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G.-W. Goldnadel : "Monsieur Poisson n’est pas antisémite, mais il s’est engagé sur une très vilaine pente"
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Dérapage

G.-W. Goldnadel : "Monsieur Poisson n’est pas antisémite, mais il s’est engagé sur une très vilaine pente"

Les propos de Jean-Frédéric Poisson sur les "lobbies juifs" prononcés dans Nice-Matin ont beaucoup choqué, notamment le Crif et certains de ses concurrents à la primaire.

Gilles-William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel est un avocat pénaliste aux prises de position contestataires, président fondateur d'Avocats sans frontières. Il fut le défenseur des accusés dans les affaires Sentier I et Sentier II, ainsi que dans l'Angolagate. Il est l'auteur de Réflexions sur la question blanche et de Le vieil homme m'indigne ! : Les postures et impostures de Stéphane Hessel, parus chez Jean-Claude Gawsewitch. Gilles-William Goldnadel est également secrétaire national de l'UMP aux médias et à la désinformation.

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Atlantico : Le candidat à la primaire de la droite et du centre Jean-Frédéric Poisson a été dénoncé par le Crif pour avoir évoqué dans Nice-Matin les liens entre Hillary Clinton et l'AIPAC, lobby juif américain, ainsi que ses forts soutiens dans le monde de la finance. Il justifiait ainsi son absence de soutien pour l'un ou l'autre des candidats de la primaire américaine. Mais l'expression "lobbies sionistes" a provoqué un certain émoi. Que pensez-vous de cette déclaration ? 

Gilles-William Goldnadel : Tout d'abord, il faut souligner que les protestations n'ont pas émané uniquement du Crif, mais aussi de nombreuses voix issues des Républicains-mêmes qui se sont aussi montrés très sévères. Ce n'est pas du tout l'expression de "lobbies sionistes" qui a écorché mes oreilles dans cette déclaration – elles en ont entendu d'autres – mais bien que cette expression soit associée à la finance de Wall Street et que ces lobbies puissent soumettre Madame Clinton. 

Je ne suis pas un perdreau de l'année : je sais ce que veulent dire les mots quand on les associe ainsi. Je précise que je suis d'autant plus marri par ces déclarations que j'avais pour Monsieur Poisson plutôt un sentiment de sympathie. J'avais oublié qu'il était l'héritier en droite ligne de Madame Boutin, qui ne m'a jamais inspiré beaucoup d'admiration morale et intellectuelle. Et lors de son passage au premier débat de la primaire de la droite, je l'avais trouvé rien de moins qu'excellent. D'autre part, je l'ai déjà rencontré : c'est quelqu'un de sympathique et de structuré intellectuellement. Je l'avais sollicité dans l'intérêt d'un journaliste catholique de France Inter qui, au rebours des Juifs pratiquants ou des musulmans pratiquants de Radio France, ne pouvait être défrayé lorsqu'il prenait des vacances lors des fêtes religieuses chrétiennes. J'avais trouvé qu'il s'agissait d'une discrimination à juste titre tout à fait intolérable. Le contact avait été bon.

J'avais aussi constaté que Jean-Frédéric Poisson faisait montre de trop de compréhension à l'égard de Bachar El-Assad. Mais je sais aussi qu'il est l'un des soutiens les plus fervents des chrétiens martyrisés en Orient, et ce notamment par les djihadistes. J'avais eu l'occasion de faire intervenir lors d'une session de France-Israël, que je préside, une sœur chrétienne palestinienne vivant en Syrie, Sœur Myriam, qui est venu nous dire qu'il fait meilleur vivre sous Assad qu'avec les djihadistes. Par conséquence, je sais relativiser les choses. D'ailleurs, le simple fait de faire venir cette sœur m'avait valu les critiques acerbes de La Règle du Jeu, le journal BHL qui m'avait alors présenté comme un suppôt de Bachar El-Assad dans la Règle du Jeu. Ce qui est le comble quand on sait que je manifeste mon opposition aux Assad, père et fils, depuis beaucoup plus longtemps que la majorité des gens, depuis l'époque à laquelle pas un journal ne s'en occupait, à l'époque par exemple du massacre de Hama, sous Hafez El-Assad.

Aujourd'hui, à la lumière des dernières déclarations de Monsieur Poisson, je ne peux m'empêcher de faire le lien avec cette sympathie singulière. Malheureusement, je considère ces déclarations comme regrettables mais surtout ineptes : sur le fond, ces déclarations ne sont rien de moins que ridicules. Le lobby sioniste est déchiré aux Etats-Unis entre Hillary Clinton et Donald Trump. Certains soutiennent la démocrate sans enthousiasme, du fait qu'elle a été Secrétaire d'Etat de Barack Obama qui n'a pas fait merveille aux yeux des pro-Israéliens, d'autres Trump, mais sans enthousiasme encore du fait de l'imprévisibilité du personnage. Eux ne sont pas soumis à un camp, mais surtout il faut bien voir que s'il y a soumission de Clinton, c'est plus aux Noirs de Black Live Matters, aux Latinos en mal de papiers, aux minorités sexuelles actives, plutôt qu'aux Juifs ! Son discours sur la Palestine ne les plonge pas dans un abîme de béatitudes, par exemple. 

Je suis donc marri par ces déclarations, moins en tant que Juif pro-Israélien – ce que je ne récuse certainement pas – qu'en tant qu'homme de droite qui considère comme une malédiction que la droite très très décomplexée ne puisse s'empêcher de dire des bêtises. Et, toutes proportions gardées, quand ce n'est pas Trump qui nous en sert, c'est Poisson. C'est moins grave mais c'est tout aussi désolant. 

Jean-Frédéric Poisson s'est défendu sur son site en déclarant que "la haine du peuple juif m'est totalement étrangère", et a affirmé qu'il traitait un problème de politique étrangère précis - la campagne américaine en l’occurrence. Pensez-vous, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, que Jean-Frédéric Poisson est antisémite ?

Je ne fais pas de procès en antisémitisme : je ne sonde pas les reins et les âmes. Il y a bien des tares aussi graves que l'antisémitisme : l'ignorance, la stupidité, le manque de sensibilité… Il y a bien des choses que je réprouve tout autant que l'antisémitisme. Mais le fait de considérer contre l'évidence la plus aveuglante qu'un personnage politique américain soit pieds et poings liés par un groupe de pression juif, c'est reprendre les arguments les plus éculés que véhiculait l'antisémitisme classique. Je ne dis pas que Jean-Frédéric Poisson est antisémite : je ne le pense même pas. Mais malgré tout, et du fait de son engagement peu recommandable au Proche-Orient, il s'est engagé sur une très vilaine pente. Mais en tout état de cause, quand vous êtes un personnage public, que vous savez que tout une partie de la population a pour Israël une détestation toute particulière, et que circulent en nombre sur ce même territoire des thèses conspirationnistes sur le contrôle total du monde, de la presse et de la finance par les Juifs, ce qui est l'exact contraire de la réalité, il faut savoir que vous vous exposez à la juste volée de bois vert qu'a reçu Monsieur Poisson.

Certes, par nature et origine, je ne pratique pas le pardon chrétien. Il a bien voulu s'excuser : j'en prends acte, mais ne peux m'empêcher d'avoir une mémoire.

Ses opposants, Nicolas Sarkozy et François Fillon exceptés, ont menacé de demander son éviction de la Primaire. Pensez-vous que Jean-Frédéric Poisson doive être évincé ?

Je ne suis pas de ceux qui sont pour la censure. Je ne suis pas de ceux qui sont pour la sanction. Je ne souhaite pas martyriser Monsieur Poisson. Et quand bien même il y aurait un moyen juridique de l'empêcher de se présenter à la primaire, je pense qu'il s'agirait d'une sanction inadéquate et inopportune.

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