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François Fillon : pourquoi le candidat de "la vraie rupture" est moins désarmé qu’on ne le croit face à celui de la réforme sans rupture
©Reuters

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François Fillon : pourquoi le candidat de "la vraie rupture" est moins désarmé qu’on ne le croit face à celui de la réforme sans rupture

Effacé dans les sondages, peu présent dans les médias, François Fillon ne semble pas prêt à prendre les armes pour gagner la bataille de la primaire. Pourtant, le candidat pourrait vite revenir au premier rang s’il se donnait l’autorisation d’être un vrai chef de guerre et maintenait sa stratégie de sérieux soldat.

Carine Bécard

Carine Bécard

Carine Bécard est journaliste politique à France Inter.

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Atlantico : Dans une interview publiée dans Le Point, François Fillon se présente comme un homme prêt à la rupture et souligne qu’Alain Juppé propose une stratégie de rassemblement sans rupture. En quoi cherche t-il à se démarquer ainsi vraiment de son adversaire ?

Carine Bécard : A travers ces propos,  François Fillon rappelle qu’Alain Juppé et lui - alors qu’ils sont présentés comme des « frères jumeaux » en terme d’offre politique et alors qu’on pense que Juppé va finir par absorber la candidature Fillon - qu’ils sont sur des positionnements clairement différents. François Fillon veut marquer son territoire : il met les points sur les « i »… En clair, il explique que « le mou c’est lui, l’efficace, c’est moi » … Aux électeurs de la primaire de choisir ! En creux, cela signifie qu’il n’a pas l’intention de lâcher l’affaire.

Alain Juppé se distingue bien de François Fillon sur le fait qu’il s’est toujours présenté comme un homme contre la rupture et grand partisan du rassemblement. Il est prêt à faire des concessions pour séduire les différents électorats et rassembler des voix derrière lui.

Qu’est ce qui chez François Fillon explique qu’il ne perce pas ? Quels sont ses défauts qui le placent loin dans les sondages ?

Le problème de François Fillon n’est pas un problème de positionnement politique. Ses idées sont claires et les personnes qui le soutiennent les partagent. 

Ses barrages sont davantage d’ordres personnel et psychologique. Il a toujours eu envie de vouloir apparaître comme un homme qui refuse le compromis. Il ne souhaite pas être là pour accepter des conditions et voir sa côté de popularité remonter. Les électeurs peuvent prendre ou laisser : il ne changera en rien. Cette idée s’illustre bien dans son rapport aux médias. Il acceptera une interview sur un fait d’actualité en particulier ou une question, comme il l’a fait dans le Point, mais il n’interviendra pas dans une émission culturelle type magazine divertissant comme « On est pas couché ». 

Les calculs politiques ne l’intéressent pas. Il a en quelque sorte une sincérité politique. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’est pas un animal politique. Rappelons-nous lorsqu'il a fallu qu’il garde son poste de premier ministre à Matignon, il a su tuer Jean-Louis Borloo. Pour résumer, il n’a pas envie de se vendre au diable.

Il est persuadé qu’à terme, le travail paiera et que, tôt ou tard, les Français comprendront qu’il est celui qui a travaillé dans l’ombre. Dans le contexte actuel, cette stratégie peut se révéler convaincante à moyen ou long terme, car les Français en ont marre des calculs politiques et des arrangements entre les uns et les autres.

Nous avons également l’impression que parfois, il semble moins motivé que les autres, moins prêt "à en découdre". Est-ce que cette image qu’il donne ne pourrait-elle pas lui porter préjudice ? En montrant plus de motivation, n’arriverait-il pas à conquérir une plus forte popularité ?

Vous avez tout à fait raison. Ce que vous soulignez illustre ce que j’évoquais plus haut : le problème de François Fillon est d’ordre personnel et psychologique. Une des conditions pour qu’il revienne au premier plan serait qu’il s’autorise à être un leader. Il n’a pas ce tempérament là. Il fait preuve de modestie et souhaite passer pour le bon élève qui est reconnu par son sérieux travail. Pour moi, il est un numéro 2. Or, ce trait de caractère est fondamental pour un homme qui veut être président. Il ne suffit que d’un déclenchement psychologique et que lui même accepte cette idée pour progresser. Il doit s’autoriser à être un vrai patron et dire comme de Gaulle « Rangez-vous tous derrière moi, car le meilleur, c’est moi ! ».

En outre, son obsession "anti-Sarkozy" ne finit-elle pas par le desservir et l’affaiblir, dans la mesure où cela rappelle aussi qu’il a été son Premier ministre ?

Oui, mais son obsession est en train de s’effacer petit à petit. Juste après 2012, lors de la défaite de Nicolas Sarkozy, il a été le premier à être très dur avec l’ancien président. A l’époque, cela avait été mal vécu et François Fillon avait très nettement dégringolé dans les sondages. Aujourd'hui, il a réussi à partager l’idée qu’il a réussi à travailler avec Nicolas Sarkozy, sans pour autant tout valider de sa politique. Ainsi, il veut apparaître sincère. Il a compris que la critique dure et systématique lui était fatale, mais il reste vrai néanmoins.

De manière plus générale, François Fillon semble moins bon en communication. De ses discours ou interventions ne seront pas retenues des phrases « chocs » qui s’impriment dans les esprits contrairement aux autres candidats…

François Fillon n’est pas un homme à la « petite phrase ». C’est tout son problème. Si jamais il réussi sa stratégie, cela deviendra néanmoins sa force et sa marque de fabrique. C’est un pari qu’il fait. La phrase choc ne l’intéresse pas. Son discours ressemble davantage à : « mes solutions sont celles-ci, vous me suivez ou pas. S’il faut que j’élève la voix pour le dire, ça ne m’intéresse pas. ». Il joue sur la sincérité et cela peut-être payant.

Finalement, François Fillon n’est pas homme politique mort comme les résultats des sondages peuvent le laisser penser ?

Oui, j’en suis convaincue. Pour ces primaires, nous avons un Nicolas Sarkozy, qui est un animal politique incroyable. Dès lors que nous le rencontrons nous sentons qu’il a une énergie et une fougue que peu d’hommes politiques ont. Nous avons un Alain Juppé, qui pour l’heure est un homme qui plait et séduit le plus sans qu’il ait pour autant une adhésion totale, mais qui est vu comme le moins pire. Enfin nous avons un François Fillon qu’il ne faut pas oublier. Je pense qu’au moment où les débats vont commencer dans le cadre de la primaire il sera très clair : il connaît par cœur son programme, ses idées n’ont pas bougé comparées à un Alain Juppé ou un Nicolas Sarkozy qui évolueront peut-être en fonction des tendances. 

A droite, c’est celui dont peu se soucient car il n’arrive pas à décoller dans les sondages. Cependant, je pense qu’il ne faut pas oublier le contexte dans lequel nous sommes en ce moment. Les Français sont en quête d’une personne en qui ils peuvent avoir confiance. 

François Fillon n’est pas mort.

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