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La fuite des capitaux hors de France a déjà commencé
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Débandade

La fuite des capitaux hors de France a déjà commencé

Et cela n’est rien en comparaison de l’exil du capital humain auquel nous nous préparons...

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Un phénomène est passé inaperçu depuis août 2011: la lente fuite des capitaux français vers l’étranger. La crise bancaire de l’été dernier a donné le signal d’une course extrêmement défavorable pour l’économie française : l’aversion sourde mais grandissante des acteurs économiques pour notre pays.

Plusieurs signaux faibles sont régulièrement émis sur ce sujet, sans que l’opinion publique n’en ait acquis une conscience claire ni ne les interprète simplement. Dans un monde où la circulation des capitaux est le lot commun, après tout, plus rien n’attire vraiment l’attention dès lors qu’il s’agit d’une sphère où la notion de nationalité a perdu son sens.

Pourtant, le 17 avril, Bloomberg a publié un article au titre évocateur : «La France pourrait-elle quitter l’euro? Certains épargnants pensent que oui». L’article est un tantinet racoleur et malhonnête, car il mélange des notions assez différentes.

En fait, Bloomberg pointe du doigt le fait que, depuis le mois d’août 2011, la banque de France a déboursé près de 90 milliards d’euros auprès des banques nationales allemandes et hollandaises, qui sont autant de liquidités en moins sur le marché français. Pour être schématique, les sommes colossales que la Banque centrale européenne a déversées sur le marché bancaire depuis la crise de l’été dernier ont principalement servi à acquitter des factures au profit des banques allemandes et hollandaises.

Cette mécanique est prévue par les traités. Les banques nationales, dans l’eurosystème, ont en effet pour fonction d’assurer les transferts monétaires entre pays de l’Union dans le cadre des échanges intra-communautaires. Pour être précis, elles assurent les règlements des paiements scripturaux internationaux ou transfrontaliers.

Dans un contexte où notre déficit extérieur est abyssal, le phénomène s’explique aisément: la banque de France transfère plus de liquidités vers ses voisins qu’elle n’en reçoit d’eux, puisque nous importons beaucoup plus que nous n’exportons.

Le problème est que, jusqu’en août 2011, le phénomène inverse se produisait. La France était bénéficiaire nette des flux de capitaux provenant de ses voisins, dans une Europe où l’Irlande, l’Italie et dans une certaine mesure l’Espagne, perdaient chaque jour une part de leurs liquidités.

Depuis août 2011, la France a rejoint le bataillon des contributeurs, Italie et Espagne en tête, dont les banques centrales inondent les marchés hollandais et allemands de liquidités prêtées à bas prix par la banque centrale européenne. Simplement pour équilibrer la balance commerciale.

Voici la France financièrement réduite au rang de ses voisins méditerranéens, de plus en plus dépossédée de ses avoirs.

Selon Bloomberg, il faut y voir le signe d’une tentation pour beaucoup de Français de quitter l’euro. Objectivement, l’explication est fumeuse, mais elle nous renseigne utilement sur les paris que les financiers américains font aujourd’hui quant à l’avenir de la monnaie unique, et quant à la capacité de la France à y tenir un rôle. Les marchés ont acquis la conviction que l’euro était en phase terminale et que la France pourrait bien être celle qui lui donnerait le coup de grâce.

Signe des temps, le 13 avril, les Echos publiaient un article sur l’assurance-vie au Luxembourg. Cette sorte de publi-reportage expliquait patiemment pourquoi le moment était venu de placer son argent sur des comptes au Luxembourg, au lieu de gaspiller son épargne sur des contrats français. Petit à petit, la conviction se fait donc jour que les capitaux ont tout intérêt à quitter la France.

Encore cela n’est-il rien en comparaison de l’exil du capital humain auquel nous nous préparons. Déjà, tant de matière grise française émigre vers les pays anglo-saxons pour échapper aux pesanteurs aristocratiques de notre société. Un jeune de talent, qui ne sort pas d’une grande école, n’a aucun intérêt objectif à rester en France.

Ce mal français-là, est bien plus grave que le mal financier.

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