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La charia est devenue un véritable slogan populaire en Egypte et ailleurs depuis les printemps arabes.
La charia est devenue un véritable slogan populaire en Egypte et ailleurs depuis les printemps arabes.
©Reuters

Bonnes feuilles

Faute de révolution sexuelle, les printemps arabes ont réinstallé l'obsession pour la charia

Aucune libération sexuelle ni aucune révolution libertaire n'a eu lieu, mais la charia est devenue un véritable slogan populaire en Egypte et ailleurs depuis les printemps arabes, explique Mathieu Guidère. Extrait des Cocus de la révolution (1/2).

Mathieu  Guidère

Mathieu Guidère

Mathieu Guidère est islamologue et spécialiste de veille stratégique. Il est  Professeur des Universités et Directeur de Recherches

Grand connaisseur du monde arabe et du terrorisme, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Le Choc des révolutions arabes (Autrement, 2011) et de Les Nouveaux Terroristes (Ed Autrement, sept 2010).

 

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De la charia avant toute chose


C’est la deuxième constatation qu’il est possible de faire en écoutant et en lisant les islamistes de tous bords en Égypte et ailleurs. Tous envisagent
ou réclament l’application de la charia, mais selon des modalités diverses et variées dans le temps et dans l’espace. C’est une constante des discours et des programmes politiques, qui frise l’obsession dans certains pays. Plusieurs groupes portent désormais le nom de « Ansar al-charia »
(Défenseurs de la charia)…

Le mot en soi est devenu un slogan populaire, alors même qu’il fait peur en Occident. Les peuples occidentaux sont traumatisés par les images insoutenables de lapidations, d’amputations et autres formes d’exécutions ou de mutilations qui ont marqué les dernières décennies. À l’inverse, les partis islamistes présentent la charia comme un ensemble de principes, de normes et de prescriptions visant à mieux gérer des pays et des sociétés en déshérence.

Bref, nous sommes là face à un véritable choc des perceptions. Car en regardant de plus près ce que recouvre, dans l’esprit des islamistes, ce concept central de charia, on constate paradoxalement qu’il a été desséché et réduit à quelques prescriptions coraniques, considérées comme évidentes, sur lesquelles les idéologues de l’islamisme tentent de construire un semblant de consensus théologique et d’unité doctrinale. Les traditions du prophète Mahomet sont parfois convoquées pour appuyer telle ou telle interprétation, mais pour l’essentiel c’est le Coran qui demeure la
première et la principale source de la charia.

Face à la pression moderniste et à la division des sociétés musulmanes, il existe bien sûr des tentatives d’adaptation de la charia à l’époque et à la vie quotidienne. Mais globalement le conservatisme et le traditionalisme règnent en maîtres sur des peuples soucieux avant tout d’ordre et de stabilité. Même parmi les jeunes, le conservatisme est prégnant et la révolution n’a fait que le renforcer, paradoxalement. Je me souviendrai toujours de ce groupe de jeunes gens, filles et garçons, venus des beaux quartiers du Caire pour prendre part aux manifestations sur la place Tahrir et qui criaient contre Moubarak, mais interrompaient leur sit-in cinq fois par jour pour aller accomplir les prières rituelles de l’islam, puis revenaient manifester…


La religion avant la révolution.

Inutile de préciser qu’il n’y a eu aucune libération sexuelle ni aucune révolution libertaire pendant le Printemps arabe. Il n’y a même pas eu le début d’une revendication en ce sens, ni de la part des jeunes hommes ni de la part des jeunes femmes. On voyait pourtant, sur la place Tahrir et ailleurs, à quel point la frustration sexuelle était grande et comment cela pouvait aisément dégénérer en agressions insoutenables contre les manifestantes…

Pour ne rien arranger, l’armée égyptienne s’est mise à pratiquer des « tests de virginité » sur des jeunes femmes qui manifestaient sur la célèbre
place du Caire. Sous cette étrange appellation se cache, en réalité, une forme de torture physique et de violence sexuelle, maintes fois dénoncée par les organisations égyptiennes et internationales de défense des droits de la personne.

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Extrait des Cocus de la révolution, voyage au cœur du printemps arabe, de Mathieu Guidère, aux éditions Autrement.

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