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L’immobilisme, c'est maintenant : Hollande veut-il vraiment recueillir l'héritage Chirac ?
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Samouraï de Corrèze

L’immobilisme, c'est maintenant : Hollande veut-il vraiment recueillir l'héritage Chirac ?

Ce lundi, Jacques Chirac a commenté son entretien en Corrèze avec François Hollande avec ces mots : « très bien, très amicalement ». Pendant la campagne présidentielle, il avait provoqué la surprise générale en déclarant qu'il voterait pour M. Hollande. Issu d’une famille laïque, un temps militant au parti communiste, quelle est la vraie couleur politique de Jacques Chirac ?

André Bercoff

André Bercoff est journaliste et écrivain. Il est notamment connu pour ses ouvrages publiés sous les pseudonymes Philippe de Commines et Caton.

Il est l'auteur de La chasse au Sarko (Rocher, 2011), Qui choisir (First editions, 2012), de Moi, Président (First editions, 2013) et dernièrement Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France et moi : Chronique d'une implosion (First editions, 2014).

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Chirac a certes signé l'appel de Stockholm pour la paix dans le monde et aurait vendu L'Humanité quand il avait dix-neuf ans. Cela ressort plus du vieux proverbe légèrement réac et assez daté : "ne pas être communiste à vingt ans, c'est n'avoir pas de coeur, le rester à quarante, c'est n'avoir pas de tête." Jacques Chirac, si l'on examine son fascinant parcours, s'est montré l'idéologue le plus accompli du pragmatisme à géométrie variable. Il s'est très tôt forgé une réputation méritée de serreur de louches et de culs des vaches, d'amateur de bonne chère et de bonne chair, de Français comme on les aime en politique depuis la IIIème République, voguant sans coup férir de salons de l'agriculture en têtes de veau ravigotes. Mais cela, c'est le décor ; bien avant Hollande, il a su que l'ENA était soluble en Corrèze et que son appartenance à l'élite de la République n'allait jamais, chez lui, empêcher le contact populaire, contrairement à Giscard qui n'arriva jamais à se dépêtrer de d'Estaing.

Mais l'essentiel demeure que chez celui que l'on baptisa dès 1971 de "samouraï de Corrèze" qui fit ses classes chez Georges Pompidou et pour qui Marie-France Garaud et Pierre Juillet, ainsi que pour un temps Charles Pasqua, furent des mentors absolus, l'ambition fût la raison de vivre. Grandi dans le sérail du pouvoir, ses précepteurs s'aperçurent très vite de ses capacités de tueur et surent en user sans modération. Liquider Chaban au profit de Giscard, balayer Giscard au profit de Mitterrand, sans compter quelques autres petits meurtres entre amis : voilà qui montre les qualités d'un guerrier bien appliqué sur la route du pouvoir. Il sut, avec l'aide inconditionnelle de Bernadette, sa statue du Commandeur qui a tout accepté et tout géré, se débarrasser de Juillet et Garaud quand ceux-ci eurent suffisamment servi, et de Charles Pasqua - qui pensait qu'en 1981 Mitterrand n'allait pas durer deux ans - quand celui-ci eut des velléités vaguement présidentielles. 

C'est là que l'on voit les changements d'époque, eu égard aux compagnes des grands fauves de la politique. Du temps de Jacques Chirac, il n'était pas question de divorcer, jamais. Et ni Bernadette, ni Marie-France Garaud, ni aucune autre, ne se serait permis d'émettre même publiquement la moitié du quart de ce que Valérie Trierweiler "twitta" sur La Rochelle. De Madame Chirac à Madame Bruni-Sarkozy, du point de vue du comportement des femmes, il y a beaucoup plus que deux générations d'écart...

Pour Chirac, les notions de gauche et de droite furent beaucoup plus instrumentales qu'idéologiques. Il eut toujours le courage de ne prendre que des mesures populaires et dès que la foule grondait, remettait illico les réformes à demain ou après-demain. Il put ainsi faire semblant de régner pendant douze ans sans fâcher trop de monde, ni heurter qui que ce soit. Comme tous les praticiens de la realpolitik, il sut faire ami-ami avec les dictateurs, fut l'un des meilleurs VRP des produits français à travers le monde, sans pour cela jamais céder, à l'intérieur, sur le racisme et l'anti-sémitisme. Chirac entre 1995 et 2007 ? Un président normal. Mais ce qui pouvait fonctionner il y a une décennie n'est peut-être plus la meilleure manière d'affronter les incendies qui viennent.

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