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Fin des fêtes, et voilà la saison des thérapies conjugales
©Reuters

Unions éphémères

Fin des fêtes, et voilà la saison des thérapies conjugales

En Angleterre, les appels à un conseiller conjugal augmentent de 50% après les fêtes de fin d’année. Les couples profitent des bonnes résolutions du mois de janvier pour changer leur manière de vivre, même s'il est souvent déjà trop tard...

Sabrina Philippe

Sabrina Philippe

Sabrina Philippe est psychologue-conseillère chez e-Darling, spécialiste des relations amoureuses.

Elle est l'auteur du livre "Amour toujours : toutes les clés pour réussir votre recontre sur internet", aux éditions Solar.

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Atlantico : Noël et le Nouvel An accroisseraient la pression sur les relations du couple, notamment à cause des dépenses qu'ils engendrent. La vie paisible des couples serait donc durement éprouvée durant les fêtes de fin d'année. Le mois de janvier serait alors privilégié pour faire une thérapie. Pour quelles raisons, cette période est-elle un temps de réflexion plus propice aux conseils conjugaux que le restant de l’année ?

Sabrina Philippe : De manière générale, la problématique de l’argent est très présente dans beaucoup de conflits dans le couple. Elle révèle le dysfonctionnement de la cellule : que fait-on de l’argent gagné ? Comment le dépense-t-on ? Quels sont nos projets communs ? Les couples qui connaissent des problèmes liés à la manière de dépenser leur argent connaissent aussi des problèmes de sexualité dans le couple. L'un et l'autre sont souvent liés.

Toutes les problématiques d’un couple s’illustrent à Noël et durant le jour de l’an qui sont des événements révélant les conflits familiaux. Le nouvel an est particulier puisqu’il est un passage symbolique durant lequel on formule de nouvelles résolutions. On se dit qu’on ne souhaite pas passer la même année que la précédente et on se souhaite secrètement qu’elle soit meilleure. Lorsque l’on est en souffrance dans un couple, un partenaire peut se dire qu’il refuse la fatalité, qu’il refuse de recommencer une nouvelle année bancale pour son couple.

Mais le mois de janvier est aussi une période fructueuse pour les sites de rencontre qui connaissent un pic d’inscription. C’est pour cela que les campagnes publicitaires sont plus présentes durant ce début de l’année. Célibataire comme en couple, on ne souhaite pas refaire les mêmes erreurs que par le passé. Un célibataire se dira qu’il ne souhaite pas passer l’année à nouveau seul.

La rentrée de septembre est aussi riche en demandes de consultations. Avec le mois de janvier, ce sont les deux périodes privilégiées. Mais il est plus compliqué de commencer une thérapie de couple à la rentrée scolaire quand les couples ont des enfants et que le temps tout comme le budget sont dédiés à la scolarisation des enfants. C’est pour cela que la rentrée de janvier est privilégiée.

Pour quelles raisons les couples font-ils appel à des conseilleurs conjugaux ou un thérapeute de couple ?

Bien souvent, c’est parce qu’ils arrivent à un point de rupture, et malheureusement les prises en charge du couple interviennent trop tard. Ils arrivent en thérapie de couple alors qu’ils ont déjà atteint un point de non-retour.

Ils consultent un thérapeute de couple pour apprendre à mieux communiquer entre eux, à trouver des solutions. Leur couple connaît beaucoup de dysfonctionnements qui peuvent exploser lors de disputes ou être passés sous silence et dans l’indifférence.

Pour qu’elle soit efficace, la thérapie de couple doit être voulue par les deux. Bien souvent, l’un des partenaires est plus enclin à vouloir améliorer la situation, d’où la difficulté de la prise en charge globale du couple, qui arrive trop tard. Certains couples, sans qu’ils le sachent, viennent pour "bien" se séparer, mais pas pour rester ensembles, car certaines blessures ne peuvent pas à être réparées.  


Les couples anglais ont pour modèle de réussite les couples stars du "Hollywood idéal". En France, avons-nous un modèle parfait du couple auquel nous souhaitons ressembler ?

Nous sommes tous conditionnés par les idéaux hollywoodiens des couples mythiques, véhiculés eux-mêmes par les magazines, la télévision etc. Les magazines notamment nous indiquent comment avoir des rapports sexuels nombreux et performants en permanence. Ils vendent une idée de la sexualité et d’un couple qui serait glamour en permanence, ce qui n’est pas le cas tous les jours. Il y a un donc un décalage entre cette image idéalisée qu’on nous vend et que l’on voit, et la réalité de chacun.

La problématique de ce décalage c’est que les couples ont constamment l’impression de vivre leur vie a minima. Pour y remédier, je leur conseille de se connaître eux-mêmes et ne pas se reposer sur des modèles mythiques. D’autant plus qu’il est très difficile de définir un couple modèle : certains ont besoin de proximité, de fusion, quand d’autres ont un fort besoin de liberté…

Par ailleurs, nous ne nous reposons plus sur le modèle des aïeux, mariés depuis plus de cinquante ans. On a du mal à s’approprier ce modèle car les vies sont désormais extrêmement différentes. A l’époque, les couples restaient mariés pendant cinquante ans car ils vivaient dans le même lieu, ils avaient le même travail toute leur vie, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Selon l'Office for National Statistics (ONS), le nombre de divorces en Angleterre et au Pays de Galles a augmenté de 0,5% entre 2011 et 2012. Le nombre de divorces en 2012 était le plus élevé chez les hommes et les femmes âgés de 40 à 44 ans. Pour ceux qui se sont marié en 1972, 22% des mariages se sont terminés par un divorce avant leur 15e anniversaire de mariage, alors que pour ceux qui se sont mariés en 1997, près d'un tiers se sont terminés aujourd’hui. Quelles sont les raisons d’un divorce ?

Aujourd’hui à Paris, deux mariages sur trois finissent par un divorce. Il y a quelques années, le taux était d’un mariage sur deux. Même évolution en province, auparavant un mariage sur trois se soldait par un divorce, quand il est de deux mariages sur trois actuellement.

Il est très récent qu’il soit question d’amour dans le mariage. Pendant très longtemps, les couples ne se mariaient pas par amour mais pour des questions d’argent, soit parce qu’ils en avaient beaucoup et qu’ils souhaitaient pérenniser leur capital familial pour faire fortune, soit parce qu'ils n'en avaient pas assez et qu’il faut être au moins deux, pour vivre confortablement, surtout quand on a des enfants. On a vécu comme cela à toutes les époques, et la question de l’union n’a jamais été celle de l’amour. Là-dessus est venu se greffer la religion.

Depuis la révolution de 1968, les couples se marient par amour. Mais qu’est-ce que l’amour ? Est-ce un sentiment fluctuant ? L’état amoureux dure mais ensuite… De nombreux couples viennent en thérapie en déclarant qu’ils ne s’aiment plus, comme si la fin de leur relation s’arrêtait au moment où s’essoufflent les premières passions.

Aujourd’hui, la religion ne joue plus un rôle principal dans notre société et l’argent n’est plus un motif suffisant pour rester en couple. Il ne reste plus que l’amour. On s’aime ou ne s’aime plus, c’est le nouveau socle des couples. Or l’amour est un sentiment fluctuant.

A cela s’ajoute une crise du modèle de notre société. Les couples se séparent moins car ils n’ont plus les moyens de vivre seuls. Même si certains décident de ne plus être ensembles, ils partagent toujours le même appartement car ils n’ont pas les moyens financiers suffisants pour se reloger. C’est une nouvelle tendance.  

Propos reccueillis par Sarah Pinard

 

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