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France / Allemagne, le match des relances budgétaires : avantage à…
©John MACDOUGALL / AFP / POOL

Modèle allemand

France / Allemagne, le match des relances budgétaires : avantage à…

L'Allemagne a adopté un plan de relance de 130 milliards d’euros pour son économie face à la crise du coronavirus. Les principales mesures concernent une baisse temporaire de la TVA, une allocation de 300 euros par enfant pour les familles ou un prix fixe de l’électricité. Ce plan est-il un modèle à suivre pour la France ?

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico.fr : Le plan de relance budgétaire allemand est-il un modèle à suivre pour la France ?

Michel Ruimy : Même si l’Allemagne a été jusqu’à présent moins frappée que ses voisins par la pandémie sur le plan humain, avec quelques 8 700 morts, son économie, fortement dépendante des exportations, a été fortement secouée. 

La taille de son plan de relance budgétaire sera de 130 milliards d’euros pour les années 2020-2021, dont 120 milliards seront dépensés pour le gouvernement fédéral. Ce plan de relance s’ajoute à l’important plan de plus de 1 000 milliards d’euros mis en place en mars, au plus fort de la pandémie, prévoyant des aides aux entreprises et des milliards d’euros de prêts garantis. Le champion de l’austérité est ainsi devenu dépensier, situation inimaginable il y a encore quelques mois !

La question du modèle peut être appréhendée de deux manières. Avoir un modèle est indispensable pour avoir des repères et bénéficier d’une saine influence. Mais être un modèle conduit à laisser une marque, une empreinte chez les autres. Le comportement, les attitudes, les paroles d’un modèle doit influencer son entourage de la meilleure manière possible. Il y a donc une responsabilité. 

Le plan allemand doit-il alors être suivi ? S’il est bien pensé voire équilibré, on peut être dubitatif sur l’efficacité de certaines mesures ponctuelles. Concernant la réduction temporaire de la TVA, la question est de savoir si cette mesure sera assez incitative notamment pour un travailleur au chômage partiel (plus de 11 millions de salariés depuis mars). Souhaite-t-il vraiment dépenser son argent dans la conjoncture actuelle (le taux de chômage s’est accru pour atteindre 6,3% en mai). Les détaillants ne vont-ils pas utiliser cette réduction de TVA pour augmenter leurs marges ? Plus que des mesures de court terme, il aurait été préférable des baisses d’impôts plus structurelles et des mesures économiques de long terme pour atteindre des perspectives économiques durables.

Quel est l’enjeu de ce plan ?

Ce plan historique comporte deux volets de relance de l’offre et de la demande. Il a pour ambition de stimuler l’économie allemande touchée par la baisse des exportations. 

Il soutient l’offre, à travers la réduction temporaire de la taxe sur la valeur ajoutée du 1er juillet au 31 décembre (passage de 19 à 16% et, pour le taux réduit, de 7 à 5%) ou de nouvelles aides aux entreprises des secteurs les plus sinistrés (25 milliards d’euros), mais également la demande par des subventions aux familles (prime de 300 euros par enfant) ou encore une augmentation de la prime d’achat pour les voitures électriques.

Ces mesures montrent combien l’économie allemande est fragilisée. Afin que les emplois soient assurés, il est donc nécessaire, pour le gouvernement allemand, de réussir à la stimuler. Relancer la consommation très largement est une bien meilleure option que de se concentrer spécifiquement sur l’industrie automobile au risque de faire grincer des dents au sein de ce secteur vital en Allemagne, dont dépendent 800 000 emplois (Contrairement à la crise de 2009 où une prime à l’achat pour tous les types de véhicules avait été mise en place, l’automobile allemande, minée par le scandale des moteurs truqués et critiquée pour son virage tardif vers l’électrique, a perdu en influence face au poids croissant des préoccupations environnementales et climatiques).

Comment pouvons-nous rattraper un écart qui ne cesse de se creuser avec l’Allemagne ?

A côté des 130 milliards d’euros annoncés par l’Allemagne, la première esquisse de relance française peut sembler chichement dotée. Les montants ne sont pas comparables. Il faudra toutefois attendre le plan de relance français pour qu’on puisse réellement voir les différences… sans qu’il ne tarde trop car les Allemands ne nous attendent pas. 

Il faudrait, de même, un plan de relance massif et immédiat avec un effort sur l’offre et sur la demande. 

Concernant la demande, la baisse de la TVA est une mesure très coûteuse et peu ciblée, qui profiterait surtout aux importations. Elle ne serait pas adaptée au contexte français. En revanche, la demande pourrait être stimulée en distribuant notamment des « éco-chèques » aux ménages modestes - sur le modèle belge - financés par l’État voire en facilitant les donations intergénérationnelles. 

Du côté de l’offre, il serait souhaitable de prendre des mesures immédiates pour soulager la trésorerie des entreprises, et d’autres, de plus long terme, pour améliorer leur compétitivité, comme la suppression ou la baisse des impôts de production.
Il n’en demeure pas moins que notre endettement étant déjà très élevé, il va être compliqué de trouver les moyens nécessaires à la relance d’une économie aussi sévèrement touchée. Notre différentiel avec le voisin germanique risque encore considérablement de s’accentuer. D’autant que, jusqu’aux élections présidentielles, aucune réforme structurelle d’importance ne devrait être entreprise alors que le « carnet de chèques » de l’Élysée continuera à être utilisé… en creusant, par là-même, la dette.

Pour retrouver le décryptage et l'analyse de Jean-Paul Betbeze sur les prévisions de la BCE pour le produit intérieur brut de la zone euro face à la crise du coronavirus, cliquez ICI

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