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Comment réintégrer les banques dans la lutte contre la pauvreté (2)
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Urgences sociales

Comment réintégrer les banques dans la lutte contre la pauvreté (2)

L'Académie catholique de France a consacré un 2nd congrès annuel à la question de la pauvreté et aux dispositifs d'urgences que celles-ci appellent. Divers philosophes, économistes, acteurs sociaux, théologiens et artistes dépassent les simples observations. Les propositions de Pierre de Lauzun sur la nécessité de réintégrer la gratuité et le don dans la sphère économique.

Pierre De Lauzun

Pierre De Lauzun

Pierre de Lauzun est Président de la Commission économie et Finances éthiques des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens.

Directeur général délégué de la Fédération Bancaire Française - FBF

Délégué général de l’Association Française des Marchés Financiers AMAFI

Ancien élève de l’Ecole Polytechnique (1969) et l’Ecole Nationale d’Administration (1975)

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Début du texte

Sur cette base, que dire du champ financier ? Même si on en restait au jeu pur de la banque et de la finance, cela ouvrirait déjà un espace de jeu appréciable. Le rôle de la finance est en effet en principe d’orienter l’allocation de ressources matérielles, mesurées sous forme monétaire, en fonction du rapport possible entre le risque et les avantages attendus, mesurés en argent, tels qu’on peut les calculer. Il résulte alors de ce qui précède que plus on calcule à un niveau global et large, en tenant compte du maximum de facteurs, sans hâter excessivement le calcul final de résultat, plus on laisse du champ à la possibilité d’espaces alternatifs d’intervenir avant que le jugement final ne tombe.

C’est d’autant plus important pour notre propos que le calcul, notamment financier, prend la forme usuellement de jugements formulés sur la base de critères reçus et acceptés à un moment donné tels que confrontés sur un marché. De tels calculs sont normalement créateurs d’exclusion par la sélection même qu’ils opèrent. Ils ne sauraient en effet prendre en compte un grand nombre de facteurs : outre ceux qui ne relèvent pas du jeu des outils de sélection collective du moment (on vise ici les modes managériales, préférences momentanées du marché, techniques de mesure etc.), cela exclut a fortiori des critères plus qualitatifs relevant du champ dit de l’humain, qui regroupe tout ce qui est reconnu non modélisable, mais qui est essentiel au tissu des relations, comme par exemple la possibilité de la transformation d’une personnalité ou la création de nouveaux rapports entre personnes. Or ils sont décisifs s’il s’agit de lutter contre l’exclusion. D’où à nouveau l’importance du recul à prendre par rapport au calcul et notamment la distance à prendre par rapport à toute forme de calcul « prématuré ».

Mais, en même temps, cela souligne que la mondialisation ou la financiarisation n’expliquent pas à eux seuls l’exclusion. En un sens l’emploi de ces outils, même s’ils étaient grandement améliorés, est intrinsèquement créateur d’exclusion. Ce qui éclaire incidemment la parole évangélique quelque peu énigmatique : « Vous aurez toujours les pauvres avec vous. » Notamment dans des sociétés comme les nôtres, sans principe communautaire comme les sociétés anciennes. On peut même considérer sans doute, mais cela dépasse notre propos, qu’une société utopique, totalement contrôlée et arbitrée par des mécanismes rationnels neutres, créerait probablement la plus grande exclusion qui soit, celle intérieure et spirituelle.

Ce que nous devrons examiner seront alors ces zones où des considérations d’un autre type interviennent ou peuvent intervenir dans le champ classiquement considéré comme celui du calcul financier, et notamment des considérations « de gratuité », non dépendantes d’une perspective rapide et mesurable de résultat. En revanche nous exclurons par méthode l’examen des résultats possibles de l’intervention des pouvoirs publics, qui relèvent de ce champ que le pape identifie à juste titre comme celui de la contrainte, notamment par réglementation. Non parce qu’ils seraient inefficaces ou mauvais, mais parce que leur logique est différente, et comporte sa propre propension à l’exclusion. Encore faut-il ici garder à l’esprit que les distinctions ne sont pas rigides, et qu’une incitation fiscale par exemple, coercitive en un sens, peut se conjuguer avec un mouvement social ou des aspirations privées pour en accentuer ou orienter les effets.

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Extraits de Pauvreté et urgences sociales, Parole et Silence Editions (octobre 2011)

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