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"Henri Proglio possède une véritable intelligence des réseaux".
"Henri Proglio possède une véritable intelligence des réseaux".
©Reuters

Bonnes feuilles

Henri Proglio, cet empereur des réseaux : les recettes d'une fascinante ascension

Pascale Tournier et Thierry Gadault révèlent les secrets de la fascinante ascension d'Henri Proglio qui, en rendant petits et grands services aux élus, quelle que soit leur appartenance, a su contrôler les réseaux les plus influents du pays. Extrait de "Henri Proglio, une réussite bien française. Enquête sur le président d'EDF et ses réseaux, les plus puissants de la République" (Extrait 1/2).

Pacale Tournier et Thierry Gadault

Pacale Tournier et Thierry Gadault

Pacale Tournier, journaliste politique indépendante (l'Express, Le Parisien Magazine), a publié Dans les cuisines de la République, enquête sur les tables du pouvoir (2010) et La Reine mère (2011), une biographie de Bernadette Chirac.

Thierry Gadault, journaliste économique indépendant, a travaillé pour La Tribune, l'Expansion et le Nouvel Économiste. Il a publié Arnaud Lagardère : l'insolent (2006), EADS  : la guerre des gangs (2008) et Areva mon amour. Enquête sur pouvoir qui les rend fous (2012).

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Dans les années 1980, Henri Proglio donne des cours à HEC, son ancienne école. Devant le parterre d’étudiants, le professeur parle de cash flow, de bénéfice. Mais quand il évoque le métier de la Compagnie générale des eaux, il le résume en quelques phrases : « C’est l’aptitude à créer et à entretenir des relations avec les collectivités locales. » Pas un mot sur la technique, les conduites d’eau, la qualité de traitement ou de filtrage. Pas la peine. Henri Proglio a fait sienne la culture du carnet d’adresses tous azimuts qui domine à la Compagnie. Ce sera sa force principale, qui lui permettra de résister à toutes les alternances. Et lui vaudra le surnom de « Patron Téflon du CAC 40 ». À la tête des transports publics et des déchets depuis 1990, Henri Proglio tisse sa toile méthodiquement, pour devenir l’empereur des réseaux politiques de toute obédience. « Entre 1990 et 1995, il va se constituer la plus grande partie de ses contacts politiques, qui continuent de le servir aujourd’hui  », assure l’homme d’affaires Jean-Pierre Schaub, entré au service de la CGE en 1991 et toujours en contrat avec Veolia, sans avoir rompu avec Henri Proglio. « Il possède une véritable intelligence des réseaux. Il sait d’où vient le vent et où il peut aller », complète l’un de ses anciens amis. Mais avec Henri Proglio, bien souvent, les sentiments se mêlent aux considérations professionnelles. « Quand Henri Proglio a de l’affection pour quelqu’un, il la garde  », a souligné un jour son ami Jean-Louis Borloo, alors ministre.

Grâce à cet entregent, Henri Proglio remplit autant son carnet de commandes qu’il parfait sa connaissance du monde du pouvoir. Son emploi du temps est chargé. Il ne compte pas ses heures. Quand il ne partage pas ses déjeuners ou dîners avec des élus autour de bonnes tables, il arpente sans relâche les antichambres des mairies, des conseils généraux, les couloirs de l’Assemblée nationale ou des ministères. Henri Proglio ne néglige aucun élu, surtout quand il sent que celui-ci occupera le devant de la scène politique locale ou nationale, dans un avenir proche, voire lointain. Affable, sérieux, à l’écoute et en même temps convivial, le patron dynamique séduit ses interlocuteurs. « On aurait pu lui donner le bon Dieu sans confession  », se souvient l’un des piliers de la chiraquie, Jean-François Probst. « Il disait oui avant de terminer sa phrase », complète un autre politique.

Pour créer du lien, il sait s’enquérir de la santé d’un proche ou des études du petit. Surtout, son ambition de jeune fauve de l’industrie croise bien souvent celle de ses convives. En bon tacticien, l’ambitieux quadra étend parallèlement son influence à l’intérieur de l’entreprise, en multipliant les mandats d’administrateur dans le groupe aux activités multiples. « En faisant jouer la transversalité de la CGE, il est à même de faire valoir une palette étendue de services aux élus 2, constate Yann Le Doré. Derrière son apparente timidité et humilité, se cache un être ambitieux et déterminé. Henri Proglio veut vite progresser : il a beaucoup plus faim que les autres dirigeants. » Quant à la franc- maçonnerie, Henri Proglio sait l’utiliser quand il faut. « Je ne le suis pas [franc-maçon]. J’ai des amis francs-maçons. Mais ce n’est pas mon “truc” à moi. J’imagine que je supporterais mal la forme de hiérarchie des loges», indique-t-il avec fermeté à un journaliste du Point. Pour Yann Le Doré, lui-même frère pendant de nombreuses années, il n’a pas eu besoin de s’initier : « Car malheureusement, il y a des francs-maçons qu’on appelle “alimentaires” qui, dans des groupes comme la CGE, sont prêts à tout pour assouvir leurs ambitions. Henri Proglio s’est appuyé facilement sur ces mauvaises graines. Un jour, il m’a fait savoir que j’étais franc- maçon. Je le lui ai confirmé. Il m’a alors répondu : “Tu n’as pas besoin de cela.” Il parlait aussi pour lui. »

 Extrait de "Henri Proglio, une réussite bien française. Enquête sur le président d'EDF et ses réseaux, les plus puissants de la République" (Editions du Moment), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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