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Impact de la pandémie

Explosion de la précarité : que faire pour aider chômeurs en fin de droit ou Français ayant perdu leurs revenus à cause du Covid ?

L'impact économique de la crise sanitaire a contribué à une forte hausse de la précarité. Quelles sont les mesures qui pourraient permettre d'aider les Français ayant subi des pertes de revenus afin de vivre décemment en attendant la reprise de l'activité économique ?

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

Voir la bio »François-Xavier Oliveau

François-Xavier Oliveau

Ancien dirigeant de start-up et de PME, François-Xavier Oliveau accompagne des dirigeants d'entreprises européennes dans leur stratégie et leur transformation. Il s'intéresse aux impacts de la révolution technologique sur l'économie, la société et les politiques publiques. Il est l'auteur d'un essai publié en 2017 aux PUF (Microcapitalisme, vers un nouveau pacte social, collection Génération Libre) qui a été obtenu le prix du jury du comité Turgot. Il a publié en avril 2019 une étude avec l'Institut Sapiens sur les impacts entre technologie, prix et monnaie, Pour la Création d'un dividende monétaire.

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Atlantico.fr : La crise économique a provoqué une explosion de la précarité. Comment faire pour que les Français qui ont subi des pertes de revenus à cause de la pandémie puissent vivre décemment en attendant que l’activité économique reprenne ? Le tout dans la limite de nos contraintes budgétaires…

Philippe Crevel : Dans leur grande majorité, les Français n’ont pas subi de pertes de revenus importantes. Le chômage partiel et les différents mécanismes de solidarité ont limité la perte de revenus moyenne à 5 %. Evidemment, les travailleurs indépendants, les titulaires de CDD, de contrats en intérim, les personnes qui réalisaient des heures supplémentaires ont supporté des pertes de pouvoir d’achat plus importantes. Les dispositifs de soutien ont été renforcés depuis le début de la crise sanitaire avec à la clef une multiplication par plus de 3 du déficit budgétaire et une dette publique qui atteindra les 120 % du PIB. 

François-Xavier Oliveau : La pandémie de Covid-19 a en effet touché avant tout les plus précaires, notamment les contrats courts, intérimaires, saisonniers, mais aussi une grande partie des commerçants et des indépendants. Pour certains, l’impact de perte de revenus a été d’une très grande violence. Il faut s’attendre en outre à de gros efforts de réduction de coûts des entreprises, donc beaucoup de salariés risquent de perdre leur emploi dans les mois à venir. L’Etat a un rôle d’amortisseur à jouer, la double question est : comment et avec quels fonds ?

Sur le comment, je suggère d’éviter de cibler les mesures sur telle ou telle catégorie, au risque d’en oublier. Une meilleure option me semble de distribuer des aides de manière assez large, quitte à en reprendre une partie après coup par l’outil de l’impôt sur le revenu. Cette approche permet de s’assurer que tous ceux qui ont besoin des aides en bénéficient, et que ceux qui n’en ont pas besoin les reversent en impôt par la suite. C’est très simple à faire en ajustant les seuils du barème de l’impôt. Aux Etats-Unis ou au Canada, des « stimulus checks » ont été distribués assez largement, permettant de soutenir assez efficacement l’activité économique. De telles mesures devraient être envisagées en Europe.

S’agissant du financement, la meilleure option serait de mettre à contribution la politique monétaire. Son rôle est de soutenir le niveau des prix, et elle n’y parvient pas par ses leviers habituels. Distribuer de l’argent à ceux qui ont besoin de consommer est de loin le meilleur moyen pour elle de remplir sa mission. Le niveau d’inflation dans les pays qui ont distribué des stimulus checks est de fait plus élevé qu’en Europe, où nous sommes proches de la déflation. En termes de financement, on peut tout-à-fait envisager une ligne de crédit à maturité illimitée et taux nul ouverte à proportion du PIB ouverte par la BCE pour les pays européens pour financer un chèque dans tous les pays. A dire vrai, on pourrait même d’ailleurs envisager une émission monétaire sans contrepartie, mais je ne pense pas que la BCE ne soit encore prête à cela.

Comment favoriser le retour à l’emploi des millions de Français en chômage partiel ?

Philippe Crevel : La crise sanitaire accélère la mutation de l’économie. La digitalisation était déjà en cours mais elle se réalisait assez lentement, surtout en France. L’épidémie a provoqué un changement de rythme. Il en est de même avec la transition énergétique. Avant sa survenue, la France allait entrée en récession. Là encore, le virus a provoqué un changement de braquet mais non de direction. Notre économie était dans une impasse. Les faiblesses de la France sont connues : trop d’emplois sous-qualifiés, une population active mal ou peu formée, une industrie vieillissante qui manque d’ingénieurs, une croissance exagérée des services domestiques et de l’immobilier. Dans les prochains mois, plusieurs secteurs seront contraints de profondément s’adapter, le secteur financier, l’automobile, l’aéronautique, la grande distribution. Autant de menace pour l’emploi, autant de défis à relever. Certains voudront tout anesthésier au risque de voir des pans entiers de notre économie s’effondrer ; d’autres privilégieront une démarche plus pro-active. En Allemagne, lors de la crise financière, les entreprises avaient opté pour le chômage partiel mais aussi sur la formation pour permettre la reconversion de leurs salariés. Ainsi, l’entreprise Trumpf spécialisée dans la machine-outil à découpe laser a formé ses salariés pour fabriquer des tables d’opération pour hôpitaux ultra-modernes. Aujourd’hui, ce marché est en plein essor….

François-Xavier Oliveau : A budget constant, on peut tout-à-fait imaginer de substituer une partie des dispositifs de chômage partiel par la distribution de « stimulus checks » cumulable avec des activités professionnelles. Maintenir une incitation marginale à l’emploi est essentiel pour éviter les trappes à la reprise d’activité. Après, la reprise du travail dépendra fondamentalement de la reprise de l’économie.

Le nombre de crédits à la consommation a explosé. Comment éviter une vague de surendettement ? 

Philippe Crevel : L’association de défense des consommateurs UFC a, mercredi 16 décembre, rendu publique une étude selon laquelle un nombre croissant de Français serait dans l’incapacité de faire face à leurs échéances de crédits à la consommation. Ces derniers seraient en très forte hausse selon cette association. Les statistiques de la Banque de France ne confirment pas totalement le pessimisme de l’UFC. Si depuis la fin du premier confinement, une hausse est constatée, l’encours de crédits a tout juste retrouvé au mois d’octobre son niveau du mois de février. Avec 190 milliards d’euros d’encours de crédits à la consommation, la France est en-dessous de la moyenne européenne. 

Cercle de l’Epargne – données Banque de France

 

Depuis le mois de mai, l’encours a progressé de 6,2 milliards d’euros quand il avait baisse de 7,3 milliards d’euros durant le premier confinement.

Cercle de l’Epargne – données Banque de France

 

Avec près de 81 000 nouvelles situations de surendettement, le nombre de primodépôts est au plus bas depuis la fin des années 1990, après huit années de recul. Le fait marquant est cependant la forte réduction des redépôts lors des deux dernières années (en baisse d’environ 23 000 en 2018 et 2019, soit ‑ 27 % par rapport à 2017). Le nombre total de dossiers déposés s’est établi à 143 000, en baisse de 38 % sur 5 ans.

Le surendettement est en baisse constante depuis huit ans. Cette évolution est la conséquence de la loi Châtel qui a renforcé les conditions d’accès au crédit et le pouvoir de contrôle. 143 000 dossiers de surendettement, en 2019, ont été adressés à la Banque de France dont 81 000 nouveaux et 23 000 redépôts. En cinq ans, le nombre de dossiers déposé  abaissé de 38 %. Près d’un ménage surendetté sur quatre n’a aucun crédit à la consommation.

Le surendettement concerne essentiellement les familles monoparentales et les personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté. 20,9 % des ménages surendettés sont des familles monoparentales, tandis que celles-ci représentent 9,3 % des ménages résidant en France. Les femmes représentent 55 % des personnes surendettées. Près de 56 % des personnes surendettées vivent dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté (ce qui est le cas de 14,1 % des résidents français). Concernant les crédits à la consommation, l’endettement médian s’élève à 12 684 euros. La part des dettes à la consommation dans la dette globale des ménages surendettés a baissé de plus de 21 points depuis 2011, passant de plus de 58 % à moins de 37 % du total.

François-Xavier Oliveau : Aux Etats-Unis, une partie des « stimulus checks » ont été utilisés pour désendetter les ménages. L’outil a prouvé qu’il pouvait aussi être très utile à cet effet.

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