Fête de la Violette : la Droite forte peut-elle vraiment être le socle du renouveau du sarkozysme ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
La Droite forte organise ce weekend la deuxième édition de la Fête de la Violette.
La Droite forte organise ce weekend la deuxième édition de la Fête de la Violette.
©REUTERS/Benoit Tessier

En attendant le retour de Sarko

Fête de la Violette : la Droite forte peut-elle vraiment être le socle du renouveau du sarkozysme ?

La Droite forte organise ce samedi sa deuxième édition de la fête de la Violette en Sologne. L'occasion pour le courant sarkozyste d'afficher son soutien à l'ancien président, en attendant son très probable retour politique à la fin de l'été pour conquérir la présidence de l'UMP.

Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

Voir la bio »

Atlantico :  La Droite forte se réunit ce samedi à l’occasion de la deuxième édition de la Fête de la Violette. Nicolas Sarkozy sera évidemment dans toutes les têtes puisque la Droite forte a prévu de nombreux clins d’œil à l’ancien président. En cas de retour politique, Nicolas Sarkozy a-t-il toutefois intérêt à s’appuyer sur ce courant sarkozyste et va-t-il le faire ?

Jean Petaux : Il me semble qu’il faut bien distinguer les différentes séquences du "résistible retour de Nicolas Sarkozy"… En ce moment nous sommes dans ce que j’appellerai le "temps du béton". La Droite forte a instauré il y a un an une "fête de la Violette" dans une perspective bien précise, manifestée dans le choix-même de cette petite fleur, symbole du ralliement des bonapartistes (sous le Consulat) au peuple. La violette est au culte du chef, dans notre roman national, ce que les œillets sont à la Révolution portugaise du 25 avril 1974 ou aux dirigeants communistes polonais de Gomulka à Gierek et ce que la rose est aux militants socialistes… Il est donc parfaitement dans l’ordre des choix politiques que la Droite forte avec ses deux leaders fondateurs, Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, revendique son statut de "premier courant, sarkozyste, de l’UMP" (mention qui figure sur la page d’ouverture du site internet de  "La Droite forte"). Dans cette première étape de reconquête, l’ancien président de la République, regroupe pour le mobiliser, le noyau dur qui le soutient. Il n’y a rien d’original ici. C’est vraiment dans l’ordre de la démarche politique. D’abord mettre en ordre de bataille la "garde rapprochée", ensuite rassembler les autres sensibilités de l’UMP et, ensuite, s’adresser aux électeurs de 2012 pour, in fine, parler à tous les électeurs potentiels (surtout à ceux qui ont manqué il y a deux ans). La feuille de route est claire et il est donc tout à fait nécessaire que Nicolas Sarkozy, pour atteindre son objectif final, s’appuie sur ce courant non pas prioritairement mais premièrement. Autrement dit : d’abord et aujourd’hui, avant de rechercher un élargissement de son bloc. On passera alors du "temps du béton" au "temps de la séduction" prélude au "temps de la conversion".

Quel apport idéologique la Droite forte peut-elle apporter à l’ancien président ?

La Droite forte expose 7 thèmes sur son site internet. On y retrouve les sujets chers à Nicolas Sarkozy et exposés pendant sa campagne de 2012. Le mot "fort" apparait dans l’intitulé de 4 thèmes sur 7. Doivent être fortes : la République, l’école, la justice et… l’UMP. On relève comme thème numéro 1 la "lutte contre les fraudes et l’assistanat". Tout cela n’est pas radicalement nouveau. Il faut y voir une plateforme de lancement en quelque sorte. Une sorte de "pas de tir" comme on utilise cette expression pour la fusée Ariane. Une fois le satellite Sarkozy en "orbite présidentielle", il sera temps de proposer des choses nouvelles destinées à conquérir des parts du marché politique non séduites par la notion de "force". Je ne pense pas que la Droite forte apporte quoi que ce soit à Nicolas Sarkozy (je suis de ceux qui considèrent que Nicolas Sarkozy n’a besoin de personne pour avoir des idées…), je pense plutôt qu’elle lui sert de porte-voix, d’amplificateur, au sein même de l’UMP dont, rappelons-le, elle est le premier courant quantitativement au moins.

L’ex chef d’Etat veut notamment s’appuyer sur NKM et François Baroin par la suite. Finalement, la Droite forte qui appelle à son retour ne sera-t-elle pas oubliée ? Si Nicolas Sarkozy compte sur des profils plus centristes, la Droite forte continuera-t-elle à le soutenir aussi fortement ?

Une des qualités de Nicolas Sarkozy, qui fait de lui une des figures remarquables et passionnantes de la vie politique française, c’est qu’il est un pur pragmatique et qu’il ne s’embarrasse pas de valeurs humanistes ou morales. C’est, au sens plein du mot, un "politicien" (au sens que Mazarin donne à ce mot dans le fameux "Bréviaire" qui lui est attribué), sans foi ni lois autres que celles qu’il accepte de se donner à lui-même. De ce point de vue  il relève littéralement de "l’impératif catégorique kantien". Donc si Nicolas Sarkozy après avoir utilisé la Droite forte pour revenir dans le jeu au sein de l’UMP puis s’en éloigne, en quelque sorte comme les "fusées d’appoint" ou les "boosters" destinés à être largués après une première séquence de vol, il n’y aura là rien de scandaleux à mes yeux. C’est la règle du jeu, en tous les cas, de ce jeu-là. Personne n’est obligé de le jouer. La question qui se pose alors, que vous posez fort bien, c’est de savoir si la Droite forte continuera de le soutenir. Je ne me risquerai pas à ce genre de prédiction.

Ce que je constate (dans toutes les grandes formations politiques, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche), c’est que les fractions soutiennent un leader tant que celui-ci peut leur servir, ou bien tant qu’elles n’ont pas de leader plus efficace, même si celui qu’elles soutiennent a grandement dérivé par rapport aux choix idéologiques initiaux. Alors, bien sûr, certains mouvements politiques ont la "scission" (et l’exclusion) plus développée que d’autres et se fracturent beaucoup plus rapidement que d’autres plus résilients, mais il est clair que si Nicolas Sarkozy procède à quelques voltes dans ses choix d’alliances, il n’y aura pas automatiquement rupture avec la Droite forte. Regardez ce qui s’est passé entre 2004 et 2007, présidentielle comprise. En 2004 Sarkozy blinde son discours à droite (le Kärcher, les expulsions, l’identité française) au point qu’il parvient à "vidanger" une partie de l’électorat de Jean-Marie Le Pen en avril 2007… Et que fait-il aussi pendant la campagne présidentielle ? Il invoque les mânes de Jaurès, le Front populaire, accueille Eric Besson, transfuge du PS et, une fois élu, pratique l’ouverture politique à pleins poumons au point que Patrick Devedjian, alors secrétaire général de l’UMP, se fend d’un :  "Je suis pour l’ouverture… jusqu’aux cadres de l’UMP". Mais est-ce pour autant que le noyau dur de l’électorat sarkozyste l’abandonne ? Pas du tout…

Où en sont actuellement les relations entre Nicolas Sarkozy et son ancienne plume Henri Guaino ? Et avec Laurent Wauquiez ? NKM ? François Baroin ? Selon Le Point, l’ancien président aurait proposé à ces trois responsables de former avec lui un ticket et d’être numéro deux pour l’élection du prochain président de l’UMP…

Je ne suis pas dans le secret et la confidence pour avoir une claire mesure de l’état exact des relations entre Nicolas Sarkozy et toutes ces personnalités qui furent, pour l’une, son conseiller spécial et pour les autres, ses ministres. Ce que je note c’est que Nathalie Kosciusko-Morizet a carrément déclaré sa candidature à la future primaire organisée par l’UMP pour la présidentielle de 2017 et j’aurais tendance à penser qu’à tout prendre entre Nicolas Sarkozy et  Alain Juppé elle penchera en faveur du second. Par forcément par adhésion mais tout simplement parce qu’il n’occupera pas l’espace politique à droite en 2022 alors que Sarkozy…. ???

François Baroin, fils spirituel et adoptif de Jacques Chirac en son temps, proche d’Alain Juppé hier, va-t-il se rallier à Nicolas Sarkozy ? Ou courir sous ses propres couleurs ? S’il choisit Nicolas Sarkozy ce sera vraiment parce qu’il aura fait l’analyse que seul ce dernier peut gagner en 2017. Ce ne sera pas, là non plus, par adhésion au personnage et surtout à ses dernières prestations publiques, contraintes ou volontaires… Quant à Henri Guaino, son poids politique au sein-même de l’UMP me semble proche de zéro. Reste Laurent Wauquiez. En son temps il s’attira, pour avoir trop cyniquement montré ses canines pointues de jeune loup politique, quelques remontrances de ses ainés, peu amènes. Ses dernières positions sur l’Union européenne l’ont montré sur une ligne clairement souverainiste. Mais n’est pas Philippe Seguin qui veut le devenir. Pour ce faire il faut du cœur et de la raison, pas seulement de l’ambition. Cette galerie de portraits, avec ses ombres et ses manques, avec ses pleins et ses déliés, montre en fait un Nicolas Sarkozy plutôt "hors-sol " et finalement en quête d’un second souffle. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !