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Halte aux idées reçues ! Les footballeurs ne sont pas trop payés
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So Foot !

Halte aux idées reçues ! Les footballeurs ne sont pas trop payés

Ce week-end se tient la 13e journée du Championnat de France de football. Une occasion de publier en exclusivité des bonnes feuilles du livre de Pascal Perri " Ne tirez pas sur le foot". Extraits (1/2).

Pascal Perri

Pascal Perri

Pascal Perri est économiste. Il dirige le cabinet PNC Economic, cabinet européen spécialisé dans les politiques de prix et les stratégies low cost. Il est l’auteur de  l’ouvrage "Les impôts pour les nuls" chez First Editions et de "Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien" chez Anne Carrière.

En 2014, Pascal Perri a rendu un rapport sur l’impact social du numérique en France au ministre de l’économie.

Il est membre du talk "les grandes gueules de RMC" et consultant économique de l’agence RMC sport. Il commente régulièrement l’actualité économique dans les décodeurs de l’éco sur BFM Business.

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Début février 2011, l’équipe de France de handball rentre de Suède avec un nouveau titre de champion du monde. C’est le quatrième, auquel il faut ajouter un titre de champion d’Europe et une médaille d’or aux Jeux olympiques. Le quotidien sportif L’Équipe titre avec malice : « Sont-ils assez payés ? » L’allusion aux autres porteurs du maillot bleu, notamment aux footballeurs français qui se sont distingués en Afrique du Sud quelques mois plus tôt, est à peine voilée. Un semblant de polémique rebondit quand l’opinion apprend que ces mêmes footballeurs allaient finalement toucher des primes auxquelles on pensait qu’ils renonceraient en raison de leurs piètres performances au mondial. Dans le football, l’adage « travailler plus pour gagner plus » ne devrait-il pas être traduit par une formule du genre « gagner pour gagner plus » ? Dans une Coupe du monde de football, comme dans toutes les coupes au monde, la logique est binaire : soit on gagne et on continue, soit on perd et on s’en va, mais sans les primes.

L’opinion est cruelle, comme la règle du maître de Rome : le vainqueur est épargné (provisoirement), le vaincu est exécuté, sauf à être tombé avec les honneurs, ce qui ne fut pas le cas de nos footballeurs français en Afrique du Sud. Au contraire, ces enfants gâtés du sport professionnel ont ajouté le ridicule à leur très mauvaise performance collective. La victoire des handballeurs français à Malmö en Suède a suscité la curiosité de la presse ; le magazine Challenges explique comment « le DRH des bleus (Claude Onesta) a misé sur la cogestion » et rappelle que l’entraîneur champion du monde gagne 7000 euros par mois, alors que son collègue du football Raymond Domenech, dans la même position six mois plus tôt, émargeait à 50 000 euros, pour ne rapporter à Paris qu’une élimination affligeante assumée de manière affligeante.

L’opinion considère avec un esprit conservateur la logique d’argent dans le sport. Rappelons que le football est d’abord un jeu. Admettons qu’il puisse être aussi un substitut des jeux de Rome, mais n’est-ce pas trop lui demander que de porter l’avenir du pays ? Avant la Coupe du monde de juillet 2010 en Afrique du Sud, on nous avait prédit qu’une bonne performance des bleus rapporterait un demi-point de croissance au pays, comme si les footballeurs de l’équipe de France avaient aussi pour mission de soutenir l’activité économique ! La situation du marché du football exigerait du discernement au risque de tomber dans la caricature grossière. Regardons les salaires des CDD du football. Je parle volontairement de CDD car, à l’inverse de tous les autres salariés des grands secteurs économiques, les footballeurs sont tous en contrat à durée déterminée. En France, tous les CDD sont assortis d’une clause de précarité : pourquoi pas les footballeurs dont la carrière est irrégulière, aléatoire et comparée à d’autres, de très courte durée ? Y a-t-il oui ou non matière à scandale et le football est-il dérogatoire aux règles générales de l’économie que nous partageons tous ?

Dans son bureau du Parc des Princes, l’ancien président du Paris-Saint-Germain s’agace légitimement des procès d’intention instruits contre les footballeurs. Il se plaît à rappeler les revenus annuels des chanteurs français les plus populaires. En 2010, Christophe Maé a gagné 4,7 millions d’euros notamment grâce à un album au nom prémonitoire, Dingue, dingue, dingue, et à ses tournées ; « M », Mathieu Chedid, a pour sa part touché 3,97 millions d’euros et des artistes plus anciens comme Eddy Mitchell et Mylène Farmer ont déclaré plus de 2 millions d’euros de revenus. Ces derniers artistes sont désormais, sans leur faire offense, des retraités ou des seniors de la chanson. Leur carrière a pour l’un commencé dans les années 1960, et pour l’autre dans les années 1980.

Quel footballeur peut prétendre honorablement gagner sa vie du football après trente-cinq ans ? Rapportés à une carrière de dix ans, ou quinze au mieux, les revenus des joueurs professionnels sont moins élevés qu’on ne le pense. Dix ans de carrière à 40 000 euros par mois, salaire moyen d’un joueur professionnel de Ligue 1, correspondent à quarante ans d’une carrière standard à 10 000 euros ! De là à crier au scandale, c’est sans doute exagéré, d’autant que si nous parlons de salaire moyen, cela signifie que très nombreux sont ceux qui sont en dessous.

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Extraits deNe tirez pas sur le foot - Contre les idées reçues, JC Lattès (9 novembre 2011)

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