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Foxylight Past vision

À la recherche du tube de l'été

Foxylight, avec son dernier titre "Past Vision", ouvre la voie au rock néo-psychédélique français. Et c'est très réussi

Le jeune groupe parisien nous propose un univers où s'entremêlent notre cœur d'enfant et nos désillusions d'adulte.

Marie Martin

Marie Martin

Marie Martin n'est pas un pseudonyme. Passée par des études de lettres puis de droit, elle travaille aujourd'hui dans le milieu de l'informatique et du droit fiscal. 

En parallèle, elle devient auteur, la passion des mots et de leurs images ayant toujours fait partie de sa vie.

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C'est l'été. Je ne sais pas pour vous, mais je n'ai pas très chaud. Je rêve de vacances loin de chez moi. Et qui ne rêve pas de se prélasser sur une plage déserte en Grèce ? Ou ailleurs... Cette période post-confinement est éminemment spéciale. Notre été reste teinté de cette période anxiogène qu'était le confinement. Actuellement, des rumeurs de reconfinement circulent. Nos ministres se préparent au casse-tête d'un nouveau plan de reconfinement (pardon pour le mauvais jeu de mots...).

Pendant cette période de confinement, certains se sont aimés, se sont rapprochés. D'autres se sont séparés, beaucoup se sont inquiétés, ont guéri, ont télé-travaillé, ont procrastiné, ont fait un enfant, ont soigné, ont vendu, ont fermé la porte, ont nettoyé, ont pensé, se sont plongés dans la solitude, se sont ennuyés.

Le duo parisien Foxylight a profité de cette période propice à l'introspection pour composer. Ensemble, ils écrivent, enregistrent, jouent et produisent leur musique depuis 2018. C'est comme cela que Tuan Vu, guitariste et chanteur, ainsi qu'Axel Pares, musicien et graphiste, ont sorti début juillet leur nouveau titre "Past Vision" (voir le superbe clip sur YouTube, réalisé par Vinyl Williams). Pour moi, c'est le tube de l'été. Ce titre n'a pourtant rien d'un « tube » classique.Vous n'entendrez pas de simple boîte à rythmes, d'air latino sur lequel se trémousser. Vous ne verrez pas de clip avec de belles et grosses voitures entourées de nanas dénudées à gogo. Quoique... vous pouvez vous les imaginer après tout.

Tube de l'été ?

Au fait, c'est quoi, un « tube de l'été » ? Généralement, c'est un titre qui sort tel un hymne entêtant pour les vacances. Il reflète le sens de la fête, l'envie de danser, de décompresser d'une année passée à travailler. Le rythme doit être entêtant et pousser à danser. Les paroles évoquent l'amour (quoi de plus universel ?). Le tube de l'été est une chanson promise à un succès commercial. Parfois même uniquement créé dans un but commercial : avec des accords faciles, dont l'alliance est simple et efficace. Un titre voué à passer en soirée pour se déhancher. Le tube de l'été s'inscrit donc dans une période particulière, normalement propice au soleil et à la fête, et touche à quelque chose qui parle au plus grand nombre pour une période donnée. Il est « à la mode ».

Là, avec "Past Vision", je vous propose autre chose. Des riffs de guitare électrique qui rappellent Tame Impala, le groupe néo-psychédélique australien, du temps où leur rock était réellement psychédélique et restait loin de tout ersatz commercial (comme par exemple dans leur excellent album Lonerism - sorti le 5 octobre 2012, chez Modular Recordings).

Les temps actuels sont plus à l'introspection. L'évasion est alors spirituelle. La plage en Grèce n'est pas sous nos pieds mais dans nos têtes. "Past Vision" nous mène vers l'évasion.

Vinyl Williams, artiste américain basé à Los Angeles, réalise avec brio le clip de "Past Vision". Il nous plonge dans l'univers psychédélique de Foxylight où se transposent des images rêvées et des captures de paysages actuels. L'artiste a créé une cité céleste, un château dans le ciel, flottant entre différentes dimensions. Cette cité pourrait représenter notre cœur d'enfant qui flotte au travers du temps qui nous use.

Dans le clip s'entremêlent le désert, écho à la détresse écologique qui ne fait plus aucun doute aujourd'hui, et perspectives de nature verdoyante, comme des visions de rêves d'enfant. Un environnement où se mêlent réalité et rêves projetés. Nous n'habitons aucune exoplanète. La nôtre est en train de mourir sous nos pieds. Nous n'habitons pas des cités sous-marines. Il n'y a pas de château dans le ciel. Et le soleil nous brûle.

Les paroles évoquent la nostalgie d'une enfance. « (...)Missing the time when we were young(...) » (Il me manque, ce temps où nous étions enfants). Pourtant, le clip évoque des images futuristes, mélange d'images enfantines et de la nature telle qu'elle est aujourd'hui.

L'écho du confinement

Le titre "Past Vision", à l'instar du confinement, reflète une période de transition. Le monde d'avant vers le monde d'après ? La désillusion transparaît. Celle qui nous fait prendre conscience que la vie « d'adulte » n'est en rien celle que l'on s'imaginait enfant. Ni 2020 ni 2021 ne verront de voitures volantes démocratisées dans nos villes. Les contes de princes et princesses n'existent pas. Les héros n'ont pas de super-pouvoir. La machine a pris place dans notre vie sans avoir celle dont nous rêvions dans l'enfance. Nous ne sommes pas entourés de robots gentils et aidants, mais d'intelligence artificielle maligne. Nous vivons plutôt une dystopie où l'intelligence artificielle sert les armées, le ciblage des publicités pour nous faire consommer. L'intelligence artificielle est à la fois partout et invisible. Dans notre imaginaire d'enfant, elle prenait la forme de robots intelligents. Aujourd'hui, elle est essentiellement mathématique et orientée vers l'utile (dans le sens d'opposé au superflu).

N'oublions pas ce que Charles Bukowski disait à propos de l'amour et de notre nature profonde :

« Le problème est que nous cherchons quelqu'un pour vieillir ensemble, alors que le secret est de trouver quelqu'un avec qui rester enfant ».

« L'adulte » est une fiction. Nous sommes juste les enfants que nous avons été, en un peu plus grands. Même si nous oublions, la plupart du temps, notre regard d'enfant : «(...) We will never be the same again (...)» (Nous ne serons plus jamais les mêmes). Nous sommes des enfants, ceux que nous étions au début de notre vie, qui jouons aux adultes. Ce qui peut tout changer. Parfois frappés par la maladie, la « vieillesse » du corps, la solitude, les amis qui partent, les défaites. Si une tradition catholique très rigide identifie l'enfance à l'imperfection et au péché, et préconise la répression de la spontanéité comme seul moyen de développer la « Raison », de nos jours, l'enfance est une étape respectée, où ne sont pas prématurément imposées des valeurs inadaptées aux capacités de compréhension et de jugement. L'enfance est préservée. Elle ressurgit de manière moins tabou dans notre vie « d'adulte ».

Le monde d'après ?

C'est quoi le monde d'après ? Car il est bien question à la fois dans l'actualité et dans le titre "Past Vision" de Foxylight de ce « monde d'après » : le présent qui nous est promis, meilleur après l'expérience du confinement, de la pandémie mondiale, voire du fait du désastre écologique. Je me souviens des étoiles qui étaient beaucoup plus brillantes le soir, dès le début du confinement. L'air avait changé à Paris.

Pour l'instant, le gouvernement français, en virant à droite toute, nous livre le message clair que le monde d'après sera le miroir du monde d'avant. Les mots « progressisme » et « croissance écologique » sonnent creux. Comme une langue de bois vieillie qui a bien trop servi.

Dans le clip de "Past Vision", la fin dévoile un monolithe rectangulaire, à la manière de 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick (1968). Ce visuel est déjà présent dans leur avant-dernier titre, intitulé "Second Sun". C'est avec émotion que cette image nous évoque 2001, l'Odyssée de l'espace, quand les premiers hommes ont été attirés par une masse noire, compacte, rectangulaire, qui leur a, semble-t-il, apporté l'essence de l'humanité. Cette essence qui leur fait échapper à l'état de bête, à l'état animal. Cette essence est noire, comme trop compacte. Elle doit comporter toute la connaissance et, avec elle, le bien et le mal. Elle amènera le feu, la roue, l'imprimerie...

Ce monolithe représente la possibilité d'un monde nouveau dans le clip de "Past Vision". Si nous reprenons le film de Stanley Kubrick, le monolithe est une intervention extérieure, qui vient du cosmos. Dans 2001, l'Odyssée de l'espace, les premiers hommes ont une interaction avec ce monolithe. Cette interaction pousse les premiers hommes à évoluer. Intervention extra-terrestre, immanence du savoir... ces mythes, croyances baignent notre enfance. Adulte, ils ressurgissent lors des moments où nous cherchons un sens à notre vie. Dans le clip, l'intervention finale du monolithe est une ouverture vers le monde d'après. Pouvons-nous être optimiste quant à ce monde d'après ? Existera-t-il vraiment ?

Le monolithe de "Past Vision" et de "Second Sun" est brillant comme un miroir. Il reflète ou laisse transparaître ce qu'il y a autour. Il est comme vidé de sa substance. J'y vois des personnes, les écouteurs vissés aux oreilles, les yeux rivés sur leurs téléphones dans la rue, dans les escaliers, dans le métro. Ne jetant pas un regard à la personne à qui ils s'adressent dans la rue ou dans un magasin. S'intéressant plus à leurs selfies avec filtres qu'à l'interaction réelle. Obsédés par leurs propres reflets.

Axel Pares résume joliment cette intervention quasi divine du monolithe par ces mots : « Après tout, les meilleures choses viennent du ciel, n'est-ce pas ? ». Peut-être alors que je suis trop pessimiste en interprétant ce monolithe « miroir » comme une expansion de l'égocentrisme et du paraître qui font rage actuellement. Il pourrait être tout aussi bien le reflet de notre optimisme et de nos volontés de mieux faire.

Axel Pares indique aussi notamment s'inspirer inconsciemment d'Alejandro Jodorowsky, cet artiste multi-facettes franco-chilien. Dans son film La Montagne sacrée (1973), un jeune homme aux allures du Christ est confronté à un maître alchimiste qui le soumet à des épreuves pour obtenir le secret de l'immortalité. En somme, notre plus grand désir d'enfant : ne jamais connaître la mort. L'immortalité, actuellement, est de survivre dans l'esprit des vivants, malgré sa propre mort. Souhaitons à Foxylight une belle entrée dans l'immortalité.

Au delà de la menace de l'oubli et de la peur de sa propre mortalité, peut-être que la vraie nostalgie est de s'apercevoir que notre présent d'adulte n'a rien des images fantasques que nous nous faisions enfant. Et qu'en plus, nous ne rêvons plus de château dans le ciel. À nous, les trentenaires, les quarantenaires, qui sommes dans un état d'entre-deux, qui avons connu la vie sans internet et qui pourtant en sommes totalement imprégnés, je nous pose la question suivante : à quoi rêvons-nous aujourd'hui ?

Et vous, les plus jeunes, les plus âgés, à quoi rêvez-vous ?

Je vous souhaite un bel été. Qu'il soit bercé de vos rêves d'enfant. Et des titres de Foxylight.

"Past Vision", le dernier titre de Foxylight, sorti le 8 juillet, clip réalisé par Vinyl Williams disponible sur YouTube. Leur titre est aussi disponible sur Spotify et Deezer.

Retrouvez Foxylight ici :

Deezer : http://www.deezer.com/track/1017515752

Spotify : https://open.spotify.com/track/1XOUySpuMPnJcC955ozugM?si=jr19jDnjSimwGDr9yk6xpQ

Instagram : https://www.instagram.com/foxylightmusic/

Facebook : https://www.facebook.com/foxylightmusic

Soundcloud : https://soundcloud.com/foxylight

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