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Non, la guerre en Irak ne fut pas une guerre pour rien
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Starship troopers

Non, la guerre en Irak ne fut pas une guerre pour rien

Le dernier soldat américain a quitté ce dimanche l'Irak, près de neuf ans après le début de l'intervention de la coalition menée par les États-Unis. Malgré les victimes et le coût faramineux de la guerre, l'Irak est un pays sur la voie de la diplomatie, de la démocratie et de la prospérité.

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane est spécialiste des questions de défense.

Il est également maître de conférences à Science-Po Paris. 

Il est l'auteur de Questions internationales en fiches (Ellipses, 2021 (quatrième édition)) et de Premiers pas en géopolitique (Ellipses, 2012). il est également l'auteur de Théories des relations internationales (Ellipses, février 2016). Il participe au blog Eurasia Prospective.

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Avec le départ fin 2011 de la très grande majorité des soldats américains du pays, la seconde guerre d’Irak est terminée. Et pour la grande majorité des commentateurs, son bilan est globalement négatif. Coût financier et humain faramineux (4500 morts américains, plus de 100 000 irakiens), menace de guerre civile, influence iranienne, discrédit des Etats-Unis (ADM, Abou Ghraïb…) : l’Irak n’aurait servi à rien. En réalité, le bilan doit être nuancé.

L’Irak n’est plus un « Etat voyou », isolé et menaçant. Sous férule du chef baasiste, l’Irak s’est doté d’une armée puissante qu’elle a utilisée contre l’Iran (1980-1988), le Koweït et Israël (1990) et, plus généralement, contre sa propre population (1988 gazage des populations kurdes). Depuis les années 1970 (construction de la centrale Osirak dans le sud du pays), Bagdad a cherché à acquérir l’arme nucléaire. Le débat, avant 2003, ne portait pas sur les ambitions de l’Irak, connues de tous, mais sur les moyens de les contrer. Et si les services occidentaux se sont trompés sur l’avancement de ses programmes, largement affaiblis par les missions d’inspections de l’ONU entre 1991 et 1997 (date de leur expulsion d’Irak), c’est une erreur que Saddam lui-même, à qui ses scientifiques mentaient par peur ou par ambition, a semble-t-il commise. Depuis 2003, le nouvel Irak a changé d’attitude, réintégrant la « communauté internationale », cherchant à renouer avec ses voisins. En 2009, il a même adhéré à l’Organisation internationale d’interdiction des armes chimiques.

L’Irak n’est plus une dictature sanglante. Certes, la démocratie irakienne est pleine de défauts, de la corruption aux affrontements, parfois violents, entre communautés chiites (majoritaire avec 60 % de la population), sunnites (20 %, dominant sous Saddam) et kurdes (20 %). Mais le pays connaît une liberté de la presse réelle et un cycle électoral (élections législatives et régionales en 2005 et en 2010) enviable dans un monde arabe jusque-là cadenassé. Les dernières élections avaient même vu une forte participation de toutes les communautés et une victoire de partis non confessionnels. Évidemment, l’Irak, qui sort de trente ans de dictature et qui n’a jamais vraiment connu la démocratie, n’est pas encore la Suisse. La corruption est un fléau, qui a déclenché des manifestations de protestation (comme en Inde), de même que la violence politique. Mais il est intéressant de noter que, malgré les risques de guerre civile en 2005-2006, l’exemple irakien n’a pas découragé les manifestants du « printemps arabe ». Entre l’injustice et le désordre, ils ont pris le risque du désordre.

Enfin, l’Irak est un marché ouvert. Frappée après 1991 par près de quarante résolutions du Conseil de sécurité, l’Irak voyait ses exportations contrôlées par le système Pétrole contre nourriture. Sous la supervision de l’ONU, ce système devait éviter que l’argent du pétrole vienne financer le réarmement du pays. Détourné par le régime, Pétrole contre nourriture a plongé les Irakiens dans la pauvreté. Il appartient aujourd’hui au passé. Certes, violence et corruption ont ralenti la reconstruction de l’Irak. Le pays a dû attendre 2008 pour renouer avec le niveau de production pétrolière de 2003 (2 millions de barils jour). Mais les réserves de l’Irak permettent d’espérer beaucoup mieux : en 2017, le pays veut produire 17 millions de barils par jour, soit l’équivalent de l’Arabie saoudite. Cet apport irakien sera positif pour l’économie mondiale. D’ores et déjà, malgré les freins que constituent les incertitudes sur la gouvernance du pays, l’Irak attire les investisseurs, y compris français.

Au total, l’intervention en Irak n’a peut-être pas eu que des inconvénients. Surtout si on la compare à la situation que vont laisser, quand ils achèveront leur retrait dans deux ans, les Occidentaux en Afghanistan…

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