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François Bayrou, ce représentant du "monde ancien" vite devenu encombrant pour Emmanuel Macron...qui a fini par l'écarter
©JOEL SAGET / AFP

Bonnes feuilles

François Bayrou, ce représentant du "monde ancien" vite devenu encombrant pour Emmanuel Macron...qui a fini par l'écarter

Dès le soir de son élection, son arrivée, seul au pied de la pyramide du Louvre, constituait un message sans équivoque : la « verticalité » de la fonction suprême était de retour. Emmanuel Macron était le candidat 2.0 ; il serait le président un point c’est tout ! Extrait de "Macron ou la démocratie de fer" de Michaël Darmon, aux éditions de l'Archipel (1/2).

Michaël Darmon

Michaël Darmon

Michael Darmon est journaliste, chef du service politique de Itele.

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Le jour où François Bayrou installe les quarante-sept nouveaux députés Modem dans la salle Chaban-Delmas de l’Assemblée nationale, l’émotion est très forte. François Bayrou, en larmes, annonce qu’il doit les quitter pour annoncer à la presse sa démission. Sa sortie du gouvernement est vécue à Matignon comme un soulagement. Le patron du Modem avait pris l’habitude de faire la leçon par de longues interventions dans les réunions, comme durant la campagne, s’attirant ainsi des remarques peu amènes des membres de l’équipe de campagne. Le patron du Modem est, de son côté, heureux d’avoir sauvé sa formation de la faillite politique : des députés, des finances remises à fl ot et lui, inamovible président de sa formation. La partie était loin d’être gagnée pourtant. Il  a fallu les avertissements sévères des sénateurs Michel Mercier et Jean-Marie Vanlerenberghe, début 2017. Les deux élus ont travaillé au rapprochement avec Macron, mais François Bayrou, conseillé par Marielle de Sarnez, hésitait à franchir le pas. En déplacement à Londres, Emmanuel Macron se fend d’un coup de fi l à François Bayrou. Les deux hommes s’entendent et Bayrou annonce la tenue d’une conférence de presse, tout en tenant soigneusement dans l’ignorance les principaux cadres du Modem. Du pur Bayrou. La veille de la conférence, à minuit, quelques personnes seulement étaient au courant des intentions du chef centriste. En rejoignant très tôt Emmanuel Macron, ce représentant du « monde ancien » réalise son plus beau coup politique et laisse ses vieux camarades de jeu sur le quai. Dès lors, il s’imagine en Premier ministre du président Macron, apportant au jeune président stabilité et expérience. François Bayrou considère en réalité Emmanuel Macron comme une étrangeté politique : « Vous êtes trop jeune pour être président mais ça ne fait rien, je vais vous aider », lui dit François Bayrou en présence d’une caméra. Le candidat encaisse sans broncher, le sourire impassible.

Cette scène filmée pour les besoins du film de campagne renvoie à une autre rencontre en tête à tête, restée secrète celle-là, qui s’est déroulée dans les Pyrénées, à Bagnères-de-Bigorre, en juillet 2016. À l’occasion d’une visite sur le Tour de France cycliste, Emmanuel Macron, encore ministre de l’Économie, rend visite à ses amis du Haut-Adour ; l’occasion d’évoquer ses racines pyrénéennes. « Manu », le régional de l’étape, se rend à Pau pour la soirée. Dans une villa de style anglais, vidée de ses occupants, servis par un maître d’hôtel, Emmanuel Macron et François Bayrou partagent un dîner. Le ministre dévoile ses intentions au maire de Pau : quitter au plus vite le gouvernement, lancer son mouvement, candidater pour l’Élysée. Macron se heurte au scepticisme de Bayrou, qui explique à l’impétrant que ses chances sont bien minces et qu’il ne trouvera pas d’espace entre Hollande et d’autres candidats, dont lui-même.

La suite est connue, mais Macron n’oubliera pas ce moment. Macron aime les hommes d’expérience, mais Bayrou représente le type d’homme politique qu’il entend écarter. Pour gagner en crédibilité et impressionner les adversaires, sa présence à ses côtés était une arme de persuasion massive. Après l’élection, il devenait encombrant. Lorsqu’il a compris qu’il ne serait pas nommé à Matignon, Bayrou peine à se faire une raison et, au ministère de la Justice, a du mal à se concentrer sur la seule préparation du texte symbolique sur la moralisation de la vie publique, vite transformé en « loi de confiance dans la vie politique ». C’est la première loi du quinquennat Macron et la condition principale du ralliement de Bayrou à ce dernier. Formaté par l’action politique, François Bayrou a depuis longtemps perçu les nouvelles demandes de la société en matière d’éthique publique. Mais lorsqu’il arrive au gouvernement, il est plombé par les enquêtes de justice sur son parti au Parlement européen. Il lui est alors difficile de se présenter devant l’opinion comme l’éradicateur de pratiques sujettes à caution…

Arpenteur des coulisses politiques depuis des lustres, François Bayrou confi e aujourd’hui « n’être dupe de rien », persuadé que Marielle de Sarnez et lui-même ont été la cible d’une machination. Sans la nommer explicitement, il désigne les responsables du côté de la Mairie de Paris. Quelques-unes des révélations proviennent d’un ancien attaché de presse du Modem en conflit avec son employeur, passé au service de presse d’Anne Hidalgo. Chez Bayrou, on souligne que l’édile n’a pas apprécié de voir Marielle de Sarnez battre un élu PS à Paris ni digéré la défaite de Jean-Marc Germain, socialiste et mari de la maire de Paris, dans les Hauts-de-Seine.

Après une période de déprime, il remonte sur son cheval au sortir de l’été et adopte le positionnement du soutien critique. Le professeur Bayrou fait son retour dans les médias. Face à Ruth Elkrief, il brise son silence et distribue bons et mauvais points. « J’ai l’intention de soutenir le président de la République car Emmanuel Macron a été élu pour deux ou trois raisons essentielles […], il bousculait les partis dominants. » Puis, après les mots doux, les piques sur le « flottement » de l’été. Et Bayrou revient sur son cas personnel : « Ce n’était pas une idée absurde de se retrouver Premier ministre. J’ai approuvé son choix pour Matignon, […] c’est un nouveau visage. Disons que c’était un peu original, mais j’ai approuvé ce choix et l’ai soutenu . »

La réalité est plus prosaïque. François Bayrou ne voulait pas autre chose que le poste de Premier ministre. « De toute façon, j’étais trop vieux pour être ministre. Premier, oui. Mais je ne me voyais nulle part ailleurs qu’à Matignon », confi e-t-il au début de l’automne. Aujourd’hui, quand il reçoit des journalistes dans son bureau du Modem au design contemporain – toujours impeccablement rangé –, Bayrou se dit fier de sa relation avec le président et persuadé qu’il reste un acteur du quinquennat en continuant à irriguer un pouvoir en train de vider l’action publique de sa substance politique. « Macron aurait préféré que je reste », glisse-t-il. Le patron du Modem sait pertinemment que, dans l’entourage du président, on s’est montré bien moins disposé à son égard. Officiellement, le discours est rodé : « François Bayrou a apporté et continue à apporter au président », affirme laconiquement un proche du chef de l’État. Traduire : jusqu’aux élections européennes de 2019, Macron ménage Bayrou. Ensuite… tout est possible.

La vie au pouvoir est un kaléidoscope ; les événements les plus divers se télescopent : le remaniement ministériel post-élections législatives, qui doit remplacer les éphémères ministres du Modem, a lieu le jour de la fête de la Musique, le 21 juin. La présidence doit trouver un autre endroit : il ne peut annoncer les ministres au milieu des orchestres qui répètent dans les jardins de l’Élysée.

"Macron ou la démocratie de fer" de Michaël Darmon, aux éditions de l'Archipel, 2018

"Macron ou la démocratie de fer" de Michaël Darmon

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