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"Pourquoi j'irai à Gaza..."
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Militant

"Pourquoi j'irai à Gaza..."

Une dizaine de bateaux transportant de l'aide et environ 500 militants pro-palestiniens arrivant par des vols commerciaux pourraient tenter de violer le blocus de l'étroite bande de Gaza. Xavier Renou, l’un des participants et leaders des "Désobéissants" explique pourquoi il prend l’avion pour Tel-Aviv.

Xavier  Renou

Xavier Renou

Xavier Renou est docteur en Sciences-politiques et militant associatif, membre de plusieurs collectifs dont Les désobéissants et le Réseau Sortir du Nucléaire.

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Atlantico : Vous êtes à la tête des "Désobéissants", une association d'activistes non-violents investis dans plusieurs causes politiques, du nucléaire au Tibet... Pourquoi allez-vous monter dans un avion de la flottille pour Gaza ?


Je monterai dans cet avion -si les autorités israéliennes le permettent en arrêtant de menacer les compagnies de sanctions-, car je suis scandalisé par la situation faite aux Palestiniens. On a là-bas, la dernière situation coloniale au monde ! Là-bas, le bien-être et l'économie sont littéralement étouffés. La liberté de circulation est bafouée : les Palestiniens n'ont ni le droit de sortir ni de recevoir des amis dans la bande de Gaza.
Je crois qu'il n'y a plus rien à attendre des différents gouvernements qui prétendent s'employer à un improbable processus de paix entre Israël et la Palestine. C’est aux citoyens français, américains, israéliens, etc. de faire le travail de rétablissement de la paix. Et ce travail passe par la désobéissance civile non-violente. Je rappelle que la Cisjordanie est totalement entourée de territoires israëliens. Autrefois, il y avait un aéroport qu’Israël a bombardé... et depuis, il faut demander la permission à Israel, qui ne la donne pas.


Avez-vous demandé cette autorisation ?


Oui. Nous avons refusé de mentir comme le font certains pour essayer de franchir les fourches caudines d’israel. Nous avons choisi de ne pas nous soumettre aux interrogatoires humiliants dont font l’objet toutes les personnes repérées comme militants ou portant des noms à consonnances arabes. Nous avons juste demandé à Israel de nous ouvrir la porte de la Palestine, comme l’exige le droit international.

Quels sont les détails de votre opération ?


Nous sommes entre 500 et 700 à débarquer à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv à peu près à la même heure par de multiples vols en provenance des Etats-unis, de toute l’Europe et du Japon. Nous allons nous présenter à la frontière en demandant à aller en Palestine, tout en rappelant que nous reconnaissons Israël - ce n’est pas la question - mais que nous reconnaissons aussi la Palestine.


Quelle relation y-a-t-il entre votre initiative et la flottille récemment en escale à Athènes ?


Ces deux événements sont complémentaires. Il y a la flottille des mers, nous serons la flottille des airs. Les Désobéissants et l’association Euro-Palestine - initiatrice de l’opération en France-, ont aussi des militants sur l'eau. Y compris sur le bateau français qui a réussi à quitter la Grèce sans se faire attraper. Cette opération vient aussi en écho à l’opération que nous avons menée à Noël 2009 quand nous étions 1400 internationaux pour demander au régime de Moubarak de nous ouvrir la frontière vers la bande de Gaza via Rafah. En vain. Il nous a même volé l’argent prévu pour les bus. Si bien qu’on a dû mener des actions non-violentes dans le Caire en obstruant de grandes avenues ou en plantant un drapeau palestinien sur la pyramide de Khéops. C’est aujourd’hui le même schéma : officiellement Israël ne fait pas le blocus de Gaza... Mais ils nous ont déjà dit qu’ils ne nous feraient pas entrer et que personne n’irait en Palestine. Nous faisons déjà la une des journaux israéliens. Hier, le ministre de la Sûreté intérieure nous traitait déjà de hooligans...Ce qui augure d’un accueil peu chaleureux. Ils nous accusent de vouloir provoquer une émeute dans l’aéroport.

Reconnaissez-vous tout-de-même le droit d'Israël à se défendre, notamment contre des mouvements violents tels le Hamas ?

Oui. Mais Israël devrait d'abord se protéger de lui-même. En matière de sécurité, je ne connais pas pire politique que le colonialisme car elle suscite de la haine, le désespoir et la rancœur dans le monde. Y compris en Palestine. Ces politiques mènent aux actes désespérés.

N'y-a-t-il pas de causes plus urgentes que Gaza à l'heure des printemps arabes et de la sévères répression menée par différents régimes de la région ?

Les désobéissants se sont engagés au Tibet, contre la Françafrique au Rwanda, pour soutenir les Indiens du Guatemala. On voulait même occuper l'Ambassade de Syrie à Paris mais les opposants syriens ont reculé finalement. Bref, la souffrance n'a pas de frontière. Tous les malheurs du monde sont pressants ; les Palestiniens nous ont demandé d'intervenir, nous répondons présent ! 


La flottille du printemps 2010 a déploré neuf morts. Avez-vous peur ?


Bien sûr. Vu les torrents de haine qui sont déversés par des officiels; tels que le ministre déjà cité ou du ministre des Affaires étrangères,  Avigdor Liberman (fondateur du parti d'extrême-droite Israel Beytenou) qui ont dit des horreurs... Sur certains sites "sionistes" - y compris en France - on peut lire un discours de haine : “il faut faire sauter les avions!” - du délire... Des gens ne sont pas partis car ils avaient peur. Personne n’y va sereinement. Nous ne sommes sereins que sur le plan de la conscience. 


Qu'espérez-vous de ce voyage ?


Pour le moment c’est compromis car Netanyaou a clairement dit qu’il ne nous laisserait pas passer. (A l’heure où nous écrivons, le gouvernement israélien a fourni des listes de passagers indésirables aux compagnies aériennes, les menaçant de sanction si elles les acheminaient - NDLR). Le point culminant sera ce qu’il va se passer à l’aéroport lors de la jonction - que la police essaiera d’empêcher - avec les Israéliens partisans de la paix. On peut s’attendre à des arrestations et du désordre du fait qu’on refusera de se faire expulser. Ce qui devrait créer un certain trouble car nous sommes des centaines qu'il faudra arrêter devant tout le monde en plein été dans un aéroport international... Et si la visite a lieu, nous sommes invités à Bethléem, nous prévoyons de nous confronter à la réalité que vivent tous les jours les Palestiniens vivant en Cisjordanie, nous allons occuper des terres pour éviter que l’armée n’arrache les oliviers palestiniens et nous irons à Jérusalem-Est où les Palestiniens sont victimes d’une véritable épuration ethnique...



Ce terme de triste mémoire n’est-il pas scandaleux?


Non. Dès l’origine de la fondation d’Israël, les sionistes étaient partisans de l’épuration ethnique. Il ne s’agit pas d’extermination mais d'expulsion forcée qui -par définition - ne fonctionne qu’en faisant peur. En 1948, on sait que la naissance d’Israël a créé ce que les palestiniens appellent la “nakba” (la catastrophe), et s’est traduite par des massacres, des pogroms, afin que les grandes masses palestiniennes fuient devant les soldats et les partisans de l’Irgoun et du groupe Stern... L’épuration ethnique s’est poursuivie à l’encontre des Arabes israéliens et des Palestiniens de Jérusalem-Est et des territoires occupés pour leur reprendre la terre et les persuader de partir vers d’autres pays arabes qui ne sont pas les leurs et sont loin d’être démocratiques. 

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