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Pour la gauche, il faut 
réduire le salaire du Président... 
mais pas trop !
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Efforts à géométrie variable

Pour la gauche, il faut réduire le salaire du Président... mais pas trop !

Après avoir critiqué l'augmentation de 172% du salaire du président de la République décidée par Nicolas Sarkozy, François Hollande a notamment annoncé dans sa feuille de route vouloir diminuer cette rémunération de... 30%. De quoi conserver un salaire largement plus élevé que celui de Jacques Chirac...

Simon Porcher

Simon Porcher

Simon Porcher est économiste, éditeur du blog observatoire des idées. Diplômé de Sciences Po où il enseigne l’économie, il termine actuellement un doctorat à l’IAE de Paris.

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Dans la feuille de route des premières semaines de son éventuel mandat, François Hollande a précisé des idées avancées au cours de sa campagne. Parmi les mesures « urgentes » on retrouve la diminution de 30% des rémunérations des ministres et du chef de l’État, mise en place dès les premières semaines.

Une mesure qui fait écho au débat de la semaine dernière sur la rémunération des dirigeants d’entreprises et à la polémique qui avait eu lieu suite à l’augmentation de la rémunération du chef de l’État de 172% en 2007. Pour autant, l’essence même de cette mesure d’urgence est assez étrange.

En appliquant la diminution de 30%, le traitement mensuel de François Hollande Président serait donc de 13 000 euros par mois, 5 000 euros de plus que ce que gagnait Jacques Chirac. Si l’on peut saluer François Hollande pour sa volonté d’être le premier Président à diminuer son salaire, on ne peut que souligner l’étrangeté de la mesure… D’autant plus que les salaires des ministres et du Premier ministre vont effectivement atteindre un niveau inférieur à celui de l’avant 2007.

Elle donne presque raison à Nicolas Sarkozy qui pense avoir rendu service à tous ses successeurs en augmentant la rémunération du chef de l’État. Si l’objectif était de prendre une mesure exemplaire, pourquoi ne pas avoir réaligné le traitement du Président et celui du Premier ministre sur celui des ministres ? Ou tout simplement revenir sur l’auto-augmentation de Nicolas Sarkozy ?

Il n’existe de toute façon pas réellement de liens entre la rémunération du chef de l’État et sa capacité à gouverner le pays. La mesure est seulement d’affichage… Et il était possible d’en sortir une photographie plus convaincante.

Le deuxième volet de la mesure est tout aussi étrange : pourquoi diminuer la rémunération des ministres de 30% ? Il y a l’affichage certes. Mais il y a une autre justification implicite : les membres du gouvernement peuvent cumuler leur fonction avec un ou plusieurs mandats locaux, dans la limite d’un surplus salarial de 2 700 euros par mois, ce qui est le cas de plusieurs ministres actuellement au gouvernement. Comme ils ne renoncent que rarement d’eux-mêmes à leurs mandats locaux, il était juste de les sanctionner financièrement sur leur salaire de ministre.

Mais François Hollande a annoncé également s’opposer au cumul des mandats et des fonctions. Dans ce cas, il reste à déterminer s’il s’agira d’une règle de coutume comme sous le gouvernement de Lionel Jospin ou d’une règle constitutionnelle. Dans les faits, Nicolas Sarkozy, pourtant opposé aux cumuls des mandats et des fonctions en 2007, a vite abandonné l’idée d’imposer cette règle, trop contraignante dans le choix des ministres.

Par ailleurs, la diminution des salaires des membres du gouvernement pourrait également se traduire par une diminution de la rémunération des parlementaires. Actuellement, le salaire des ministres doit être égal au double des indemnités allouées aux membres du Parlement. Si la règle n’était pas aménagée, la diminution de 30% se répercuterait sur les salaires des parlementaires qui devraient par ailleurs renoncer à leurs mandats locaux en vertu de la règle de non-cumul.

Que fait-on dans les autres pays ? D’une manière générale, les rémunérations des membres du gouvernement français n’ont rien d’extraordinaire au regard des autres pays européens ou de l’OCDE. La règle de leur revalorisation correspond à des règles similaires à ceux des autres pays, puisqu’elle suit la revalorisation du point d’indice de la fonction publique. 

En revanche, les pays scandinaves, souvent cités en exemple, ont des règles très strictes sur la prise en charge des dépenses personnelles comme les frais de transports ou de communications, ce qui n’est pas le cas en France. A vrai dire, c’est presque l’inverse en France, puisque le statut de membre du gouvernement donne même droit à une prise en charge - plus ou moins limitée - des frais de bouche, de communication ou de transports, au nom de la continuité de la fonction gouvernementale.

Quand bien même des règles similaires seraient appliquées en France, elles n’auraient probablement aucun impact pour au moins deux raisons. Il y a d’abord une moindre tradition de transparence, ce que l’on considère généralement comme le résultat des liens forts entre les médias et la politique. Ensuite, les Français font preuve d’un plus grand cynisme vis-à-vis de leurs représentants (72% les jugent corrompus).

L’interdiction du cumul des mandats pourrait y remédier, à condition d’être effective. On ne peut satisfaire à la fois l’intérêt général et les intérêts locaux, et encore moins l’un des deux avec son intérêt financier. Ces formes féodales de pouvoir doivent être supprimées… Mais le seront-elles vraiment ?

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