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Un salaire qui serait versé aux femmes européennes de confession musulmane pour porter le voile.
Un salaire qui serait versé aux femmes européennes de confession musulmane pour porter le voile.
©Reuters

"La vérité si je mens !"

Femmes payées par le Qatar pour porter le voile et islamistes qui se substituent à l’Etat providence dans les cités : rumeur ou vérité ?

Sur différentes plateformes web, on voit surgir l'idée d'un salaire qui serait versé aux femmes européennes de confession musulmane pour porter le voile. La somme correspondrait à 200 euros.

Guylain Chevrier

Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant, formateur et consultant. Ancien membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration. Dernier ouvrage : Laïcité, émancipation et travail social, L’Harmattan, sous la direction de Guylain Chevrier, juillet 2017, 270 pages.  

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Atlantico : Certains agitent le proverbe "pas de fumée sans feu". Dispose-t-on d'éléments susceptibles d'accréditer cette rumeur ? D'où tire-t-elle ses racines ?

La rumeur vient des réseaux sociaux qui peuvent être, il est vrai, une source parfois fiable parfois polluée. Dans un contexte où le Qatar ne cesse d’investir en France, des galeries d’art de la ville de Paris en passant par l’acquisition de biens immobiliers de renom aux banlieues jusqu’aux mosquées, il y a de quoi semer le trouble. Si cela n’est pas de l’ordre de la recherche d’une influence où le religieux occupe la place centrale, c’est à n’y rien comprendre. Ceci étant, ce qui est sûr, c’est que l’on constate par la voie d’acteurs associatifs que se développe, en plus du rôle de démarcheurs prosélytes de certains musulmans pratiquants qui vont à domicile, un rôle social qui use de financements qui viennent bien de quelque part. Ici, on propose de prendre en charge des dépenses pour des études, là de financer une machine à laver, ici un club de sport, mais en retour il faut respecter mieux la religion, que toutes les filles de la famille se voilent en bonnes musulmanes par exemple. Une méthode bien connue des Frères musulmans auxquels on interdisait l’action politique dans des pays qui ensuite ont fait leur printemps arabe, mais auxquels on laissait le soin de gérer le social, a coup de finances dont la source restait dans l’ombre sans tromper personne, celle des pétrodollars. Aussi, il y a à s’inquiéter d’une montée de cette conception de l’action religieuse qui, par le biais d’un rôle social et des financements opaques, favorise la soumission au communautarisme, à donner consistance à un islam politique s’appuyant sur des fidèles s’en remettant à des représentants religieux, tels des chefs de clans, bien loin de notre République.

Si cette rumeur n'est pas nécessairement vérifiable, l'idée qu'elle exprime est-elle forcément à mettre au ban ? Existe-t-il des financements relativement obscurs qui font la promotion du culte musulman au détriment des autres, dans une tactique similaire à celle appliquée en Algérie ou en Egypte ?

Yves Bonnet, un ex-patron de la Dst française, pointait le double jeu du Qatar en 2012 au lendemain du démantèlement d’une cellule djhadiste à Strasbourg, mis en cause dans le financement les réseaux islamistes radicaux en Europe, parallèlement au rôle que ce pays a pu jouer en Tunisie en finançant le parti islamiste Ennahdha. Dans l’aide apportée partout où l’islamisme s’affirme, il y a l'argent qui y est alloué par des pays salafistes, qui inquiète, dont le Qatar fait partie.

Le Qatar a entendu financer à hauteur de 50 millions d’euros des projets dans les banlieues françaises tout en restant discret sur les sujets relatifs à l’islam. « C’est par l’achat des cœurs que commence l’asservissement des esprits. Derrière cet intérêt pour les banlieues, il y a une tactique graduelle pour asseoir l’influence néo-wahhabite sur l’islam français. Et derrière cette tactique, une stratégie d’agir à long terme sur la politique française. » selon Mezri Haddad, philosophe et ancien ambassadeur tunisien. Il accuse le Qatar de financer  aujourd’hui « l’obscurantisme islamiste au Maghreb, en Syrie, au Nigeria, en Somalie », mais aussi d’avoir « transformé le printemps arabe en hiver islamiste ».

« Dans chaque euro investi en France (Par le Qatar), il y a du poison néo-wahhabite. A plus forte raison dans les banlieues, où la ferveur religieuse et le bigotisme compensent le chômage, où le repli identitaire se nourrit de l’exclusion sociale et où la foi est au-dessus de la loi. L’on sait que dans la doctrine islamiste, le lien confessionnel transcende l’appartenance nationale, et que le droit de Dieu est supérieur à la loi de la République. » Le dernier démantèlement de réseaux islamistes en France n’est que la partie apparente de l’Iceberg, nous dit-il encore, en forme de mise en garde. Le Qatar aurait dépensé 3 milliards de dollars pour armer les rebelles Syriens, un financement du djihadisme qu’un rapport du trésor américain dénonce comme étant toujours d’actualité, en contrepoint des bonnes intentions affichées.

Du côté de l’influence du Qatar sur les populations, on ne peut oublier l’importance de l’emprise d’un club de foot comme le Paris-Saint-Germain sur les milieux populaires marqués par l’immigration, mais aussi tout particulièrement Al-Jazeera, dont le pouvoir sur l’opinion arabe est quasi hypnotique. On voit bien qu’une action de terrain à partir des mosquées qu’il finance, peut induire par l’argent la volonté de tout contrôler en graissant la patte, sous une forme ou une autre, aux quartiers.

Dans quelle mesure est-ce que ce genre d'attitude peut présenter un danger ? Nul n'ignore les sympathies de certains princes arabes pour l'idéologie du djihad. Faut-il craindre quelque chose de ces financements ?

Effectivement, des pays arabes ont de la sympathie pour le djihad, mais rien qui ne puisse étonner, lorsque l’on sait que dans le Coran on trouve tous les ingrédients au djihadisme.

En Egypte, on a laissé proliférer les bonnes oeuvres sociales des Frères musulmans, bien que la loi interdisait en principe, les organisations caritatives de nature religieuse. L'Etat hésitait en pratique à fermer des institutions proches des Frères musulmans, sous le prétexte d’utilité à la société, telles que des orphelinats ou des hôpitaux. Il en a résulté au bout du compte une guerre civile. Là où l’Etat est défaillant, l’islamisme peut prendre le relais. Le néo-wahhabisme qatari est décrit par Mezri Haddad, ancien ambassadeur tunisien, comme un syncrétisme de puritanisme et de maximalisme des Frères musulmans.

Aussi, laisser ainsi le Qatar faire ce qu’il veut ou presque, ne serait-ce pas faire courir un grand risque à nos banlieues sous couvert de politique d’investissement qui rejoint l’action des mosquées qu’il finance ? Sans compter encore avec les bonnes œuvres qui y ont cours et convergent dans l’invitation à cette soumission à une forme du religieux conservateur qui s’oppose à la République. Là encore, la naïveté des pouvoirs publics domine, et on s’étonnera demain de l’extension d’un religieux à tendance communautariste, replié sur lui-même, dans l’ombre duquel le djihadisme est à l’abri et l’endoctrinement a libre court.

Par-delà le risque djihadiste, il faut bien voir finalement l’enjeu principal, celui du choix de société qui est en train de se faire, comme Gilles Kepel a pu le voir dans sa grande enquête sur la banlieue, entre « l’implantation dans la société française d’un groupe de populations sur une base non pas individuelle mais communautaire » et l’intégration, phénomène d’absorption des individus qui « implique, à terme, la dissolution, le relâchement ou la relativisation  des liens d’allégeance communautaire ».

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