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François Fillon, victime expiatoire de la crise des démocraties libérales ?
©Thomas SAMSON / AFP

Procès

François Fillon, victime expiatoire de la crise des démocraties libérales ?

Que ceux qui essayent d'éliminer le redoutable concurrent qu'est François Fillon s'inspirent de l'exemple américain : les Démocrates ont tout fait pour écarter des présidentielles Bernie Sanders. Résultat, ils ont eu Donald Trump…pour le meilleur ou pour le pire !

Mezri Haddad

Mezri Haddad

Mezri Haddad est Philosophe et ancien Ambassadeur à l'UNESCO. Il est l'auteur de plusieurs essais et articles sur la réforme de l'islam et l'un des précurseurs en matière de comparatisme religieux. En France, c'est le seul intellectuel musulman à avoir été qualifié en 2007 par le CNU maître de conférence en théologie catholique.

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Et si le procès que l’on fait au candidat des Républicains n’était en fait que le procès de la démocratie ?  Et si ce procès sans juge, sans avocat, sans partie civile et sans tribunal - si ce n’est la Haute cour médiatique et ses résonnances cybernétiques - n’était en réalité que celui de la démocratie en général, voire du régime démocratique dans son essence, depuis que Platon en a disséqué le corps et sondé l’esprit ? Et si l’affaire n’était en réalité que le reflet de ce grand Malaise dans la démocratie, remarquablement analysé par Jean-Pierre Le Goff ?   

En d’autres termes, ce n’est pas tant l’attitude supposée d’un François Fillon qui serait à blâmer, encore moins à lyncher publiquement, mais le système démocratique lui-même qui est à repenser, à expurger et à réformer, parce qu’il est porteur des germes de sa propre auto-corruption et que les dérives de la démagogie, du populisme, du clientélisme et du népotisme sont inscrites dans ses chromosomes, constituant ainsi son péché originel. Par-delà l'affaire elle-même, dont le dénouement n’appartient qu’à la justice, il faudrait s’abstenir d’occire l’ennemi et de frapper l’hostie, pour se pencher sur l’essentiel : la crise de la démocratie libérale dont l’affaire Fillon n’est que l’un des symptômes.  

Malheur à celui par qui le scandale arrive : le grand paradoxe ou injustice est que cette réforme fondamentale de la démocratie parlementaire et postmoderne est portée par celui que certains stigmatisent et que d’autres culpabilisent, non guère par vertu mais par haine de classe, comme dirait leur très cher Marx, et surtout par calcul bassement politicien. Serait-ce parce qu’il dénonce cette corruption éminemment plus grave et dévastatrice pour la France, à savoir celle des valeurs, des idées, de la civilisation, de l’identité, de la laïcité, de la République…qu’on cherche à le discréditer par la casuistique moralisante d’une hypothétique prévarication ?

Il n’y a pas pire bassesse que de disqualifier un adversaire politique sans livrer bataille. Il n’y a pas pire lâcheté que d’éliminer un candidat sans l’affronter à visage découvert, sur les idées qu’il défend et sur le programme qu’il préconise pour relever un pays économiquement exsangue, sécuritairement exposé, socialement atomisé, culturellement agressé et spirituellement anesthésié. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Et cela vaut aussi bien pour François Fillon que pour tous les hommes politiques, depuis Valéry Giscard d’Estaing jusqu’à Dominique de Villepin, en passant par Pierre Bérégovoy dont on avait "livré aux chiens l’honneur" pour reprendre cette formule à Mitterrand. Combien d’hommes d’Etat ont été jugés et exécutés sur une présomption, une délation fallacieuse, ou même un égarement moral, et jamais sur leurs compétences intrinsèques et à plus forte raison sur leur patriotisme ? Les hommes, tous les hommes ont leurs titres de noblesse et de faiblesse.

Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre, enseignent les Evangiles que le laïcisme honni et que le gauchisme méprise. Plutôt que de voir la paille dans l’œil de Fillon, les archanges de la pureté morale et autres Torquemada de la vertu devraient regarder la poutre dans leurs propres yeux. La quasi-majorité des élus de droite comme de gauche emploient des proches ou intercèdent en leur faveur pour les faire embaucher dans telle ou telle ministère ou entreprise. Ce n’est pas un crime ni un délit. C’est un habitus, une tentation humaine, trop humaine pour susciter autant de calomnies et de lynchage médiatique n’épargnant ni un homme présumé innocent jusqu’à preuve du contraire, ni son épouse, ni ses enfants.

Il est parfaitement clair que dans cette cabale très bien ficelée et synchronisée, les gardiens de la vertu et de la pureté ont ciblé l’épouse pour atteindre le candidat à la présidence. Mettre à mort un adversaire politique, ce n’est pas nouveau dans le rituel "démocratique". Si la démocratie athénienne a fait son entrée dans l’Histoire par la condamnation à mort de Socrate, la démocratie française a inauguré son règne par la décapitation de Louis XVI et de son épouse, Marie-Antoinette, celle que la horde appelait l’étrangère et que l’élite souillait par la vraie fausse "affaire du Collier". Dans ce que certains qualifient déjà de "Penelopegate", il y a beaucoup de violence symbolique et il y a également du non-dit qui joue sur le ressentiment populaire, sur l’atavisme instinctif et sur la mémoire collective !   

A supposer qu’il y eut "faute", nonobstant le caractère parfaitement légal d’embaucher son conjoint, tout homme a droit à l’erreur précisément parce qu’il est humain. Même pour les sacro-saints Papes, l’infaillibilité est un dogme, pas une essence. Mais, comme le disait si justement Shakespeare, "Sois aussi chaste que la glace et aussi pur que la neige, tu n’échapperas cependant pas à la calomnie". La politique est intrinsèquement violente et dans l’éthique de certains, tous les moyens sont bons pour éliminer un redoutable concurrent qui pourrait mettre fin à leur pouvoir et provoquer le redressement politique, économique, diplomatique et civilisationnel de la France. Mais attention aux effets d’agrégation : aux Etats-Unis, les Démocrates ont tout fait pour écarter des présidentielles Bernie Sanders. Résultat, ils ont eu Donald Trump…pour le meilleur ou pour le pire !  

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