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20 000 élèves handicapés déscolarisés : à quand l'école
de la République pour tous ?
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Tous égaux ?

20 000 élèves handicapés déscolarisés : à quand l'école de la République pour tous ?

Un constat s'impose : l'Education nationale est en échec lorsqu'il s'agit de la scolarisation des enfants handicapés. 20 000 enfants n'ont pas d'école et se retrouvent donc sans éducation. Une situation à laquelle souhaite remédier le gouvernement dès l'automne : un chantier de taille.

Jean-Marc Maillet-Contoz

Jean-Marc Maillet-Contoz

Jean-Marc Maillet-Contoz est le créateur du magazine bimestriel spécialisé dans le monde du handicap : HANDIRECT, qui s'accompagne de deux site internet dont un sur l’emploi. Membre du Conseil d’administration de LADAPT et du Mouvement pour une société inclusive.

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Atlantico : Pourquoi la scolarité des enfants handicapés est-elle en souffrance ?

Jean Marc Maillet-Contoz : En France, il n'y a pas de politiques dans ce domaine, du moins aucune qui ne soit clairement affirmée et qui dégage les moyens nécessaires pour que les enfants accèdent aux écoles ordinaires. On embauche des auxiliaires de vie dans des conditions précaires sans aucun avenir, aucun contrat et donc pas de possibilité de se projeter.  Pas de pérennité du système à cause du manque de moyens, bien entendu. Pour se rendre compte, en Italie, ils ont près de 70.000 auxiliaires, contre 6.000 en France. S'ajoute à cela une question de sensibilisation au sein de l’Éducation nationale. Le personnel des établissement estime qu’il n'a pas été préparé à l'accueil de ces enfants. Les professeurs et les directeurs sont pétris de certitudes et affirment trop souvent qu'ils n'ont pas le temps de s’en occuper, qu'ils ne savent pas comment réagir en cas de problème et que de toute façon, ils sont déjà débordés avec des élèves "ordinaires". Le vrai problème se sont aussi ces idées préconçues.

Quelles sont les difficultés des enfants handicapés à l'école?

La première difficulté, c'est le manque d'adaptation des lieux, autant physique (permettre un accès aux fauteuils roulants) que technique. Quand l'enfant a une déficience visuelle ou mentale, il n'y a pas ou peu de structures pour l'accueillir. L'autre souci, c'est le manque de connaissances et de sensibilité des instituteurs sur les différents handicaps. Et, encore et toujours, ce manque considérable de moyens pour dégager à la fois des aides techniques, humaines ainsi que la mise en place de programmes pédagogiques plus adaptés. Qu'on soit au lycée ou à la maternelle, ce qui traine encore, c'est le regard sur le handicap qui n'est pas très favorable, de la part surtout des parents des enfants non-handicapés. Ces parents sont parfois contre la venue d'enfants handicapés dans les classes.

Quels chantiers doivent être mis en œuvre pour remédier de façon définitive à ce problème ?

Il faut déjà commencer par la remise à  niveau des ces enfants, car ils ont forcément pris du retard et ils ont donc beaucoup de mal à réintégrer des classe ordinaires. Il y a de toute façon un gros travail de sensibilisation à faire auprès des directeurs d'école et des professeurs sur le handicap, pour leur expliquer que ce n’est pas punition…Un enfant différent demande plus de travail peut-être dans la pratique, mais cela ouvre aussi à beaucoup d'autres choses et à leur contact, les autres enfants vont se sensibiliser à leur tour au handicap et ça, c'est génial et nécessaire.

Ensuite, il faut mettre en place de gros chantiers pour que les écoles et autres établissements s'équipent techniquement et oui, c'est cher. Or dans l’Éducation nationale, les budgets sont serrés. Il faut acheter des ordinateurs pour tous les élèves, alors quand l'équipement pour un seul enfant handicapé représente 8% du budget total alloué, les directeurs hésitent et la plupart du temps ne le font pas. En réalité, il faut des budgets spécifiques pour le handicap et qui ne soient pas définis d'avance mais sur mesure, car on ne sait pas à quoi s'attendre quand un enfant handicapé intègre une classe.

Autre point à travailler d'urgence : définir un statut précis avec une rémunération qui convient pour les assistants scolaires. Cela doit devenir un vrai métier et non un boulot d'appoint ou pour étudiant. En plus, si on ne leur assure pas un avenir, ces personnes ne vont pas être investies. Et avec le contrat qu'on leur propose, quoiqu'il arrive au bout de trois ans, les gens partent même s'ils sont performants et capables de créer un lien avec l'équipe de professeurs et l'élève. Après ça ? Il faut reformer quelqu'un… C'est absurde.

 

Mais la France a-t-elle moyen d'investir dans l'éducation des personnes handicapées?

Cela ne se fait pas en un jour. Cela fait vingt ans qu'on balance des politiques. Elles ont une duré de vie d’un an ou deux puis elles s’arrêtent avec l'arrivée d'un nouveau ministre qui a d'autres idées. On reconstruit tout ce qui avait été construit. Un pas en avant et deux en arrière. Or, si on s'était fixé une politique stable pour intégrer ces enfants depuis une dizaine d'année, on n'en serait pas là. Donc aujourd'hui, il n'est pas question de tout révolutionner, mais de demander au gouvernement d'enfin fonder sa politique sur le long terme. La France doit mettre en place une politique fixe sur une dizaine d’années, et s'y tenir.

Le gouvernement a décidé de prendre les choses en main dès l'automne, notamment sur le statut des auxiliaires. Les choses avancent-elles ?

Je ne peux pas les croire. Depuis Mitterrand, on parle de ça avec une flopée de ministres tous plus convaincus les uns que les autres. Ségolène Royal avait lancé Handiscole. Cela devait être un truc inamovible, mais son programme a dépéri puisque le ministre après elle a tout changé.

Et les parents dans tout ça ?

Pour les parents, la vie n’est pas facile, ils ne peuvent pas se battre contre la société. Le quotidien est déjà un combat : il faut se battre pour des prises en charge, pour des remboursements, pour des suivis médicaux, pour aménager un lieu de vie. Il faut en permanence être dans l'action ! Donc, quand il s'agit de l’école de la République, on pourrait croire que les enfants handicapés devraient être accueillis. Certains parents sont sur-protecteurs, d'autres pensent que ce n'est pas à eux de faire la démarche - c'est d'ailleurs la tendance générale - et puis il y a ceux qui se révoltent mais dont l'action se résume à un coup d’épée dans l'eau. Aujourd’hui , il y a déjà eu des mouvements de parents dans ce sens là, face à l’Éducation nationale et au roulement permanent des gouvernements. Ils ont fini par baisser les bras.

A quand l'école pour tous, alors ?

Sans parler du handicap, l'école de la république n'est déjà pas pour tous. Il y a beaucoup d'exclus qui sont des biens portants. Donc, ce n'est pas pour demain. On n'a pas encore entamé la moindre réforme qui fasse l'unanimité. Chacune d'elle entraîne une levée de boucliers. On ne pourra jamais satisfaire tout le monde. Quand on voit des gamins à la traîne sur la connaissance de l'écriture et de la lecture, des jeunes venant de l'étranger et qui ont du mal, des enfants handicapés ou dyslexiques, des surdoués: l'école telle qu'elle est aujourd'hui n'est pas faite pour eux. L'école pour tous, je n'y crois pas: elle doit s'adapter et être polymorphe, il faut rester souple aux cas des enfants et ça, c’est très rare.

Propos recueillis par Valérie Meret

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