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La nouvelle affaire iPhone

Des espions dans votre poche

L'information révélée ce mercredi 20 avril par la presse britannique a fait l'effet du bombe. Selon deux chercheurs américains, l’iPhone 4, le téléphone star d'Apple, conserve la trace de tous les endroits où vous vous êtes rendus, et ce depuis juin dernier. Xavier Debbasch, co-fondateur et directeur général de l'agence de conseil en communication mobile Airweb, détaille pour Atlantico les principes, les dangers et les bénéfices de la géolocalisation.

Atlantico : En quoi consiste la géolocalisation ?

Xavier Debbasch : La géolocalisation existe depuis que l’on peut utiliser son téléphone pour accéder à Internet, même lorsqu’on utilisait uniquement les SMS on parlait déjà de géolocalisation mais on ne faisait qu’en parler.

Plusieurs technologies permettent de géolocaliser quelqu’un sur son téléphone mobile. Au début, les informations venaient des opérateurs mobiles qui pouvaient indiquer le lieu où l’on se trouve dans une ville ou un pays, mais assez rapidement, depuis 4 ou 5 ans, la majorité des mobiles est équipée du GPS et de l’accès Wifi en plus du réseau 3G. En croisant ces 3 informations - le GPS, le réseau GSM et le réseau Wifi sur lequel on est connecté - on peut désormais déterminer de manière très précise où l’on se trouve.

Auparavant la géolocalisation était une application vendue par les opérateurs mobiles aux éditeurs de services, on pouvait donc obtenir une information de géolocalisation en achetant cette information par requête aux opérateurs mobiles ; mais depuis l’arrivée des smartphones un peu plus évolués (iPhone, Blackberry et autres) cette information est  mise à disposition gratuitement par le constructeur. Maintenant que l’information est gratuite, tous les éditeurs ont l’opportunité de l’utiliser. On observe donc un réel engouement pour la géolocalisation.

Existe-t-il un marché de la géolocalisation ?

Ce sont les constructeurs de téléphone qui aujourd’hui fournissent aux éditeurs de services les infos de géolocalisation pour que le service soit le plus adapté à l'usage de l’utilisateur. Les constructeurs comme Apple, Android ou Blackberry fournissent ainsi des téléphones qui donnent ces informations de géolocalisation mais aussi d’autres services ou applications comme Allociné ou Les Pages Jaunes, ou d’autres plus ludiques encore. On utilise aujourd’hui la géolocalisation pour faire autre chose que simplement trouver des points d’intérêt autour de soi mais aussi pour jouer et s’amuser.

Quels sont les dangers de la géolocalisation ?

On peut aller très loin. Si quelqu’un s’amuse à communiquer sans cesse l’endroit où il se trouve, où comme dans l'affaire de iOs 4.0, si le smartphone enregistre ponctuellement les positions du téléphone, il est possible de savoir ce qu’il fait en permanence. Il est ainsi arrivé à certaines personnes de communiquer l’endroit où ils se trouvaient, précisant donc qu’ils n’étaient pas chez eux, et de découvrir que leur appartement venait d'être cambriolé. Cela pourrait servir à un employeur espionnant ses salariés, dans une affaire de divorce... Tout dépend de la volonté des utilisateurs : personne n’oblige personne à se signaler ou à se géolocaliser, sauf justement dans l'affaire de l'iOS 4.0 où les informations sont stockées à l'insu des usagers.

Dans tous les cas, les constructeurs, les opérateurs et les éditeurs jouent gros et sont conscients des dangers : ils disposent d’ailleurs de nombreuses techniques pour empêcher et bloquer l’accès aux informations de géolocalisation. Mais personne n’est à l’abri de gens malintentionnés.

Il n’existe pour l’instant en France aucune réglementation précise sur le sujet, même si la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) garde un oeil attentif sur cette nouvelle technologie. Il faut surtout, à mon sens, éviter de mettre en place des réglementations trop strictes, en tous cas plus strictes que celles appliquées à l’étranger. Il faut, comme dans tous les marchés, une autorégulation entre gens de bonne foi et de bonne volonté pour éviter que le marché ne se détruise. Des régulations excessives peuvent handicaper ce marché naissant confronté à la concurrence.

Quels sont les bénéfices de la géolocalisation ?

La géolocalisation apporte de multiples services intéressants. Avant, on pouvait se géolocaliser mais pas de manière automatique, on pouvait simplement dire où l’on était : il fallait saisir un code postal ou une adresse. Aujourd ’hui, nous n’avons plus besoin de saisir l’information car celle-ci est donnée automatiquement à l’éditeur de service qui créé lui-même son service consacré à l’information de géolocalisation choisie. Plus besoin donc de feuilleter son annuaire.

Mais le grand changement est essentiellement comportemental : beaucoup sont devenus exhibitionnistes en utilisant Facebook ou Twitter, ils racontent leur vie et précisent à tout moment où ils se trouvent. Les éditeurs de services surfent d’ailleurs sur cette tendance, à l’image de Foursquare ou de Glympse qui permet de signaler à un moment précis l’endroit où l’on se trouve : il suffit pour cela d’envoyer l’information de position à la personne de son choix et ce, durant une certaine durée.

L’intérêt économique joue également : le marché de la  publicité géolocalisée est énorme. La géolocalisation permet ainsi d’indiquer à l’utilisateur les centres d’intérêts et des informations publicitaires qui l’entourent et susceptibles de l’intéresser.

 

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