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Google organise une opération de relations publiques en Sicile.
Google organise une opération de relations publiques en Sicile.
©Reuters

Dans le secret

Google camp pour les grands de ce monde : mais que peut-il bien s’y passer ?

Quand Google prévoit une opération de relations publiques, il ne le fait pas en petit. Le Google camp se déroulera cette année en Sicile, et n'accueillera que des personnalités influentes comme des entrepreneurs, des célébrités ainsi que des PDG. Au menu : farniente, débats et networking.

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et cofondateur de Yogosha, une startup à la croisée de la sécurité informatique et de l'économie collaborative.

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Atlantico : Google accueille pour la première fois cette semaine en Sicile de nombreuses personnalités hors normes telles que des PDG, des entrepreneurs et autres célébrités ainsi que leur famille. Au programme : farniente et débats sur le monde. Qu'apportera ce séminaire à la stratégie de Google ?

Fabrice Epelboin : Selon les talents de Google, cette conférence leur apportera une adhésion ou une bienveillance de la part de nombreuses personnalités influentes issues de la finance, de la politique et des médias. C’est une espèce de Bildenberg matiné de club de vacances hyper élitiste, une grosse opération de relations publique, visant ceux qui contrôlent l’essentiel des destinées du monde, et Google affiche ainsi à ce petit monde qu’il en fait parti et qu’il est un acteur qui compte.

Parmi les personnes invitées, on compte de nombreuses personnalités telles qu'Eva Longoria ou Lloyd C. Blenkfein, le PDG de Goldman Sachs. Selon vous, comment Google a-t-il choisi ses invités ? Que peuvent-ils apporter à la célèbre entreprise ?

Dans la mesure où cette conférence était censée rester discrète, on peut éliminer la volonté de faire des retombées presse à travers la présence de people. A partir de là, tout est possible. Eva Longoria, qui partage sa vie avec un magnat des médias sud-américains, pourrait succomber pour Loyd Blankfein, allez savoir. Quoi qu’il en soit, tout ce petit monde portera sur Google un regard différent suite à cet évènement, et Google a impérieusement besoin de faire évoluer très vite sa stratégie de lobbying.

La marque Google est en pleine mutation. Le “don’t be Evil” a fait son temps, et qui peut désormais y croire après l’investissement de Google dans Boston Robotics, qui fabrique des robots pour l’armée américaine ? La présence du patron de Goldman Sach, la banque que l’on retrouve derrière la plupart des catastrophes financières de ces dernières années, et à qui l’on doit la transformation de la Grèce en quart-monde, n’est pas compatible avec la doctrine “don’t be Evil”. On est définitivement passé à autre chose.

Comme de nombreuses multinationales avant elle, Google, après avoir atteint une taille critique, transforme sa stratégie d’influence afin de ne plus avoir besoin de se reposer sur ses utilisateurs et sur le public en général, qui commence à entrevoir derrière le coté cool de la firme de Montain View, un géant qui porte des projets particulièrement inquiétants pour le monde, telle la robotisation de la guerre, l’intelligence artificielle dont un nombre croissant d’experts alertent l’opinion public sur ses dangers, ou bien encore la philosophie du transhumanisme, qui pose la question de l’arrivée prochaine d’une humanité où existeront des sur-hommes, transformés par la technologie et cherchant à accéder à l’immortalité. Car oui, tout ceci ne relève plus de la science fiction mais des programmes de R&D de Google.

Le jour où ces programmes feront l’objet d’un débat public, Google aura besoin d’alliés puissants. Car ce n’est pas la population, qui n’aura pas accès à ces privilèges, qui défendra les intérêts de Google, mais bien cette élite qu’il réunit dans des conférences huppées, et qui, elle, pourra bénéficier des progrès sur lesquels travaille Google.

Hormis les vacances offertes, quel est l'intérêt pour les personnalités présentes ?

Le networking apparait comme une opportunité évidente, ainsi que leur sentiment de tisser des liens intimes avec cet élite issue de la Silicon Valley, qui jusqu’ici ne partage pas grand chose (en dehors d’Ashton Kutcher) avec Hollywood, et à peine plus avec Wall Street, tout du moins d’un point de vue culturel et en termes de valeurs.

Au delà de ça, ces personnalités sont aussi des êtres humains. Le transhumanisme s’adressera, dans un premier temps tout du moins, à des gens très fortunés, et ceux d’entre eux qui seraient convaincus par la direction prise par Google pourraient être ses premiers clients, et du coup, d’ardents défenseurs des intérêts de Google.

De nombreux médias ont cherché à en savoir plus sur ce séminaire mais Google a systématiquement refusé. Comment expliquer cette frilosité à en parler ?

De la même façon qu’il est impossible pour les médias de couvrir des évènements comme les réunions du club de Bildenberg ou du dîner du Siècle. Ces évènements font tout pour rester discrets. Ce ne sont pas des occasions de communiquer quoi que ce soit avec l’extérieur. Comme pour Davos, c’est un entre soit.

Les médias sont par ailleurs dans une situation de conflit d’intérêt évidente : harceler Eva Longoria sur sa présence à cette conférence, c’est risquer d’être blacklisté lors de son prochain blockbuster - pire, de recevoir un coup de fil rageur du propriétaire du média.

Ce type de pratique est-elle courante ?

Hélas oui, c’est d’une banalité absolue, et pas qu’avec une petite élite comme le fait Google. Rassembler des influenceurs en leur offrant des vacances gratuites sous prétexte d’une conférence tout en conviant les conjoints et les enfants, c’est très classique. Un très grand nombre de multinationales font cela, aussi bien dans le secteur du BTP que dans la pharmacie ou dans bien d’autres domaines. Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi il y avait tant de congrès de médecine dans des lieux paradisiaques en été ? A intervalle régulier, les médias les plus courageux dénoncent - comme l’a fait Elise Lucet il y a peu avec l’industrie du tabac - la proximité dans leurs loisirs entre des personnalités influentes et des politiques et de grandes multinationales. C’est une forme de corruption, ni plus ni moins, et qui est également pratiquée par des Etats. Zine Ben Ali disposait ainsi d’une officine, l’ATCE, dont le rôle était de fournir des vacances à des centaines de journalistes français afin de “travailler son image”, et de nombreux pays pratiquent le même genre de lobbying. A voir les retombées presse en France des premiers temps de la révolution tunisienne, cette stratégie est extrêmement efficace.

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