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"Certains signes avant-coureurs pourraient laisser penser à une nouvelle donne dans l’équipe gouvernementale pour aborder une année charnière."
"Certains signes avant-coureurs pourraient laisser penser à une nouvelle donne dans l’équipe gouvernementale pour aborder une année charnière."
©Reuters

Plus belle sera la rentrée ?

Impôts, remaniement, zone euro : ce qui va se décider pendant le mois d’août

Août ne rime pas avec vacances pour tout le monde... Petit tour d'horizon des questions et des dossiers qui, malgré le break assumé du gouvernement, vont progresser pendant la pause estivale.

Cécile Chevré et Éric Verhaeghe

Cécile Chevré et Éric Verhaeghe

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’Institut national des techniques de documentation (INTD). Elle rédige chaque jour la Quotidienne d'Agora, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

Éric Verhaeghe est l'ancien Président de l'APEC (l'Association pour l'emploi des cadres) et auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr

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Atlantico.fr : Le projet de loi de finances 2014 se prépare : un coup de bambou fiscal pour un déficit qui se creuse ?

Eric Verhaeghe : Officieusement, le gouvernement doit trouver 6 milliards d’euros de recettes nouvelles en 2014 pour tenir les engagements budgétaires de la France. Avec ce chiffre pourtant modeste, au fond, nous aurons encore amélioré notre performance au championnat mondial de la part du PIB consacrée à la dépense publique - alors que nous sommes déjà médaille d’or. 

En réalité, c’est bien plus de 6 milliards qu’il faudra mobiliser, et l’ardoise risque de se transformer en commandement d’huissiers à nos portes.

D’abord parce que le déficit se comporte beaucoup plus mal qu’on ne le dit. Fin mai, il était supérieur de 3 milliards à celui de 2012 à la même date, alors que la France s’était initialement engagée à le réduire de 30 milliards. Pour continuer sur la trajectoire du 3% de PIB en 2015, il faudrait donc donner un plus que sérieux tour de vis. Il faudra regarder de près la situation au 30 juin, mais il y a peu d’espoir que la tendance s’inverse.

Ensuite, parce que les promesses de réduire la dépense publique de 10 milliards, faites par François Hollande, se sont étouffées et diluées dans les épaisses moquettes des conseillers budgétaires qui doivent les mettre en musique. A ce stade, pas un seul des brillants petits marquis qui peuplent les allées du pouvoir n’a songé au pourquoi du comment on pourrait parvenir à ce résultat. On préfère gloser de façon stratosphérique sur des sujets élevés, au lieu d’aborder des questions vulgaires comme le management des services, les gains de productivité et l’amélioration de la performance administrative.

Résultat ? Le déficit en fin d’année sera sans doute supérieur à 4% du PIB, et celui de 2014 ne sera pas meilleur.

Traduction? La note de la France va méchamment dévisser, les taux vont monter, et ça va faire très mal.

Vers un remaniement ministériel ?

Eric Verhaeghe : Tiens ! Vous avez remarqué, plus personne n’en parle... Faut-il se méfier de l’eau qui dort ? En tout cas, malgré le silence médiatique, certains signes avant-coureurs pourraient laisser penser à une nouvelle donne dans l’équipe gouvernementale pour aborder une année charnière.

Quels signaux faibles ? Par exemple, le député du Nord Christian Bataille a ce samedi, dans une interview au Figaro, appelé le majorité à «remettre les Verts à leur juste place». Il faisait notamment allusion à l’affaire des OGM, sur laquelle François Hollande refuse de profiter de la position d’ouverture du Conseil d’Etat pour en autoriser la culture. Selon Christian Bataille, il s’agit d’une nouvelle concession faite aux Verts, après l’interdiction du gaz de schiste.

Tout cela commence quand même à faire beaucoup pour un seul parti pourtant très bien traité par Martine Aubry à l’occasion des législatives.

Dans le même temps, le directeur de cabinet de Cécile Duflot s’est trouvé un point de chute dans le logement social, au moment où sa ministre a déposé sa loi au Parlement. Tout cela sent le jeu de chaise musicale.

Dans tous les cas, les Verts, comme les Socialistes (et les autres d’ailleurs), n’auront dans les semaines à venir plus qu’une seule idée en tête: les élections municipales et, dans le cas des Verts, les élections européennes. Pour les Verts, l’enjeu est de taille : comment valoriseront-ils, dans les urnes, la séquence qui a commencé en mai 2012 ?

Une hypothèse probable est qu’ils n’aient guère envie de subir le même sort que le parti socialiste, dont on peut penser qu’il sera lourdement sanctionné dans les urnes. Une stratégie gagnante pour les Verts peut donc consister à aller au clash, plus ou moins orchestré avec le Premier ministre lui-même, pour marquer leur différence et manifester leur désapprobation vis-à-vis de la mollesse de l’équipe en place.

Pour Jean-Marc Ayrault, cet horizon peut aussi constituer une tentation. Pour sauver les meubles de la gauche, il peut plaider auprès de François Hollande de jouer un va-tout dans la dernière ligne droite avant deux échéances électorales qui pèsent pour le parti socialiste. A n’en pas douter, il ne sera pas seul à plaider en ce sens: les maires socialistes ont du souci à se faire, alors qu’ils constituent les piliers du parti.

Hop, donc ! On jette les dés début septembre sur le mode du : « une équipe resserrée, plus cohérente, pour une gauche combative qui se ressaisit. »

Une grogne militaire d’une portée délicate ?

Eric Verhaeghe : Lors du Conseil des ministres du vendredi 2 aoput, le ministre de la Défense a présenté une loi de programmation militaire, qui cadre les dépenses jusqu’en 2019, d’un format inattendu. Si le ministre prévoit un budget de 31,4 milliards d’euros sanctuarisé par François Hollande (mais avec des hypothèses de travail qui montrent bien que Bercy n’a pas dit son dernier mot), il valide 24.000 suppressions d’emploi, c’est-à-dire la disparition de 6 régiments, et une saignée dans les effectifs de soutien. A ce chiffre, il faut ajouter les 11.000 suppressions d’emploi prévues sous l’ère Sarkozy et non réalisées à ce jour.

Autrement dit, l’armée française va perdre 15% de ses effectifs en 5 ans.

Dans le même temps, le budget de l’armement est globalement préservé. Nos soldats peuvent donc assez légitimement se demander si le ministère de la Défense n’est pas devenu le ministère de l’Industrie de Défense avant de porter les ambitions stratégiques de la France.

Cette décision, qui préserve les intérêts économiques et ne ménage pas les militaires, pourrait constituer un dangereux casus belli pour un certain nombre d’officiers remontés par la majorité présidentielle. Entre mariage pour tous et soupçons de préférences maçonniques dans les promotions et le commandement, l’aile traditionnelle de notre armée risque de perdre son sang-froid.

Retour de la crise de l’euro ou pas ?

Cécile Chevré : A-t-elle vraiment cessé ? Non, le problème de l’euro n’est pas terminé, il devrait même s’accentuer à l’automne avec les élections législatives allemandes de septembre. Entre temps, l’Espagne, l’Italie, la Grèce et le Portugal se débattent toujours avec leurs problèmes.

La crise de l’euro est l’histoire d’un malade que l’on prolonge indéfiniment en espérant qu’entretemps une solution sera retrouvée. Nous assistons au cycle sans fin des rémissions et des rechutes mais aucun traitement définitif n’est trouvé jusqu’à présent.

Des titres du genre “Quand Draghi a sauvé la Zone euro” sont désespérants. Qu’est-ce qui a été sauvé alors que la zone euro est toujours aussi menacée et que ses banques sont les plus dangereuses de la planète ?

A chaque fois que nous faisons un état des lieux du malade grec ou espagnol, la sortie des pays les plus fragiles paraît la seule solution envisageable. Et à chaque fois, la possibilité de la mise en place d’une Eurozone à deux vitesses semble de plus en plus probable.

La zone euro va avoir besoin de réformes en profondeur pour réussir à faire fonctionner avec la même monnaie et la même politique monétaire des pays aussi différents que la Grèce, l’Italie, la France, l’Allemagne, la Slovénie ou le Luxembourg.

Wait and see... Et on ne devrait pas attendre trop longtemps car les élections allemandes approchent à grands pas.

Krach obligataire ou pas ?

Cécile Chevré : Nous répondrions bien krach... mais pas tout de suite. Et pas forcément celui que nous attendons tous (à savoir celui des Etats-Unis). A moyen terme, la menace de krach paraît plus élevée au Japon. Et même en Europe.

Quant aux Etats-Unis... Le coup de semonce – la remontée de près d’1% des rendements US – a été bien entendue par Ben Bernanke. Il est intervenu par deux fois pour nuancer ses propos de juin dernier annonçant un ralentissement du quantitative easing. Pour le moment, le président de la Fed est bloqué : il ne peut n’y arrêter ses achats d’obligations, ni remonter ses taux.

Il ne faut pas non plus oublier que la confiance accordée par les marchés aux bons du Trésor est relative, elle doit se comprendre par rapport aux autres classes d’actifs. Oui, les Etats-Unis sont extrêmement endettés, oui, ils ne rembourseront pas leurs dettes. Mais ils restent la première puissance économique et financière au monde. Ils détiennent la monnaie de réserve mondiale. Leurs marchés actions sont les plus suivis. Les marchés, par principe, font plus confiance aux Etats-Unis qu’aux autres pays de la planète, à tort peut-être mais pour le moment, cette confiance n’est pas profondément ébranlée.

Les choses changeront peut-être quand le capital de confiance dont bénéficient les Etats-Unis sera bien entamé. Mais cela ne sera pas tout de suite.

Ceci posé, cela ne signifie pas que le marché obligataire US sera de tout repos, des soubresauts sont tout à fait possibles. Dans ces conditions, la récente remontée des rendements paraît même salutaire : elle met un peu plus en adéquation le risque et le rendement. Attention, cela ne signifie pas que nous recommandons les bons du Trésor – ils sont toujours autant à fuir !

Dernier point encore plus fondamental : la remontée, même progressive, des rendements des bons du Trésor mine la pauvre croissance américaine.

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