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"Les peuples d'Amérique latine ne se mettront plus jamais à genoux sous la domination des impérialistes yankee" : la dernière sortie ce dimanche d'Hugo Chavez.
"Les peuples d'Amérique latine ne se mettront plus jamais à genoux sous la domination des impérialistes yankee" : la dernière sortie ce dimanche d'Hugo Chavez.
©Reuters

Boulet

Hugo Chavez, fossoyeur de l'anti-américanisme

"Les peuples d'Amérique latine ne se mettront plus jamais à genoux sous la domination des impérialistes yankee" : la dernière sortie ce dimanche d'Hugo Chavez est une nouvelle fois marquée par son rejet des États-Unis. Une surenchère contre-productive ?

Fabio Rafael Fiallo

Fabio Rafael Fiallo

Fabio Rafael Fiallo est économiste et écrivain, ancien fonctionnaire à la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement). Il est diplômé d’économie politique de l’université Johns Hopkins (Baltimore).  Son dernier ouvrage, Ternes Eclats - Dans les coulisses de la Genève internationale (L'Harmattan) présente une critique de la diplomatie multilatérale.

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Tout au long du siècle dernier, nombreuses furent les occasions où la politique des Etats-Unis entra en collision avec les intérêts légitimes de pays d’Amérique latine. Des interventions militaires et des dictatures promues ou soutenues par Washington contribuèrent à créer dans le subcontinent latino-américain un compréhensible sentiment d’acrimonie envers les Etats-Unis. Les livres d’histoire sont remplis d’épopées de Latino-américains insignes qui firent face avec courage aux agissements contestables de l’Oncle Sam dans la région.

Tout légitime qu’il était dans de telles occasions, l’antiaméricanisme se vit dénaturé par une extrême gauche qui en fit son fonds de commerce idéologique, transformant les Etats-Unis en coupables de tous les maux dont souffrait ou souffre cette région.

Pour trouver grâce auprès de cette gauche, il ne suffisait pas de s’opposer à telle ou telle action des Etats-Unis. On devait être antiaméricain sur toute la ligne, sous peine de se faire traiter de petit-bourgeois inconsistant et d’intermittent du patriotisme.

Actuellement, les occasions pour accuser les Etats-Unis des maux du subcontinent n’abondent pas. Car s’il y a un reproche que l’on peut adresser à Washington depuis la fin de la Guerre froide, ce n’est pas de s’immiscer dans les affaires intérieures de l’Amérique latine, mais, au contraire, de délaisser ses relations avec les voisins du Sud.

Toutefois, l’extrême gauche latino-américaine s’entête à maintenir en vie son américanophobie. Et cela, par simple convenance politique : accuser les Etats-Unis constitue une manière commode de faire oublier les échecs et les abus de cette gauche.

Ainsi, si Cuba se trouve depuis longtemps en pleine déroute économique, ce n’est pas, dit l’extrême gauche, parce que le régime castriste a imposé des recettes communistes qui ont échoué partout dans le monde, mais à cause de l’embargo américain (un embargo qui, soit dit en passant, n’empêche pas les Etats-Unis de fournir 35 à 45 pourcent des importations cubaines de biens comestibles). Et si Fidel et Raúl Castro, ou Chávez et ses potes, ont supprimé (les uns) ou restreignent progressivement (les autres) les droits de l’opposition et de la presse indépendante, ils agissent de la sorte, non pas dans le but de se perpétuer au pouvoir, martèle encore cette gauche, mais parce que cette opposition et cette presse sont des « laquais de l’Empire ».

Dans la surenchère de l’antiaméricanisme, toutes les diatribes trouvent preneur – y compris les accusations les plus folles et les plus ridicules. C’est justement dans ce domaine qu’excelle l’actuel président vénézuélien. Sitôt que des hommes et des femmes sortent par centaines de milliers dans les rues pour défier un régime despotique, ennemi ou rival de l’Amérique, Hugo Chávez se porte en aide à ce régime, arguant – sans fournir aucune preuve – que les manifestations ne sont pas spontanées mais orchestrées par la « main de l’Empire ».

Chávez brandit son argument en 2008, lors de la révolte des Tibétains contre le pouvoir central chinois. Il récidiva en 2009 quand les Iraniens investirent les rues de leur pays. Il revient à la charge aujourd’hui, avec la même rhétorique, pour défendre un Vladimir Poutine soumis à une vague de contestation sans précédent.

De même, quand en Libye le peuple s’insurge contre Mouammar Kadhafi, et que celui-ci promet de faire une « boucherie » des manifestants, poussant les forces de l’OTAN à venir en aide aux civils et aux rebelles, Hugo Chávez accuse « les Etats-Unis et leurs alliés » d’y perpétrer un « massacre ».

Dans son délire américanophobe, Chávez franchit un nouveau seuil lors du tremblement de terre qui dévasta Haïti en janvier 2010. A cette occasion, le gouvernement vénézuélien déclara, sans rougir, que le séisme fut « le résultat indiscutable d’un test de l’US Navy ».

Et maintenant que plusieurs dirigeants latino-américains, Chávez y compris, sont atteints de cancer, Hugo Chávez saute sur l’occasion pour se demander publiquement, en tant que simple « hypothèse », si l’« Empire » ne serait pas en train d’inoculer cette terrible maladie à ses « ennemis ».

« Hypothèse » à dormir debout. Si inoculer le cancer était vraiment du ressort de l’« Empire », pourquoi cet « Empire » n’emploierait pas ce moyen maléfique contre ses véritables ennemis, tels Ahmadinejad et Poutine, au lieu de l’appliquer à des dirigeants latino-américains qui ne représentent pas un danger pour l’Amérique ?

Tout particulièrement, pourquoi s’en prendre à un Chávez qui, face à l’« Empire », aboie mais ne mord pas ? Pour preuve : malgré tout son verbiage, il n’a à aucun moment fermé aux Etats-Unis le robinet du pétrole vénézuélien.

Il faut se rendre à l’évidence : les bouffonneries de Chávez ne servent qu’à couvrir l’antiaméricanisme de ridicule. C’est pourquoi l’on est en droit de poser la question que voici : si, comme Chávez le prétend, l’« Empire » est à même de mobiliser des peuples, provoquer des tremblements de terre et inoculer le cancer, ne serait-il pas possible que le fameux « Empire » ait introduit une nanoparticule dans le cerveau d’Hugo Chávez afin de lui faire proférer des bêtises extravagantes et des jugements sans fondement contre les Etats-Unis, et ce dans le but de ternir le prestige dont jouissent à juste titre, dans l’histoire de la région, certains positionnements critiques à l’égard de l’Amérique ?

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