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François Fillon face au défi de la conquête électorale de cette France du travail qui se refuse largement à lui
©PASCAL GUYOT / AFP

Président de tous les Français

François Fillon face au défi de la conquête électorale de cette France du travail qui se refuse largement à lui

Lundi, François Fillon fait une conférence de presse sur son projet présidentiel et notamment sur l'économie. Le candidat des Républicains obtient des scores très faibles dans "la France du travail". Seulement 10% et même moins chez les 35-49 ans, les ouvriers et les salariés.

Jérôme  Sainte-Marie

Jérôme Sainte-Marie

Jérôme Sainte-Marie est Directeur du Département Opinion de l'institut de sondage CSA.

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Atlantico : Étant donné l'enjeu pour lui en matière électorale au regard de ses scores catastrophiques sur la France du travail, que peut-il mettre en avant de son programme ? Quelle peut être l'offre cohérente de François Fillon ?

Jérome Sainte-Marie : De fait, François Fillon dispose d’une audience considérable parmi les retraités. Dans les sondages, ceux-ci constituent entre 40% et 50% de son électorat actuel. Ils ont fait son succès lors de la primaire. Pourquoi ? Il ne s’agit guère d’un effet de génération, même si son discours sur le christianisme plaît dans cette population dont la fidélité religieuse est encore relativement forte. Pour l’essentiel, c’est le reflet d’une différence de condition matérielle liée à l’âge. Tout d’abord, les retraités disposent d’un patrimoine plus important que les actifs, et sont pour cela très sensibles à la pression fiscale. Ensuite, ils redoutent l’aventure monétaire, ce qui limite la progression du vote lepéniste parmi eux. Enfin, le principe de la retraite par répartition en fait les gardiens vigilants du travail des actifs. A l’heure où près du tiers des inscrits sont des retraités, François Fillon dispose là d’un de ses principaux atouts. Le monde du travail est quant à lui très différenciés dans ses attentes, et François Fillon est concurrencé dans « la France qui gagne » par Emmanuel Macron, et dans « la France qui souffre », par Marine Le Pen. Il a pris de front la fonction publique lors des primaires, et a très peu à en attendre électoralement. A quelques semaines du scrutin, il ne va pas se réinventer. Il ne peut tenir qu’un discours à forte connotation morale, insistant sur la vertu de l’effort et la nécessité de sa récompense – c’est assez irénique, mais il y a un public pour cela. Plus généralement, il doit creuser sa différence avec Emmanuel Macron, qui porte un message avant tout individualiste. François Fillon, lui, parle toujours du pays, de la société, et donc de relations qui sont autant culturelles qu’économiques. S’il parvient à convaincre que son discours est le seul qui articule la promesse du libéralisme économique avec le refus de l’anomie sociale, il a une chance de progresser dans certaines catégories d’actifs. 

Concrètement, qu'attend la France du travail aujourd'hui ? 

Jérome Sainte-Marie : La France du travail, je ne suis pas sûr que cela existe. Les statuts professionnels, la place dans la hiérarchie des entreprises et des administrations, et tout simplement les revenus tirés de son activité forgent des destins à ce point différents que les représentations, les opinions et les choix électoraux divergent profondément. Prenons l’exemple de la loi El Khomry. Elle fut massivement soutenue par les retraités, toujours désireux d’un accroissement de l’activité sans progression proportionnée des salaires, afin de garantir le versement de leurs pensions. Bien sûr, ils ne le formulent pas toujours aussi clairement, mais c’est bien ce que traduisent leurs réponses sur ce type de sujet. Toujours pour cette loi Travail, les cadres et les salariés d’exécution n’avaient pas du tout la même attitude. N’oublions pas que certains font des carrières avant tout individuelles, tandis que d’autres ont un destin social avant tout collectif, avec pour ces derniers une très faible amplitude salariale sur l’ensemble de leur vie active. En fait, il y a la possibilité d’un changement important de condition pour les ouvriers et les employés. Ils sont en effet très exposés au risque de chômage, et au déclassement qui peut en résulter. En conséquence, aujourd’hui, la menace sur l’emploi est leur principale préoccupation. Les réponses à y apporter peuvent être très variées, au niveau macroéconomique, par exemple plus ou moins d’Europe, plus ou moins d’exposition à la mondialisation, ou bien en termes législatifs, plus ou moins de flexibilité sociale.

Quels enseignements François Fillon peut-il tirer de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 qui est le dernier candidat à avoir su convaincre et rassembler cet électorat notamment grâce au slogan: "Travailler plus pour gagner plus"?

Jérome Sainte-Marie : Pour vous répondre, il faut d’abord démonter un mythe sur l’élection présidentielle de 2007. Si l’évocation par Nicolas Sarkozy de la « France qui se lève tôt » a marqué les esprits, la sociologie électorale relativise fortement sa portée. En effet, le succès du candidat de droite a d’abord tenu, quantitativement, à la galvanisation des retraités. Selon les sondages sortie des urnes d’IPSOS, 41% d’entre eux ont voté Nicolas Sarkozy au premier tout, et 65% au second. De même, si les travailleurs indépendants se sont mobilisés pour ce candidat, avec un taux de 77% au second tour, toute la population active ne s’est pas sentie autant concernée. Ainsi, seuls 21% des ouvriers ayant voté ont choisi un bulletin Sarkozy le 23 avril 2007, et 46% le 6 mai. Le « travailler plus pour gagner plus » a suscité des espérances, mais aussi beaucoup de craintes dans le monde du travail, par rapport au droit du travail, à l’âge de départ en retraite, et à ce filet de garanties qui, qu’on le veuille ou non, améliore la vie d’une bonne partie des salariés. Le déroulement du quinquennat fut ensuite marqué par des mobilisations sociales massives contre la réforme des retraites, et une désaffection massive du monde du travail à l’égard du président Sarkozy, autour du thème du pouvoir d’achat. D’où vient cette distorsion de la mémoire ? Sans doute du fait que Ségolène Royal a été donnée jusqu’à la fin 2006 comme celle dont la victoire était la plus probable, et que la campagne dynamique et transgressive de Nicolas Sarkozy lui a permis d’inverser le cours des choses. Ceci fut obtenu par le transfert massif de voix frontistes, de toutes origines sociales, bien davantage que par la conquête d’un monde du travail qui resta jusqu’au bout très divisé à son égard.

 

 

 

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