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Morgan Stanley a livré à ses clients des informations négatives sur le groupe, juste avant sa mise sur le marché.
Morgan Stanley a livré à ses clients des informations négatives sur le groupe, juste avant sa mise sur le marché.
©Reuters

Entrée remarquée

Truquage ? Ce qui s'est vraiment passé lors de l'introduction en bourse de Facebook

Ce devait être l’ "IPO de l’année". L’arrivée de Facebook sur le marché boursier s’est en réalité révélée être un fiasco. Les banques sont aujourd’hui pointées du doigt pour avoir diffusé des informations négatives sur le groupe juste avant son introduction sur le marché.

[Mis à jour à 16h20]

Pour son quatrième jour de cotation, le titre Facebook est enfin reparti à la hausse :  à 15h50, il grimpait de 2,55% pour atteindre 31,79 dollars. 

Mais les conséquences de son entrée en bourse ratée se font déjà sentir. Mardi, le cabinet d'avocat de Los Angeles, Glancy Binkow & Goldberg, avait porté plainte "au nom d'investisseurs ayant essuyé des pertes à cause de l'entrée en Bourse hautement médiatique de Facebook". 

C'était au tour du cabinet d'avocats Robbins Geller Rudman & Dowd LLP aujourd'hui mercredi, de déposer une plainte en nom collectif au tribunal fédéral de Manhattan "de la part d'investisseurs ayant acheté l'action Facebook à l'occasion de son entrée en Bourse le 18 mai".

Un autre cabinet, Lieff Cabraser Heimann & Bernstein, a également porté plainte au nom d'investisseurs ayant acheté des titres du groupe.

Alors que l’action Facebook plonge depuis deux jours, les analystes se réveillent aujourd’hui pour dire que l’histoire était écrite dès le départ, et que l’action du réseau social a été valorisée à un prix trop élevée initialement. 

Les estimations de Wall Street sur les perspectives de résultats du groupe ont été compilées et analysées par Thomson Reuters Starmine, qui a conclu que le niveau raisonnable pour l'action Facebook serait de 9,59 dollars : c’est-à-dire  le quart de son prix d'introduction en Bourse. Le groupe est entré en Bourse avec un prix d'introduction de 38 dollars par action et quelque 421 millions d'actions sur le marché. De quoi lever plus de 16 milliards de dollars et une valorisation du groupe à 104 milliards de dollars.

L’introduction en bourse de Facebook s’est relevée chaotique dès le départ. Quelques minutes après l’entrée sur le Nasdaq, le groupe connaissant déjà des problèmes de cotation.

Le journaliste Alistair Barr révélait hier mardi 22 mai que les banques, telles que Morgan Stanley, portaient une part de responsabilité dans cette tempête. Morgan Stanley, qui avait garanti le placement des titres Facebook, a ensuite livré à ses clients des informations négatives sur le groupe, juste avant sa mise sur le marché. L’analyste financier Scott Devitt, en revoyant à la baisse ses prévisions sur les perspectives de Facebook, aurait entrainé une forte baisse de la valeur des titres du réseau social.

JPMorgan et Goldman Sachs, qui ont aussi garanti le placement des titres Facebook à un degré moindre, auraient également abaissé leurs prévisions sur les perspectives de Facebook, ajoutant au pessimisme généralisé.

 Ces révélations précoces de la part des analystes ont mécaniquement entrainé des délits d’initiés. Les prévisions revues à la baisse ont eu un effet sur les décisions de certains investisseurs institutionnels bien informés. Mais cette information a été distribuée de façon partielle et sélective, ce qui constitue une injustice pour les investisseurs qui ont acquis des actions Facebook sans être informés de ces prévisions. Heureusement, ce genre de retournement de situation au beau milieu d'une introduction en bourse est habituellement rarissime.

Comment un tel dysfonctionnement a-t-il pu se produire ? Business Insider révèle aujourd'hui la source présumée de la fuite. C'est une source interne à l’intérieur du groupe qui aurait, elle-même, révélé aux analystes que les affaires étaient fragiles. Facebook aurait donc en quelque sorte lancé une bombe en admettant que ses résultats du second trimestre seraient en deçà des estimations.

En réaction, la Securities and Exchange Commission (SEC) a demandé un examen attentif des problèmes entourant l’entrée en bourse de Facebook. Mais la présidente Mary Schapiro souhaite éviter que la méfiance à l’égard de l’IPO de Facebook ne s’étende aux marchés en général :

"Je pense qu'il y a beaucoup de raisons d'avoir confiance dans nos marchés et dans leur intégrité, mais il y a des questions qu'il faut regarder, en particulier s'agissant de Facebook", a-t-elle déclaré à l'issue d'une audition au Sénat.

L'opérateur boursier Nasdaq OMX, qui a encaissé de lourdes critiques liées aux problèmes de cotation de Facebook, a mis des fonds de côté pour dédommager ses clients. Un recours collectif (class action) avait déjà été déposé mardi dans un tribunal fédéral de Manhattan au nom de tous ceux ayant perdu de l'argent en raison d'un ordre de trading mal géré.

Qu’en disent les responsables ? Les trois banques incriminées refusent de commenter. Le directeur général de Nasdaq OMX, Bob Greifeld a de son côté déclaré : "Nous avons commis des erreurs dans la cotation de Facebook, mais nous tenons à souligner le fait que c'était la plus grande IPO jamais vue et que, vendredi dernier, nous avons traité plus de 570 millions de titres".

(par Julie Mangematin)

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