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Google cars : l'innovation dont les taxis et les VTC feraient bien de s'inquiéter plutôt que de se faire la guerre
©Reuters

Le buzz du biz

Google cars : l'innovation dont les taxis et les VTC feraient bien de s'inquiéter plutôt que de se faire la guerre

Alors que les chauffeurs de taxis gesticulent pour protester contre les "VTC", les futurs concurrents des "VTC" arrivent déjà sur le marché. Décryptage comme chaque semaine dans la chronique du "Buzz du biz".

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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Ce mercredi 11 juin, il n’était même pas la peine d’essayer de trouver un taxi disponible dans Paris : ils protestaient. Contre le scandale des "VTC", ces concurrents qui ont le culot d’offrir des services qui séduisent les consommateurs, avec de belles voitures propres et des chauffeurs en costume, polis et silencieux. Inacceptable, selon la profession, car les chauffeurs ne seraient pas soumis aux mêmes contraintes. Beau souci d’égalité que celui qui revendique le droit à être tous enfermés dans les mêmes règles absurdes plutôt que tous libérés des chaines réglementaires…

Mais à quoi bon s’attarder sur cette survivance corporatiste ? Car alors que les chauffeurs de taxis gesticulent, les futurs concurrents des VTC arrivent déjà sur le marché !

Fin mai, Google a en effet fait la démonstration publique (et mondiale) que ses voitures sans chauffeur fonctionnent, et très bien ! C’est une (nouvelle) révolution dans le monde de l’automobile – et une nouvelle preuve que, pour autant qu’il y ait de l’innovation, l’industrie ne meurt pas.

Les véhicules, au design arrondi, ne manqueront pas de susciter un certain scepticisme et quelques craintes : ils n’ont même pas de volant ! Mais il y a fort à parier qu’une nouvelle disruption se prépare là. Imaginons un peu …

Avant que les voitures de Google ne traversent les Etats-Unis en mode "roadtrip", il est probable qu’elles se développeront dans les centres urbains, à petite vitesse et sur des distances limitées. Demain, elles pourront ainsi être commandées grâce à une application sur mobile, viendront chercher leur client et l’emmèneront à destination. Les taxis seront définitivement hors course. Demain, elles pourront également être chargées à un point et se rendre directement à un autre pour effecteur une livraison … sans livreur. La logistique sera bouleversée !

Dans un pays comme la France où le coût du travail est élevé et encourage la substitution des machines aux hommes, cette nouvelle automatisation devrait intéresser plus d’un entrepreneur et modifier profondément plus d’un secteur ! Les protestations ne manqueront pour dénoncer cette concurrence déloyale et des voix émues s’inquièteront de la disparition de l’emploi ; ce ne sera qu’une nouvelle preuve que la fiscalité et la réglementation nuisent au travail, en particulier pour les moins qualifiés.

La réglementation évoluera également. Elle a commencé d’ailleurs a changé ailleurs dans le monde.

Aux Etats-Unis, l’Etat du Nevada avait été pionnier en la matière, suivi rapidement par la Californie, où ces nouveaux véhicules devraient pouvoir circuler dès la rentrée 2014 ! L’Etat de la côté Pacifique a ainsi prévu notamment une formation des "passagers" (ou "non conducteurs" ?) et requerra que les voitures soient assurées.

En Grande-Bretagne, l’annonce récente de Google a stimulé également le gouvernement. David Willetts, le ministre en charge des sciences (Science Minister) a fait savoir qu’il était urgent de faire évoluer la législation pour permettre aux concurrents britanniques de Google, comme la RobotCar UK de l’Université d’Oxford, de se lancer rapidement et ainsi faire du pays un "centre mondial" pour le développement et les essais des véhicules sans chauffeur.

On est bien loin, à l’inverse, de la situation belge où, visiblement, la ville de Bruxelles a dû renoncer à ses projets de développement des véhicules automatiques en raison des blocages réglementaires…De la même façon, en France, l’article R.412-6 du code de la route prévoit que "tout véhicule en mouvement (…) doit avoir un conducteur", lequel "doit se tenir constamment en état et en position d’exécuter commodément et sans délai toutes les manœuvres qui lui incombent". Pour que les Google cars circulent en France, il faudra faire évoluer ce texte … Gageons que les taxis sauront, le moment venu, s’y opposer avec force !

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