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Il y a quatre-vingts ans le IIIème Reich lançait l’opération Aktion T4 destinée à éliminer les handicapés physiques et mentaux
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Histoire

Il y a quatre-vingts ans le IIIème Reich lançait l’opération Aktion T4 destinée à éliminer les handicapés physiques et mentaux

C’est à l’été 1939 , il y a quatre-vingt ans presque jour pour jour , qu’a été mis en place par le IIIe Reich le dispositif Aktion T4 destiné à éliminer les handicapés physiques et mentaux d’Allemagne.

Roland Hureaux

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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C’est à  l’été 1939 , il y a quatre-vingt ans presque jour pour jour , qu’a été mis en place par le IIIe Reich le dispositif Aktion T4  destiné à éliminer les handicapés physiques et mentaux d’Allemagne. 

Si le début officiel de l’opération est le 1er septembre,  au commencement de la guerre, la décision avait  été prise antérieurement  et il est vraisemblable que son exécution a été préparée tout au long  de l’été. L’opération,pilotée par la Chancellerie,  a reçu le nom de code T 4 parce que l’  administration dédiée  a été installée dans une villa confisquée à une famille juive au 4 de la Tiergartenstrasse  (rue du Jardin des Plantes) , une des avenues les plus huppées de Berlin.  

C’est là que fut recrutée  une équipe restreinte dirigée par Philip Bouhler,    destinée à réaliser cette élimination,  en liaison  étroite avec le Dr Karl Brandt, médecin personnel du führer[1].

Dès avant son accession au pouvoir  , Hitleravaitce projet   en tête. Il découlait de son  idéologie  préconisant l’éliminationdes  faibles et des tarés, à la  fois pour améliorer la race et  pour  débarrasser le pays de la charge des  improductifs. Il ne fallait pas trembler pour le faire  car, selon lui,  le monde appartenait aux forts  aptes à surmonter les sentiments de  pitié . Cela n’a cependant pas empêché  Hitlerde déclarer que l’opération  visait à infliger « une mort miséricordieuse »  à des gens dont la vie  ne valait pas lapeined’être vécue. Entre les deux-guerres, l’idée d’une élimination des tarés, portée par la philosophie de Nietzsche[2], était déjà   dans l’air du temps , non  seulement  en Allemagne mais aussi dans le monde anglo-saxon.

Dès 1933, les nazis avaient pris des  mesures d ’ « hygiène raciale » : stérilisation obligatoire des porteurs de  maladies héréditaires,   légalisation de  l’avortement dans le cas où un de parents en serait affligé . Mais pour des raisons politiques,  Hitler  préféra  attendre la guerre pour aller plus loin tout en préparant les esprits par une propagande insistant sur le coût social des handicapés . A partir de 1938, la même  propagande  prétendit  que  des parents de handicapés de plus  en plus  nombreux écrivaient pour demander leur élimination.

Dans le plus grand secret

La difficulté à surmonter  était la résistance prévisible des familles et des Eglises . Tout se fit donc  dans le secret. Si l’opération débuta avec la guerre de  Pologne , c’est que le  régime espérait que le bruit médiatique lié à la déclaration de guerre la couvrirait.

On commença  par les enfants : dès le 18 aout , une circulaire imposa  au médecins et sages-femmes de déclarer ceux qui  naissaient handicapés. Les parents étaient  informés de leur  transfert dans des unités  dispensant des soins spécialisés ; ils   devaient signer une autorisation   . L’opération fut  très vite étendue aux adultes : furent particulièrement visés les psychopathes, les alcooliques,les infirmes, les faibles d’esprit, les incurables.  L’inaptitude au travail était le  critère déterminant.

L’opération  se fit hors des hôpitauxpsychiatriques,  dans six centres spécialisés , dont  deschâteaux isolés,  répartis sur tout  le territoire. Les malades y  étaient amenés dans des autobus gris aux vitres opaques   de la  société d’Etat Gekrat. Ignorant leur destination, les familles recevaient  plus tard un faire-part de  décès pour cause d’épidémie et quelquefois une urne funéraire.

La  majorité du corps médical  était au courant  comme l’a montré le procès des médecins qui s’est tenu à Nuremberg en 1948. Après avoir essayé les piqures de morphine ou scopolamine, l’administration du T4 jugea plus expéditif le recours au   monoxyde de carbone  , suivi d’une crémation.

On estime que, pendant les deux années ( août 1939-août 1941  ) où  elle se déroula, l’opération fit environ 75 000 victimes. Mais l’élimination des malades mentaux ou enfants  handicapés se poursuivit hors de l’opération T4 ,  dépassant au total   les 100 000 victimes. 

Le secret presque absolu dans lequel ellefut menée fit que les réactions furent lentes. D’autant qu’en régime totalitaire, les familles sont isolées les unes des autres et sous surveillance policière. Quand la chose filtra, des pasteurs protestants et de prêtrescatholiquesécrivirent à la Chancellerie . La protestationla plus spectaculaire  fut celle de Mgr Clemens-August von Galen, évêque de Munster qui,à l’été 1941,saisit la justice  et  interpella  avec véhémencele gouvernement  du haut de sa chaire. Que l’opération ait cessépeu après est-il l’effet  de cette interpellation ou cette phase de l’opération était-elle terminée ? Toujours est-il que l’évêque fit mis au secret et plusieurs de ses prêtres déportés .

Une autreraison de mettre  fin à l’opération, était qu’à  l’automne 1941, après l’invasion de la Russie, commençait  l’élimination  des juifs, d’abord par balle dans les terres  occupées de l’ Union soviétique puis, de manière plus « scientifique », dans descamps. L’Aktion  T4 aura  servi en quelque sorte de terraind’expérimentation à  cette autre opération, prévue elle aussi  depuis longtemps. Le personnel qui avait été recruté pour éliminer  les malades  mentaux  fut  en partie  transféré dans les camps d’extermination.


[1]Condamné à mort à Nüremberg ; Bouhler s’est suicidé  en prison.

[2]Le philosophe a à plusieurs  reprises  recommandé l’élimination des  tarés.

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