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François Hollande a trois incendies à éteindre dès cette semaine
François Hollande a trois incendies à éteindre dès cette semaine
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L'édito de Jean-Marc Sylvestre

François Hollande a trois incendies à éteindre dès cette semaine

Le président de la République sera rentré à Paris dès dimanche 23 août. L’objectif est de préparer le Conseil des ministres du mercredi suivant où il doit prendre trois décisions à haute tension politique : la réorientation de la politique de l’emploi, le retour au calme dans la campagne française et les derniers arbitrages fiscaux.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Officiellement, le président de la République se remet au travail mercredi matin avec l’ensemble du gouvernement. En fait il serait rentré à Paris dimanche soir pour filer deux jours à la Lanterne. L’objectif est de calmer sa mauvaise humeur et de préparer trois séries de décisions qu’il devrait prendre très vite sans beaucoup de concertation contrairement à son habitude.

Côté mauvaise humeur, le président regrette un peu d’avoir choisi l’option stratégique de la discrétion et du secret. Les sondages nous indiquent que les Français acceptent désormais qu'il ait une nouvelle compagne, Julie Gayet, à condition qu’elle ne s’octroie ni statut, ni fonctions officielle, ni moyens de travail. Ça tombe bien, ça n’est pas le genre de Julie Gayet.

Dans ces conditions François Hollande n’avait pas de vraies raisons politiques de se cacher, ce qu’il a pourtant fait,  sauf un soir, dans le Var où il résidait chez un de ses amis. Ce soir-là, François hollande va donc sortir,  accompagné de plus en plus, au fur et à mesure que l’on va s’approcher des présidentielles.

 Le président n’aurait surtout pas trop apprécié l’omniprésence du ministre de l’Intérieur et du premier ministre à la télévision sans autre vraie raison que la demande des chaines d’infos en quête d’actualité. Manuel Valls a donc mis le paquet sur l’amélioration de la sécurité routière alors que les bilans du passé sont catastrophiques. « Il aurait peut-être fallu qu'on en parle moins et qu’on en fasse plus... dit-on à Matignon… D’autant qu'entre l’image d’un Valls cravaté en pleine canicule et celle d un accident qui a fait 5 morts jeunes … il n’y a pas photo. L’émotion provoquée  par le spectacle des accidents puis des hommages, puis des funérailles, puis des parents et des amis, ce trop-plein de larmes et de pleurs commande au gouvernement de rendre des comptes. Bref, pour l’Elysée ça n’était pas payant, on le voit dans les sondages du week-end.

Côté dossier, on quittera le domaine de la l’émotion pour entrer dans celui de l’action et de la réaction. François Hollande va devoir prendre trois séries de décisions et il n’aime pas cela... Il n’est même pas très doué pour cela.

1e dossier urgent, la succession de Rebsamen au ministère du travail. François Rebsamen, réélu maire de Dijon assistera mercredi à son dernier Conseil des ministres. Il doit présenter sa démission. Personne n’est dupe, au-delà des propos de circonstance tout le monde sait pourquoi Rebsamen s’en va.

Il s’en va d’abord, parce qu'’il doit se plier à l’interdiction du cumul de deux fonctions exécutives. Pour lui, comme pour beaucoup  cette loi qui interdit le cumul est « une connerie majeures, démago et populiste ». Il fallait laisser les électeurs juger de l’opportunité d’un cumul ou pas. L’exécutif va perdre en puissance et en efficacité.

Déjà que le personnel politique n’est pas de grande qualité, si on interdit aux quelques élus brillantes et courageux de faire leur job, ça va être une catastrophe…

Ensuite, il s’en va parce que le ministre du Travail n’a aucun pouvoir. Il ne crée pas d’emplois, il ne gere pas directement le marché du travail. Quant au droit du travail il est l’otage des syndicats qui cogèrent et se protègent. Il a bien essayé de changer un peu la politique de l’emploi, mais il a vite abandonné, considérant que le ministre de l’économie était beaucoup plus en position  

Le remplacement de François Rebsamen ne sera pas compliqué. Le parti socialiste regorge de candidats qui voudraient un maroquin avant la fin du quinquennat… Mais en réalité, des hommes de gauche capables de faire une politique incitative à l’emploi dans les entreprises privées parce que ce sont elles qui créent les emplois, il n’y en a pas . Peut-être Macron, qui pourrait donc très bien cumuler l’économie et le travail. Mais Macron n’est pas un politique et tous ceux qui sont dans le jeu sauront le lui rappeler le moment venu. Ce week end,  celui qui tenait la corde dans les diners en ville un peu branchés, c’est Alain Vidalies, secrétaire d’état chargé des transports, de la mer et de la pêche. C’est lui qui la semaine dernière, a lâché qu’on ne rétablira pas la taxe Carbonne, mais qu’on essaiera d’appliquer en France le système Belge qui revint au même puisque on s’en était inspiré pour concevoir la taxe Carbonne. On va donc ressortir les portiques.

Les écolos sont contents. Cette manip a assez scotché le président de la République qui n’ose pas trop intervenir sur les transports  vu que ce secrétariat est rattache à celui de Ségolène Royal. Maintenant, si on déplace Vidalies, il va falloir lui trouver un remplaçant qui soit  compatible avec les écolos et accepté par Ségolène Royal,  parce que c’est elle le « patron ». Elle est même la reine mère depuis que Valérie Trierweiler est moins ciblée par la lumière.


2e dossier, la crise agricole. François Hollande et Manuel Valls considèrent que Stéphane Le foll a très mal géré cette crise depuis le début et qu’il continue à mal la gérer. Faut-il être incompétent pour fixer un prix d’achat de la viande de porc à 1,40 euro, sans demander aux acheteurs, et alors qu’elle se négocie à moins 1,20 sur les marches allemands. Il va donc falloir trouver un successeur à Stéphane Le foll qui semble épuisé.

Il va surtout falloir définir une politique agricole qui s’écarte de la pression des écologistes et de l’extrême gauche. Parce que chez Valls comme chez Hollande on en a marre. Marre de tous les beaux parleurs qui réclament des prix de détail  le plus bas possible et qui vont même demander a M-E leclerc de baisser ses prix alors que le gouvernement pour être complaisant avar les éleveurs  fixe des prix d’achat excessif, au mépris des contraintes de marché. Le marché se venge toujours. Actuellement il est bloqué depuis plus d’un mois.

François Hollande doit décider de faire sauter le prix planché afin de se rapprocher de la réalité du marché, il doit débloquer le fonctionnement du secteur. Plus de liberté pour s’agrandir par exemple, de produire  ce qui va soulever la colère de la gauche de sa gauche. Et cela, il a de plus en plus de mal à le supporter parce qu’il a sans doute besoin des voies écologistes et d’extrême gauche pour être élu. Du coup il sait ce qu’il faudrait faire, mais il sait aussi que s’il le fait, il n’aura plus de majorité puisque  la droite ne vote pas les textes proposés par la gauche et réciproquement.

Le 3e dossier qu’il va falloir aborder lors de ce premier conseil des ministres est celui du budget. La préparation de ce budget tourne à la pagaille politique. Michel Sapin a des objectifs très politiques. Obtenir une croissance créatrice d emplois pour permettre au président de dire aux Français qu’il a enfin renversé la courbe du chômage. Michel sapin compte donc beaucoup sur le CICE, la loi Macron, bref il compte, lui, Valls et les autres sur une politique très pro business...

Le problème est qu’ils sont marqués à la culotte par la gauche de la gauche qui réclame une réallocation différente des fonds et des aides financières. L’idée serait de détourner une partir des fonds alloués au CICE pour en faire bénéficier les ménages sous forme de baisses d’impôts. Du coup, le patronat est vent debout …les libéraux considéraient que le président trahirait son virage à droite portant une politique de l’offre pour mettre une petite dose de politique de demande. Personne n’est dupe. On considère à gauche que si on n’achète pas des électeurs, l’élection présidentielle est perdue.

Ce qui est intéressant c’est que ces trois dossiers urgents posent un problème politique gravissime au président. Chaque fois il risque de perdre une partie de la majorité.

Le dossier de l’emploi, c’est en fait de choisir entre une multiplication d’emplois aidés (emplois jeunes et moins jeunes)  et une politique de créations d’emplois privés . L’entreprise pourrait créer beaucoup d’emplois, si elle était en confiance. Elle ne l’est pas

Le dossier agricole, c’est de choisir entre une agriculture aidée en termes de compétitivité et des agriculteurs aidés comme des assistés. C’est très diffèrent. L’Allemagne n’aide pas ses agriculteurs mais soutient un fonctionnement dynamique du marché.

Le dossier budgétaire va le plonger au cœur des choix de politique économique. S’il continue la politique de l’offre, il creuse le ravin qui le sépare des frondeurs et des écologistes. S’il réaffirme la nécessité d une relance par la consommation, les fonctionnaires seront contents, la grande distribution sera ravie, etc.  Mais dans six mois ou un an, nous risquons l’arrêt cardiaque pour cause d’endettement excessif. Nous nous soumettons aux banques.

Face à ces arbitrages budgétaires, ou comment repartir l’effort, entre l’état qui protège ses fonctionnaires, les entreprises qui recherchent de la compétitivité et les ménages en quête de pouvoir d’achat ... François Hollande joue sa crédibilité et donc sa réélection.

Intéressante cette semaine !!!

 

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