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Trafic de drogue, kalachnikovs, dérives mafieuses... la réputation de Marseille en matière de grand banditisme n'est plus à faire
Trafic de drogue, kalachnikovs, dérives mafieuses... la réputation de Marseille en matière de grand banditisme n'est plus à faire
©Reuters

Bonnes feuilles

Grand banditisme à Marseille : révélations sur une "arnaque au musée"

Trafic de drogue, kalachnikovs, dérives mafieuses, syndicats aux ordres ou corrompus, hommes politiques mis en examen, cités au bord de l'explosion, Marseille focalise tous les regards et toutes les attentions. Mais que savons-nous vraiment de cette ville ? Fin connaisseur du dossier, Laurent Chabrun, dans "Affaires marseillaises" (First), dresse un portrait de la ville qui fait froid dans le dos. (1/2).

Vrais-faux permis bateaux, monopole sur les quais…de nombreux secteurs de la vie marseillaise sont sous le contrôle de la « combine ». Les musées de la ville n’ont pas échappé à cette dérive avec la mise au jour, en 2010, d’un système de détournement de fonds publics 27 qui a fonctionné à plein rendement pendant deux prestigieuses expositions, celle consacrée à Van Gogh-Monticelli, au musée de la Vieille Charité, et celle intitulée « De la scène au tableau », au musée Cantini. C’est au cours de cette dernière que, le 29 décembre 2010, un tableau de Degas, estimé à au moins 800 000 euros, avait été dérobé. Mais en l’occurrence, il ne s’agissait là que d’une fâcheuse coïncidence.

L’affaire de ce détournement de fonds 28 avait débuté par une simple visite effectuée dans l’un de ces musées par un fonctionnaire municipal en charge de questions de finances, le trésorier-payeur de Nice. Ce dernier s’était étonné d’avoir payé un billet exonéré dont la mention « gratuit » était dissimulée par un coup de tampon. Il s’en était ouvert à ses collègues de la mairie de Marseille qui avait porté plainte.

L’enquête menée par la brigade financière de la police judiciaire, essentiellement organisée autour des auditions du personnel des musées, permit assez rapidement de découvrir que le chef des ressources humaines et l’une de ses adjointes avaient monté un système de double billetterie permettant de mettre de côté une partie importante des recettes des deux expositions. En revendant des billets exonérés, ils empochaient à chaque fois le montant du prix réel du ticket d’entrée. Pour mener à bien l’opération, le chef des ressources humaines, qui porte bien son titre, avait sélectionné 4 caissières complaisantes qui se prêtaient à son jeu.

Étonnamment, il aura fallu la mésaventure du trésorier-payeur de la ville de Nice pour que le pot aux roses soit découvert. Alors que, déjà, bien avant que l’enquête ne soit déclenchée, des bruits avaient circulé sur « le climat de terreur » qui régnait au sein du personnel placé sous la direction du chef des ressources humaines, « menaces et intimidations » sont courantes, selon certains témoignages recueillis par les enquêteurs. Cette ambiance délétère aurait permis d’imposer, à l’occasion des expositions sensibles et potentiellement « fructueuses », des équipes corrompues au fait du fonctionnement de la double billetterie.

Par ailleurs, les enquêteurs ont pu noter une forme de laisser-aller dans la gestion des finances des musées. Des enveloppes contenant le produit de la location des audioguides, ces appareils qui permettent de visiter une exposition tout en écoutant un commentaire enregistré, disparaissaient, par exemple, régulièrement.

La gestion particulière des musées marseillais – faut-il s’en étonner ? – a également été pointée du doigt par les magistrats de la Cour des comptes, qui remarquent incidemment que le coût des salaires du personnel est inférieur au montant des entrées encaissées, ont également noté que la gestion du personnel était pour le moins calamiteuse. Les plannings ne sont pas consultés, chaque agent responsable de salle agit sans en référer à son conservateur, les fiches de notation des agents ne sont pas remplies avant d’être adressées à la hiérarchie et, enfin, les surveillants-chefs, plutôt que d’utiliser le matériel informatique dont ils sont dotés, persistent à utiliser des documents papier souvent illisibles… Ce laisser-aller s’explique évidemment mieux quand on comprend qu’il a permis, finalement, de masquer des pratiques de doubles billetteries initiées par le responsable des ressources humaines. L’affaire s’est soldée en mai 2014 par de lourdes condamnations infligées par le tribunal correctionnel de Marseille. Le chef du personnel, William S... a écopé d’une peine de prison de deux ans avec sursis pour avoir, en particulier, détourné 35 000 euros de recette lors de l’exposition Van Gogh de 2008 à la Vieille Charité. Deux caissières ont été punies de 15 mois avec sursis et 2 ans d’interdiction de la fonction publique ainsi qu’un surveillant de salle 29.

27. Romain Luongo, La Provence, 14 mai 2010.

28. Le Canard enchaîné, 24 mars 2010.

29. David Coquille, La Marseillaise.fr, 12 mai 2014.

Extraits du livre "Affaires marseillaises" de Laurent Chabrun, publié aux Editions First (2014). Pour acheter ce livre, cliquez ici

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