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Herman Cain est la révélation des primaires du Parti républicain.
Herman Cain est la révélation des primaires du Parti républicain.
©Reuters

Outsider

Herman Cain : l’Obama républicain

Le candidat noir à la primaire du Parti républicain américain, Herman Cain, a crevé l'écran lors du dernier débat télé de lundi organisé par Bloomberg TV et le Washington Post. En progression constante dans les sondages, il pourrait bien créer la surprise...

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane est spécialiste des questions de défense.

Il est également maître de conférences à Science-Po Paris. 

Il est l'auteur de Questions internationales en fiches (Ellipses, 2021 (quatrième édition)) et de Premiers pas en géopolitique (Ellipses, 2012). il est également l'auteur de Théories des relations internationales (Ellipses, février 2016). Il participe au blog Eurasia Prospective.

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Au moment où le parti socialiste français choisit son candidat pour 2012, une autre primaire retient l’attention d’une bonne partie de la planète. Herman Cain est la révélation des primaires du Parti républicain. Depuis l’été 2010, il ne cesse de progresser dans les sondages, arrivant aujourd’hui en troisième position. Son succès n’est pourtant pas surprenant.

D’abord, aucun candidat à l’investiture du parti républicain ne suscite l’enthousiasme. Mitt Romney, le favori, a contre lui ses positions modérées qui lui aliènent les partisans du Tea Party. Rick Perry, gouverneur du Texas, aurait pu séduire la base du parti par ses convictions radicales (il considère, non sans raison, que le système de retraite est une pyramide de Ponzi) mais les débats télévisés ont révélé ses contradictions et ses revirements. Les autres candidats apparaissent tout aussi imparfaits. Le catholique Rick Santorum est trop identifié au combat pro-life : après que sa femme ait accouché d’un enfant mort né, il l’a ramené à la maison un soir pour dormir dans le lit conjugal et le « présenter » à ses sept autres enfants. Le vétéran du mouvement libertarien, Ron Paul, veut quitter l’Afghanistan, légaliser les drogues et le mariage gay.

Bref, aucun ne s’impose avec la simplicité évangélique de Georges W. Bush en 2000 qui avait conquis les cœurs républicains en répondant, lors des primaires, à la question de savoir qui était son philosophe préféré : « Jésus ».

En comparaison, Herman Cain est une personnalité susceptible de plaire aux électeurs du Grand Old Party (GOP). Marié depuis 43 ans, père de deux enfants, officiant à ses heures comme pasteur baptiste dans sa ville d’Atlanta, il dispose des fondamentaux nécessaires à toute carrière politique aux États-Unis. C’est en outre un homme affable et direct, doté d’un certain sens de l’humour : il se surnomme l’Hermanator et a choisi « Yes, we Cain » comme slogan de campagne. C’est un entrepreneur venu du commerce (« Main Street ») et non de la finance (« Wall Street ») comme Mitt Romney.

Cain a dirigé avec succès une chaîne de pizza, Godfather’s Pizza, assez connue Outre-Atlantique  pour ses campagnes de publicité : « the pizza you can’t refuse ». Enfin, c’est un conservateur bon teint qui refuse l’intervention de l’État, veut réduire les dépenses publiques et propose aux électeurs un projet de flat tax qui a retenu l’attention : avec le plan 999, l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les sociétés et la taxe sur la consommation auraient un taux unique de 9 %. Cain s’était fait connaître, en 1994, en s’opposant au projet de Bill Clinton de créer une assurance maladie obligatoire au nom de la défense de l’emploi dans les PME.

Mais, surtout, Herman Cain est noir. Contrairement à Obama, un métis à l’éducation cosmopolite, Cain est un « vrai » Afro-Américain (une expression qu’il récuse). Il a subi la ségrégation raciale dans la Géorgie de son enfance. Il raconte ainsi comment, buvant un jour d’audace dans une fontaine réservée aux Blancs, il découvrit que l’eau avait le même goût ! Contrairement à la majorité des autres Noirs américains, favorables au parti démocrate, Cain soutient les républicains, un parti qui n’a, depuis 2010, que deux représentants noirs au Congrès. Et l’usage qu’il fait de son histoire personnelle, celle d’un self-made-man issu de la classe ouvrière plutôt que celle d’un représentant d’une communauté discriminée, est susceptible de plaire à l’électorat majoritairement blanc du parti.

Reste à savoir si l’ascension de Cain, aujourd’hui en grande partie soutenu par les États du Sud, va se poursuivre pendant le reste de la campagne, face à des adversaires dotés d’équipes de campagne fournies et de vastes capacités financières (la seule fortune de Mitt Romney s’élève à 350 millions de dollars). Mais, en 2007, peu de commentateurs misaient sur un jeune sénateur noir de l’Illinois face à la puissante Hillary Clinton. 

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