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Manuel Valls fait figure de candidat naturel, et surtout d'homme d'Etat. Or, la gauche en manque cruellement. C'est le sens du soutien potentiel d'hommes comme Jean-Yves Le Drian ou Michel Sapin qui travaillent avec lui.
Manuel Valls fait figure de candidat naturel, et surtout d'homme d'Etat. Or, la gauche en manque cruellement. C'est le sens du soutien potentiel d'hommes comme Jean-Yves Le Drian ou Michel Sapin qui travaillent avec lui.
©REUTERS / Christian Hartmann

Le recours

Héritier malgré lui : l'offensive pro-Valls des piliers de la Hollandie masque-t-elle un baiser qui tue ?

Alors que François Hollande est au plus mal dans les sondages, la question de sa candidature à sa succession se pose plus que jamais, y compris chez ses plus fidèles soutiens qui ont souligné récemment la qualité d'homme d'Etat de Manuel Valls. Reste à savoir si ce "soutien" est vraiment nécessaire, alors que les relations entre Matignon et l'Elysée sont plutôt fraîches actuellement.

Serge Raffy

Serge Raffy

Journaliste au Nouvel Observateur, écrivain, Serge Raffy a publié en 2011 chez Fayard François Hollande, itinéraire secret, qui s'est vendu à 15 500 exemplaires, et Moi, l'homme qui rit (Flammarion, octobre 2014). Il est également l'auteur de Nicolas et les vampires (Robert Lafont, 2016).

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Atlantico : Ces derniers jours, Jean-Christophe Cambadélis, Michel Sapin et Jean-Yves Le Drian, trois proches de François Hollande, ont tous déclaré que Manuel Valls serait le candidat idéal pour le Parti socialiste si jamais François Hollande ne se présentait pas à sa réélection. Comment interpréter ces déclarations ? Doit-on voir dans ce "soutien" également un moyen pour le camp Hollande de "lier" Manuel Valls au bilan de François Hollande, lui compliquant en quelque sorte la tâche ?

Serge Raffy : Je ne crois pas qu'il y ait une opération d'étouffement de Manuel Valls. Il y a simplement un constat lucide de ses plus proches amis politiques, et aussi du premier secrétaire du PS, selon lesquels la situation de François Hollande est sérieusement fragilisée. L'avocat Jean-Pierre Mignard, parrain de ses deux fils, lui a aussi conseillé de passer la main, afin d'éviter une humiliation à la primaire de la gauche. Un Président en exercice battu en janvier par ses ministres… L'image serait terrible. Pour tous ces proches du Président, partisans d'une social-démocratie moderne, le vrai danger vient d'une dérive du PS sur des terres ou d'extrême-gauche, comme le Parti Travailliste en Angleterre, ou démagogiques et populistes, si Arnaud Montebourg l'emportait à la primaire. Pour toutes ces personnalités, seul Manuel Valls possède l'expérience et le logiciel de la gauche de gouvernement. Ils préparent un plan B, sans arrière-pensée, sans petits calculs politiciens, car, pour la gauche, l'heure n'est pas aux élucubrations mais au sauve-qui-peut.

Alors que selon de nombreux observateurs Manuel Valls se prépare discrètement à une candidature "de secours", dans quelle mesure peut-on considérer ces sorties médiatiques de la "Hollandie" forcent quelque part Manuel Valls à sortir du flou et de l’ambiguïté sur ses intentions réelles ?

Le Premier ministre ne peut pas sérieusement être dans une autre position qu'un soutien au président de la République. C'est tout simplement dans la logique de nos institutions. Il est engagé dans un mariage de raison jusqu'au bout du quinquennat avec François Hollande. Rappelez-vous, au printemps 2014, Manuel Valls avait été nommé à Matignon pour donner un peu d'air au Président, lequel était déjà englué dans une impopularité abyssale. Nous sortions tout juste de l'affaire Trierweiler qui avait été dévastatrice pour son image. Valls était déjà apparu comme la bouée de sauvetage d'un chef d'Etat en perdition. J'avais, à l'époque, écrit sur le site de L'Obs un éditorial intitulé Le Manuel de survie. François Hollande espérait profiter de la grande popularité de son ministre de l'Intérieur pour remonter dans les sondages. C'est tout le contraire qui s'est passé. Hollande a entraîné sa bouée de sauvetage par le fond. Ensuite, les attentats terroristes en France ont tout modifié, de 2015 et de 2016. Valls répétait qu'il ne serait jamais un déserteur à la tête d'un pays en guerre. Prisonnier de cette posture courageuse, il est aujourd'hui dans la nasse, si je puis dire. Ce n'est pas lui qui est dans l'ambiguïté, c'est la situation politique, celle d'un Président qui ne peut annoncer son départ dès maintenant, car comment pourrait-il gouverner ? Vous imaginez la France gouvernée par un Président qui annonce son départ six mois avant la fin de son mandat ? Ce serait calamiteux. Manuel Valls est lui aussi obligé d'attendre la décision du chef de l'Etat. Là encore, vous voyez un Premier ministre en fonction annonçant qu'il est candidat contre l'homme qui l'a nommé ? Ce serait une pure folie pour la gouvernance du pays. Il faut respecter l'agenda institutionnel.

Interrogé ce lundi sur RTL, le candidat à la primaire socialiste Benoît Hamon a déclaré qu'il préférait, lui, une candidature de François Hollande à celle de Manuel Valls, "son clone". Dans ce contexte, la sollicitude des proches de François Hollande envers Manuel Valls n'est-elle pas à double tranchant ? Quelles difficultés Manuel Valls aurait-il à affronter en cas de participation à la primaire à la place du président de la République ?

Benoît Hamon croit avoir tout intérêt à ce que François Hollande vienne se présenter devant les électeurs de gauche à la primaire. Son calcul est que ce dernier est tellement discrédité dans l'opinion qu'Arnaud Montebourg ou lui-même en tireront forcément un avantage. Est-ce si sûr ? On a vu des retournements spectaculaires dans l'opinion, dont notre pays a le secret. S'amuser à des spéculations hasardeuses, à six mois d'un scrutin présidentiel, est souvent dangereux. En revanche, Manuel Valls fait figure de candidat naturel, et surtout d'homme d'Etat. Or, la gauche en manque cruellement. C'est le sens du soutien potentiel d'hommes comme Jean-Yves Le Drian ou Michel Sapin, qui travaillent avec lui depuis de longues années. Il incarne une forme d'autorité réclamée par les Français, même de gauche. Mais sa marge de manoeuvre est encore trop réduite tant que le jeu ne sera pas éclairé. D'abord par la désignation du candidat de la droite, le 27 novembre au soir. Ensuite par la décision de François Hollande, à la mi-décembre. Manuel Valls, durant cette période, va poursuivre dans sa stratégie du "recours tranquille". Est-ce une position ambiguë ? Il n'a pas le choix. Démissionner aujourd'hui serait perçu comme ajouter du désordre à cette fin de règne. La France n'y a aucun intérêt... 

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