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Gaspard Koenig est officiellement candidat à l'élection présidentielle de 2022.
Gaspard Koenig est officiellement candidat à l'élection présidentielle de 2022.
©DR / Editions de l'Observatoire

Grand entretien

Gaspard Koenig : « L’absence de simplification administrative n’est pas due à l’Etat profond mais à un manque de véritable volonté politique »

Gaspard Koenig, philosophe, candidat à l'élection présidentielle et créateur du mouvement politique Simple, souhaite réduire le nombre de normes et lutter contre la prison bureaucratique.

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig a fondé en 2013 le think-tank libéral GenerationLibre. Il enseigne la philosophie à Sciences Po Paris. Il a travaillé précédemment au cabinet de Christine Lagarde à Bercy, et à la BERD à Londres. Il est l’auteur de romans et d’essais, et apparaît régulièrement dans les médias, notamment à travers ses chroniques dans Les Echos et l’Opinion. 

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Atlantico : Il y a quelques mois, nous vous interrogions dans Atlantico suite au lancement de votre parti politique, Simple. Aujourd’hui, vous êtes candidat à l’élection présidentielle. Qu’est-ce qui vous a poussé à sauter le pas ?

Gaspard Koenig : D’abord, parce que les idées que je représente ne sont nulle part ailleurs sur l’échiquier politique. Ce dont a besoin ce pays, plutôt que d’un grand plan sur tel ou tel thème, c’est une immense vague d’autonomie et de simplification. Dans les hôpitaux, on dénonce le blabla, les chercheurs écrivent des tribunes contre la bureaucratie des appels à projets, les professeurs dénoncent les procédures Covid et autres. La société crève des injonctions et a besoin d’espaces de liberté, au niveau de l’individu, de la commune, de l’entreprise. Personne ne porte ce discours de manière aussi franche, radicale et frontale que moi. Deuxièmement, nous avons d’abord voulu monter un parti avec une doctrine et un message avant de lancer une candidature, à l’inverse de la démarche Macron. Il n’était pas question que je me présente si le parti ne fonctionnait pas. On a créé une structure, mené une campagne de terrain tout l’été, sous le radar national. Ces 30 déplacements nous ont montré que notre intuition était validée et que l’on constituait une véritable communauté. L’étape a ensuite été de faire des propositions, via le livre Simplifions-nous la vie. Nous avons organisé un meeting au Théâtre des Variétés qui a réuni 800 personnes. Ce n’est qu’une fois cela réuni que nous avons décidé d’aller jusqu’au bout. La présidentielle est le moment où, en France, une force politique nouvelle peut émerger. C’est pour cette raison que j’y participe de tout cœur. Évidemment, nous arrivons tard, mais nous nous sentons prêts.

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Donc vous irez jusqu’au bout ?

J’y suis bien décidé, oui !

Si le 24 avril vous devenez le nouveau président de la République, quelle est votre première mesure ?La mère de toutes les batailles ?

C’est évidemment le projet Portalis, le projet de simplification. C’est un projet qui prend à peu près deux ans. Il consiste à recodifier l’ensemble du droit pour produire quelque chose de beaucoup plus lisible et intelligible afin de redonner une marge de responsabilité énorme. Cela insuffle une orientation générale pour la nation. La simplification permet de rénover les services publics, relancer l’activité pour embaucher, grandir et travailler sans être dans l’instabilité juridique. Simplifier, c’est quelque part faire revivre le vivre ensemble en apaisant les tensions naissant des injonctions perpétuelles. C’est un vrai projet de société. Derrière cela vient l’autonomie locale pour les collectivités, en particulier les communes. Enfin, le revenu universel, qui suit toujours la même logique : la simplification pour redonner du pouvoir social et fournir à chacun le minimum pour vivre et mieux se lancer dans l’activité. C’est une mesure qui sortirait les gens de l’assistanat. Avec mon système, les agriculteurs qui finissent parfois à 300 euros par mois passeraient à 700 euros. C’est un filet de sécurité solide et universel.

Sans pour autant coûter aux finances ?

Tout ça se ferait à coût constant et à droit constant. La philosophie générale est de ne pas changer des pans entiers de notre droit ou des grandes masses des finances publiques, mais la simplification de tout cela est bien plus importante que de rajouter une structure bureaucratique ici où là. C’est un changement matriciel. Si on arrive à diviser par 100 le nombre de normes en France, à donner une autonomie à nos territoires et garantir aux gens la possibilité de subvenir à leurs besoins de base, ce sera une vraie radicalité par rapport à tout ce qui a été fait ces dernières années. C’est à la fois radical, car c’est un changement d’ampleur, et modeste, car ça ne bouleverse pas les équilibres.

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Cette radicalité que vous évoquez, ne craignez-vous pas qu’elle fasse peur et provoque des conflits ? La société française supporterait-elle bien ces changements ? Faut-il prendre le risque d’aller au conflit social ?

Si je suis élu, c’est que les gens auront choisi ce projet. Ensuite, je crois beaucoup à la volonté politique. Je pense qu’il n’y a pas d’État profond, que l’administration française est compétente et légitimiste. C’est avec les fonctionnaires qu’on va réformer et pas contre eux. D’ailleurs, je ne propose pas de réduire les effectifs de la fonction publique, je propose d’ouvrir des maisons du citoyens sur tout le territoire afin de remettre les fonctionnaires sur le terrain, avec un pouvoir de décision pour aider les gens. Je souhaite me présenter sur quelques idées très substantielles, que nous avons beaucoup travaillées puisque cela fait dix ans que j’ai fondé un think tank pour y réfléchir. Ce n’est pas un projet que j’ai écrit sur un coin de table en quelques mois comme tous les autres candidats. Je suis peut-être celui qui part du plus loin mais je suis le mieux préparé. Je veux avoir ce que Napoléon appelait les « masses de granit » et ensuite laisser, pour les affaires courantes, le gouvernement gouverner. On peut avoir une présidence beaucoup plus en retrait que ce qu’elle est aujourd’hui. Le président n’a pas à se prendre pour le chef des pompiers ou celui des médecins, etc. Je veux offrir aux gens un cadre où ils pourront obtenir leurs propres réponses et en finir avec le président omnipotent qui n’entraîne que des déceptions.

Vous dites ne pas croire à l’État profond. Pour autant ne considérez-vous pas que la culture bureaucratique telle qu’elle existe en France produit un système qui s’auto-entretient dans la bureaucratie et contre lequel il vous faudra lutter ?

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Non. J’ai été deux ans au cabinet du ministre de l’Économie il y a longtemps. Cela m’a permis de voir que la volonté politique, quand elle est claire et ferme, triomphe de tous les obstacles. Ce fut le cas pour les auto-entrepreneurs. Encore une fois, l’administration française est légitimiste, obéissante. C’est d’ailleurs en cela que nous sommes un cadre démocratique. Qu’il y ait des résistances, des discussions, des ajustements, c’est naturel. Ce qui a péché jusqu’à présent, c’est le manque de volonté politique. C’est là ma grande différence avec Emmanuel Macron. Il pense que la complexité vient de l’administration donc il passe son temps à vouloir la réformer, via Amélie de Montchalin. Alors oui, on peut toujours améliorer le fonctionnement de la Sécu, mais le problème est beaucoup plus profond selon moi. Le problème, c’est la conception de la norme. Et ce sont les politiques qui sont responsables de l’inflation législative. Les fonctionnaires, eux, font ce qu’ils peuvent. Les injonctions débiles sur le Covid émanent du politique, du Premier ministre. L’administration, elle, sauve les meubles après coup. Si je suis élu, ce sera sur un projet de société de simplification, et j’aurais la légitimité pour le mener à bien.

Si la responsabilité est politique, il vous faut une majorité à l’Assemblée nationale. Vous avez constitué un parti. Les législatives sont-elles aussi prévues ?

Nous y réfléchissons mais concentrons actuellement tous nos efforts sur la présidentielle. Mais je pense aussi qu’on peut gouverner, comme en Allemagne, avec des coalitions fortes. À partir du moment où le projet matriciel est validé par le suffrage universel, le gouvernement qui doit gérer les affaires courantes peut être formé sur une coalition. Cela fonctionne plutôt bien en Allemagne. Cela permet parfois d’avoir plus de radicalité car chacun apporte la mesure qui lui tient le plus à cœur. Tout ne doit pas être l’émanation d’un seul homme, il faut donner de l’autonomie au Parlement et au gouvernement. Aujourd’hui, tout est décidé à l’Élysée et ce n’est pas une bonne chose.

Vous voyez dans la coalition la possibilité d’une radicalité. Est-ce que vous ne craignez pas, à l’inverse, d’être réunis sur votre plus petit dénominateur commun qui empêcherait la radicalité recherchée ?

Mon projet sera validé par le suffrage universel donc il sera autonome. Sur le reste des réformes, une fois la direction donnée, il peut y avoir plusieurs chemins.

Comment articulez-vous le rôle du politique et les juristes que vous voulez solliciter pour votre projet de simplification ?

Pour la réforme du Code du travail, Robert Badinter et le juriste Antoine Lyon-Caen avaient été missionnés lors du quinquennat précédent. Leur projet tient en 61 principes et seulement quatre pages. On estime que le Code du travail n’a pas forcément besoin d’être plus long. La méthode utilisée n’était pas mauvaise. On peut imaginer plus de concertation avec les acteurs des différents domaines. Il faut s’assurer que chaque mot soit bien conçu, pesé, à l’inverse du bavardage actuel. Aujourd’hui, les lois qui sont votées sont symboliques. Les gens qui les conçoivent savent qu’elles ne seront pas appliquées et qu’il s’agit juste de donner un signal. Il n’y a presque plus de différences entre la loi et une tribune. On vit dans une société en quasi-anarchie parce que trop de loi a tué la loi. Il n’y a plus de respect pour la loi en raison de l’absurdité des injonctions. Je suis pour une loi plus simple mais aussi plus ferme. La nouvelle mode des « périodes de tolérance » est contraire à l’État de droit car elle amène de l’arbitraire.

Dans votre discours de Montilly-sur-Noireau, vous dites vouloir renvoyer l’État à sa place de 1789. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Chacun a son ancrage dans l’Histoire de France. Pour moi, c’est 1789 et la Déclaration des droits de l’Homme. C’est un magnifique texte de philosophie politique. Les articles sont concis, tiennent en une page, sont magnifiquement rédigés et donnent une orientation extrêmement importante pour notre vie en société. La vision de ces pères fondateurs, qui est aussi la mienne, est que l’État n’est pas là pour juger les comportements et vraiment pas là pour « emmerder les gens ». Il est là pour émanciper l’individu de tous les intermédiaires qui peuvent l’asservir. C’est pour ça que la Révolution française abolit les privilèges mais aussi les corporations. L’État introduit un rapport direct avec l’individu. C’est ce que disait l’abbé Sieyès dans Qu’est-ce que le Tiers-État ?.La loi est au centre et les citoyens rayonnent autour. Cela veut dire que l’État garantit au citoyen les moyens de son autonomie. Il donne l’éducation, de quoi survivre financièrement, mais ne dit pas quoi en faire. Cela ne confère pas moins de place à l’État, au contraire, cela lui demande plus de travail. Pour autant, il n’essaie pas de contrôler ou d’homogénéiser les valeurs. C’est dans cette logique que je plaide pour la propriété des données personnelles.

Vous avez expliqué ne pas vouloir supprimer de fonctionnaires mais les redéployer. Est-il vraiment possible de simplifier le pays sans toucher à la masse de fonctionnaires ?

Tout à fait. Les choses vont s’ajuster d’elles-mêmes une fois l’autonomie dévolue à l’administration. Je suis pour la suppression du statut de la fonction publique mais l’idée n’est pas de faire la politique du chiffre. Il y a des endroits où il faut moins de fonctionnaires, d’autres où il en faut plus. L’État s’est désengagé de certains territoires. Il a supprimé les trésoreries locales qui permettaient aux gens de s’occuper de leurs problèmes d’impôts. Et comme les gens ne peuvent plus expliquer leur situation, ils deviennent fous sur des plateformes en ligne qui ne répondent pas à leurs problèmes. Je veux qu’il y ait de vrais fonctionnaires au cœur des territoires avec un pouvoir de décision. Ils vont aider à construire un projet et avoir la possibilité de le valider. Pour cela, on a besoin de présence physique. Il faut donc réhumaniser le rapport à l’administration. Cela leur permettra aussi de retrouver un sens à leurs fonctions et une possibilité d’agir. Ma philosophie, c’est un pari sur la confiance envers l’individu.

Est-il possible d’offrir à toute la société la simplification en même temps ? Faut-il procéder d’un bloc ou bien par étapes ?

Il faut prendre son temps pour que ce soit bien fait, mais ensuite, il faut le faire d’un coup et pour tout le monde, parce que sinon on va créer, comme d’habitude, des catégories, des statuts, des jalousies, etc. La proposition d'Eric Zemmour d’un Haut-Commissaire à la simplification montre qu’il n’a rien compris au sujet. La grande différence de cette réforme par rapport à un énième plan de simplification, c’est qu’elle est systémique et radicale. Notre méthode consiste à se demander non pas quelles normes enlever mais lesquelles garder. C’est pour cette raison que la mythologie révolutionnaire me convient bien, car c’est un moment de refondation institutionnelle.

Comment vous assurer que les choses ne redeviendront pas comme avant dès que la volonté politique ne sera plus là ou que vous ne serez plus là, par exemple après votre potentiel mandat ?

C’est de la politique-fiction que vous me demandez. Mais si ça marche, ce sera gardé. C’est le cas du mariage pour tous. Plus personne n’en parle, ça n’embête personne, ça crée du bonheur pour certains et plus personne ne cherche à le remettre en cause alors même qu’il avait suscité de vives contestations.

Je pense que la société va tellement souffler grâce à cela qu’elle n’aura aucune envie de revenir en arrière. Il y a aussi, à mon sens, une tendance sociétale de fond. On a eu besoin de la bureaucratie à un moment historique donné ; aujourd’hui, on a besoin de simplicité dans le rapport à l’autre, à la nature, à l’entreprise, etc. Il y a une attente d’une vie sans sigles, sans mots de passe.

Vous parlez d’écologie, par exemple : est-ce compatible d’avoir un projet de lutte contre le réchauffement climatique avec moins de normes et moins de réglementations alors qu’on a plutôt tendance à réguler pour empêcher les mauvais comportements ?

Bien sûr, car la question n’est pas de savoir s’il faut de la norme ou pas mais de savoir quelle norme et à quel niveau de généralité. Souvent, les normes empêchent les projets, par exemple, d’autonomie énergétique. Le droit du vivant fait partie de mes cinq blocs. Plein de choses concernant le bien-être animal ne fonctionnent pas actuellement. Nous allons proposer une définition très simple de l’élevage intensif fondé sur des critères de densité. À l’avenir, on va interdire cet élevage intensif au profit du plein air. On va aussi proposer une fiscalité carbone. C’est, là encore, bien plus simple que mille plans sur la protection de l’environnement. On va aussi émettre une proposition pour une redistribution en circuit fermé pour que tout le produit de la taxe soit redistribué directement aux gens en priorité dans les zones rurales qui ont besoin de se déplacer et d’utiliser de l’énergie. On peut faire ça sans nuire au pouvoir d’achat si on met en place le bon système d’incitations.

Vous avez reconnu avoir voté Emmanuel Macron en 2017. Il avait cette ambition de simplifier. Ça ne s’est pas traduit durant son quinquennat. Qu’est-ce qui vous différencie et vous permet de dire qu’avec vous la simplification aura vraiment lieu ?

Comme lui, je viens du grand espace du centre. En revanche, je porte une vraie radicalité et un libéralisme par le bas. Lui, il est le porteur d’un statu quo technocratique et d’un libéralisme par le haut. Un néolibéralisme correspondant à la définition de Foucault du règne des experts. Pour ma part, c’est tout l’inverse, je veux donner une liberté de choix maximum au plus petit échelon. C’est un projet de société différent qui part du même espace politique. Il prétend avoir le monopole de la raison, il est temps de lui opposer de la concurrence. 

Pour retrouver le site de campagne de Gaspard Koenig : cliquez ICI

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