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Après avoir augmenté de 2,5% en novembre, voilà que les prix sont rehaussés en ce début 2015.
Après avoir augmenté de 2,5% en novembre, voilà que les prix sont rehaussés en ce début 2015.
©Reuters

De la tension dans l'air

Hausse des tarifs de l’électricité : la part qu’on doit à la mauvaise gestion

Après avoir augmenté de 2,5% en novembre, voilà que les prix sont rehaussés en ce début 2015. Une situation dont la responsabilité incombe principalement à l'Etat.

Rémy Prud'homme

Rémy Prud'homme

Rémy Prud'homme est professeur émérite à l'Université de Paris XII, il a fait ses études à HEC, à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l'Université de Paris, à l'Université Harvard, ainsi qu'à l'Institut d'Etudes Politique de Paris. 

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Atlantico : Le prix de l’électricité augmente de nouveau en ce début 2015 après avoir déjà subi un relèvement de 2.5 % début novembre. Comment ces augmentations peuvent-elles être justifiées ? Qui est finalement le responsable de ces hausses ?

Rémy Prud'homme : Les tarifs de l'électricité sont fixés par le gouvernement, qui a les mains liées par des textes. Ils doivent couvrir les coûts de production, de transport et de distribution. Ces coûts sont des coûts d'amortissement, d'investissement, d'entretien, d'achat de fournitures. Ils augmentent d'environ 3% par an. A plusieurs reprises, au cours des années passées, les gouvernements ont refusé les augmentations de tarifs ainsi prévues par les textes. Mais le Conseil d'Etat, qui veille à l'application des lois, rappelle les gouvernements à l'ordre. Les augmentations actuelles sont pour partie des augmentations qui auraient dû avoir lieu au cours des années passées, et pour partie des augmentations qui correspondent aux variations de coûts de l'année en cours. En dépit de ces hausses, et même en prenant en compte l'augmentation de la CSPE, le prix de l'électricité française reste le plus bas d'Europe. Il est, par exemple, la moitié du prix en Allemagne.

Est-ce vraiment aux Français de payer le coût lié aux énergies renouvelables (CSPE) comme l’éolien et le voltaïque, d’autant plus que ces énergies sont subventionnées par l’Etat ? Qui d'autre que les Français pourrait bien payer le surcoût de l'éolien et du photovoltaïque ?

Ces surcoûts sont maintenant de 4 milliards par an, et ils vont fortement augmenter dans les années à venir. Ces énergies (ces électricités, en fait) ne sont pas subventionnées par l'Etat, c'est-à-dire par le contribuable, mais par le consommateur d'électricité. L'Etat oblige EDF à acheter toute l'électricité éolienne et solaire produite, à un prix fixé par la loi, beaucoup plus élevé que le coût auquel EDF pourrait produire ou acheter l'électricité. En contre-partie, l'Etat autorise EDF à prélever sur tous les consommateurs une taxe compensatoire, la CSPE. Au cours des années passées, l'Etat, pour freiner la hausse des prix, n'a pas compensé complètement ces surcoûts. Il a accumulé une dette d'environ 4 milliards à l'égard d'EDF. Il a reconnu cette dette et s'est engagé à l'honorer dans les années à venir.

Selon la Commission de régulation de l'énergie, il y a encore 800 millions d'euros à rattraper sur les tarifs des particuliers d'ici au 1er janvier 2016. EDF paye-t-il aussi des choix hasardeux concernant l’EPR ou encore en matière d’opérations d’investissements à l’étranger ?

Je me garderai bien de dire cela. Une grande entreprise comme EDF fait de nombreux choix d'investissement. Certains sont meilleurs que d'autres, bien sûr. Encore que la rentabilité des investissements dans l'électricité ne peut se juger que sur une très longue période. EDF a mis beaucoup d'argent dans l'EPR, et au Royaume-Uni ; mais l'entreprise vient d'obtenir un très gros contrat  pour la construction et l'exploitation de deux EPR au Royaume-Uni ; ce qui pouvait apparaître il y a un an comme des choix hasardeux peut légitimement apparaître aujourd'hui comme des choix très judicieux.

Dans quelle mesure peut-on dire que le monopole d’EDF dans le secteur n’est pas une bonne chose pour les prix de l’électricité ? Que faudrait-il faire pour favoriser la concurrence ?

D'une façon générale, les monopoles ne sont pas une bonne chose: ils n'incitent pas à l'innovation technologique et aux progrès de productivité. En matière d'électricité, cependant, un monopole bien géré a de gros avantages. De toutes façons, le transport, et largement la distribution, ne peuvent pas être concurrentiels. Sous la pression de Bruxelles, on a en principe introduit de la concurrence en France pour la production. Mais cette introduction est totalement artificielle. EDF est obligé par la loi de vendre une partie de sa production d'électricité nucléaire (l'essentiel de l'électricité française) à GDF-Suez, à un prix décidé par l'Etat. Drôle de concurrence !

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