défi, le Ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, a fait arrêter et expulser des agitateurs islamistes aux discours anti-français et judéophobes, notamment les membres de Forsane Alizza, qui voulaient établir un khalifat en France. De son côté, le président de la République a décidé de réprimer sévèrement ceux qui, sous couvert de religion,  prêchent la haine auprès des jeunes. D’où l’interdiction du télé-prédicateur vedette d’Al-Jazeera, Youssef al-Qaradaoui, invité par l’UOIF (Union des organisations islamiques de France), au congrès islamique annuel du Bourget.

L’interdiction a frappé également cinq autres prédicateurs invités par l'UOIF, accusés de tenir  des « propos qui appellent à la haine et à la violence et portent gravement atteinte aux principes de la République». On ne peut que saluer cette fermeté ainsi que le message clair envoyé à l’UOIF par Nicolas Sarkozy, avertissant l’organisation qu’aucun discours de haine ne sera toléré au congrès du Bourget, une première pour l’association habituée à être courtisée.  

Un prédicateur antisémite invité de l’UOIF, une erreur de casting ?

Mais le fait même que cette organisation qui donne régulièrement des leçons de morale antiraciste ait pu  inviter un Youssouf al-Qardaoui, qui justifie par ses fatwas les attentats kamikazes ou appelle à tuer les « apostats » est d’autant plus grave que l’UOIF est l’un des piliers du Conseil français du culte musulman (CFCM) censé gérer l’islam de France et représenter nos compatriotes musulmans. Or, Qardaoui n’est pas n’importe qui : il préside le Conseil européen de la fatwa, basé à Londres, dont une fatwa du 28 juillet 2003 justifie les attentats kamikazes, au motif que les juifs, même enfants, sont des cibles légitimes car tous potentiellement soldats israéliens, exactement ce que pensait le tueur de Toulouse. Qardaoui préside aussi le centre de formation d’Imams européens de Saint Léger du Fourgeret, lié à l’UOIF.

Entre 2003 et 2005, avec Rachid Kaci et d’autres, j’avais tenté de sensibiliser les politiques, dont  le ministre de l’Intérieur d’alors, Nicolas Sarkozy, de la dangerosité des idées de Qardaoui, qui, dans son ouvrage, Le Licite et l’Illicite, diffusé par les Frères musulmans et l’UOIF, explique comment frapper sa femme ou tuer les apostats… Mais il serait stérile d’accabler l’actuel président de ne pas avoir agi plus tôt contre l’UOIF, car s’il a cru pouvoir un temps canaliser ces mouvances en les officialisant via le CFCM, le Président a maintenant parfaitement compris que les islamistes, même « modérés », ont besoin de limites claires, afin de ne plus être tentés de saper impunément les valeurs des démocraties. Car le terrorisme ne commence pas avec la préparation d’un attentat, mais avec l’enseignement de la haine, même sous couvert « d’orthodoxie religieuse » ou d’antisionisme, postures chères aux islamistes et à leurs alliés rouges qui rêvent d’importer le conflit israélo-palestinien et l’Intifada en France.  

Comme le dénonce l’Imam  de Drancy Hassen Chalghoumi,menacé de mort par les islamistes et qualifié « d’imam des Juifs » pour avoir dénoncé l’antisémitisme pro-palestinien du Hamas, l’UOIF importe dans nos banlieues le conflit israélo-palestinien, en soutenant l’aile la plus dure et la plus anti-juive du mouvement palestinien, le Hamas, organisation terroriste issue des Frères musulmans qui règne en maître à Gaza. L’UOIF soutient des organisations « caritatives » comme le Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens (CBSP), qui envoie de l’argent au Hamas. A chaque congrès du Bourget, on peut trouver des publicités du CBSP qui soutient financièrement les familles des kamikazes…

 « Le Coran est notre Constitution »

L’UOIF a été créée en 1983 par des étudiants et des exilés de pays arabes, dont le leader du mouvement islamiste tunisien Ennahda, Rachid Ghannouchi, ou des proches de Fayçal Mawlawi, un activiste libanais co-fondateur de l'Association des étudiants islamiques de France (AEIF) leader du mouvement islamiste libanais Jamaat Islamiyya. L’UOIF contrôle l'Union des organisations islamiques en Europe (UOIE), basée à Londres, co-présidée par Qardaoui. Les liens entre l'UOIF et les Frères musulmans égyptiens sont indéniables : le représentant de la branche européenne de l’UOIE, Ahmed al-Rawi, est l'ambassadeur des Frères musulmans en Europe. L’UOIF diffuse la pensée de Hassan al-Banna (créateur, en 1928, des Frères musulmans en Egypte) ; de Sayyid Qotb, théoricien du jihad, pendu en 1966 par Nasser pour terrorisme, et Abou Ala al-Mawdoudi, théoricien indo-pakistanais de  la « lutte contre le pouvoir infidèle »…

L’UOIF diffuse des brochures comme «Critique pour une organisation musulmane», qui apostrophe les musulmans « hérétiques » qui rejettent le salafisme d’Ibn Taymiyya, inspirateur lointain de l’islamisme radical, ou de Mohamed ibn Abdelwahab, créateur du wahhabisme en vigueur en Arabie saoudite. Bien que réputé plus « modéré » que son prédécesseur, son actuel  président et cofondateur, Ahmed Jaballah, a dépeint l'UOIF comme « une fusée à deux étages, le premier étant démocratique et le second mettant en orbite une société islamique»... La devise de l’UOIF est d’ailleurs la même que celle des Frères musulmans égyptiens : « le Coran est notre Constitution ».

Empêcher l’intégration des Musulmans français issus de l’immigration

L’objectif des Frères musulmans européens est d’empêcher l’intégration des jeunes Français musulmans aux valeurs « impies » de l’Occident par le repli communautaire. D’où l’accent mis sur le voile, le refus de la mixité ou l’obsession du hallal. L’objectif est de remettre dans le « droit chemin » les « mauvais croyants », jetant la suspicion sur les musulmans laïques, athées, puis de resserrer les liens par la dénonciation paranoïaque de « l’islamophobie » européenne. Certes, l'UOIF prétend accepter les lois de la République, mais ses membres appellent à des manifestations contre les lois interdisant le voile ou la burka ou les dénoncent sur Al-Jazeera.

A chaque attentat islamiste, chaque « affaire » de voile ou de « caricatures de Mahomet », les « Frères » distillent distillent leur victimisme communautaire en dénonçant « l’amalgame », ce qui leur permet d’éviter toute autocritique et de faire de l’« islamophobie » l’unique responsable des problèmes des musulmans. Comble de l’ironie, des prédicateurs de proches de l’UOIF abreuvés de littérature antisémite et anti-occidentale font passer leurs doléances obscurantistes pour des postures anti-racistes, invoquant même la « laïcité aménagée » et le « pluralisme»… Les idéologues de référence de l’UOIF sont hostiles à l’Occident, mais Youssouf al-Qardaoui et son disciple Tariq Ramadan, idole des jeunes de l’UOIF, justifient  théologiquement la présence de Musulmans en terre « infidèle » par le prosélytisme et le communautarisme islamistes, l’Europe étant passée du statut coranique de « terre de la guerre » (« dar al-Harb ») à celui de « terre de mission » ou du « témoignage » (« dar-al-Daàwa ou dar al shahada »). C’est ainsi que les Frères européens réussissent le tour de passe-passe de soutenir le jihad contre Israël ou les Américains en Irak mais le condamnent en Europe.

Avec les vrais adeptes d’un Islam respectueux des valeurs de la République comme le Cheikh soufi Bentounès, nous estimons qu’il est urgent de mettre sur pied une instance de l’islam de France représentant les Français musulmans à qui l’on doit proposer autre chose que la Charià rétrograde, la paranoïa communautariste ou l’antisionisme obsessionnel. Les musulmans de France méritent mieux que cela.

En attendant, nous réitérons notre appel au Président de la République et au Ministre de l’Intérieur à faire signer, par les organisations musulmanes du CFCM, une « Charte de l’Islam de France » qui, sur le modèle de ce que fit Napoléon avec les Juifs pour créer le Consistoire, exposerait les points de discorde entre la loi républicaine et la Charià, invitant ainsi les associations islamiques à rejeter explicitement la peine de mort pour les « apostats » prévue par la Charià ou à reconnaître le droit de choisir sa religion, interdit par l’islam orthodoxe. On se rappelle que lorsque Jean Pierre Chevènement, alors Ministre de l’Intérieur, tenta de le faire, l’UOIF mena la fronde et refusa de signer, esquivant un débat gênant en hurlant à la « stigmatisation des musulmans ». Mais les temps ont changé.

Après la tuerie de Montauban et Toulouse, ceux qui croient pouvoir se jouer de la tolérance et de la repentance, dénoncée à juste titre par Nicolas Sarkozy en 2007, ne doivent plus bénéficier d’aucune complaisance. Ce serait un acte de salubrité publique que de faire faire interdire, non pas seulement la venue de Qardaoui à un Congrès, mais son best-seller, bible de l’UOIF, jadis interdit lorsque Charles Pasqua était ministre de l’Intérieur, mais aujourd’hui en vente libre en France : Al Hallal wal haram, (le licite et l’Illicite), manuel de légitimation religieuse de l’antisémitisme, de la misogynie, et de l’incitation au meurtre des apostats.

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