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On compte aujourd’hui plus de deux millions d’expatriés français dans le monde.
On compte aujourd’hui plus de deux millions d’expatriés français dans le monde.
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Bonnes feuilles

Expatriés : mais pourquoi fuient-ils ce pays béni qu'est la France ?

On compte aujourd’hui plus de deux millions d’expatriés français dans le monde. André Bercoff et Deborah Kulbach ont choisi de leur donner la parole pour mieux saisir leurs motivations. Et l’inventaire est lourd. Extrait de "Je suis venu te dire que je m’en vais" (2/2).

Ici, le lecteur excédé va se demander si nous ne faisons pas partie de l’anti-France à jouer ainsi les oiseaux de mauvais augure, les Cassandre ronchonnes et aigries, qui n’ont en tête que la volonté perverse de noircir ce pays aux verts bocages, aux belles montagnes, aux sublimes cathédrales, aux manoirs étincelants et aux 400 variétés de fromages. Loin de nous l’idée d’oublier que la France demeure la cinquième puissance du monde, que les touristes du monde entier s’y pressent pour l’art de vivre, la beauté des monuments, la qualité de sa cuisine et l’excellence de ses vins, sans parler d’une vie culturelle qui reste, malgré les coassements négatifs, aussi variée que dynamique.

Là, justement, réside le point central de l’ouvrage. Ce pays béni, loin du joug des dictatures et de la pauvreté d’une bonne moitié de la planète, loin des tsunamis et des ouragans, des guerres chimiques et des massacres religieux ou communautaires ; ce pays qui fait encore rêver des Africains continuant d’y arriver en masse, des Européens de l’Est avides de respirer l’air de la liberté, des nouveaux riches des pays émergents voulant s’acheter un art de vivre, de s’habiller, de se meubler, de consommer ; ce pays où l’on peut se soigner, étudier, se reproduire quasi gratuitement, voilà donc que des centaines de milliers de citoyens ne pensent désormais qu’à le quitter. système ne fonctionne plus. Au début, on a cru qu’il était en panne, mais on s’aperçoit depuis quelque temps qu’en fait, il dissimule une France à trois vitesses. La première est au service des riches, de l’élite et des protégés du tout État ; la deuxième accueille avec beaucoup de générosité les primo-arrivants voire les immigrés clandestins, une population qui ne cesse de grandir et à laquelle elle prodigue les soins, les facilités et les allocations nécessaires ; quant à la troisième vitesse, celle qui devrait s’occuper de la classe moyenne, des petits agriculteurs aux commerçants et artisans, des employés aux travailleurs précaires, des déclassés aux chômeurs, celle-là ne fonctionne pratiquement plus. De temps en temps, on met du baume sur les plaies à coups de grandes proclamations sur le retour à l’emploi, la hausse du pouvoir d’achat et autres chants du coq qui se transforment, la nuit tombée, en chant du cygne.

Ce territoire de la misère et de l’insécurité, de la confrontation silencieuse entre la population qui vient et celle qui part, fait partie de la zone d’ombre, de la terra incognita de l’expatriation. Officiellement, le problème n’existe pas, personne n’abordera la question sulfureuse d’un éventuel remplacement de population, sauf à passer pour un fieffé réactionnaire, un raciste à peine honteux, qui mérite de finir dans les poubelles de l’Histoire, comme au bon vieux temps. L’on peut effectivement estimer que ces considérations n’entrent en rien dans les motivations de ceux qui partent. Mais il suffit de parcourir le monde de Twitter, de Facebook et des blogs pour constater que sous le silence des médias bruissent des préoccupations qu’il faut arrêter de balayer d’un revers de main sous prétexte qu’elles seraient de mauvais goût. La position de l’autruche n’a jamais fait disparaître le principe de réalité. Par exemple, ceci, sur le site du Point.fr :

« Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre (ou aveugle pour celui qui ne veut pas voir). On s’en apercevra dans dix ans, bien trop tard. Il est vrai qu’un pays (Canada ou Australie par exemple) qui accueille en priorité des gens jeunes avec un bon bagage technique et/ou intellectuel est raciste puisqu’il pratique la ségrégation. À l’inverse de la France, nation noble et généreuse, qui accueille en son sein tous ceux qui souffrent de par le monde. Pour des jeunes, ce n’est pas l’exil fiscal, mais le mode de vie “l’esprit français”. Le réveil sera brutal. »

« La France est un pays irréformable du point de vue de l’insécurité. New York était la ville de la violence, des dealers, de la prostitution et des zones de non-droit. Avec la stratégie de la tolérance zéro, la Grosse Pomme est devenue en moins de quinze ans l’une des villes les plus sûres du monde. Impossible de faire ça chez nous. Toutes les associations porteront plainte. Le pays est plombé pour les vingt prochaines années. Essayez d’agir contre la délinquance qui règne aujourd’hui partout, vous serez immédiatement poursuivi pour stigmatisation et discrimination. Un certain laxisme tue la France, de même que la fossilisation du marché du travail anéantit son économie. »

« Il y a un aspect du problème que je connais bien vu que j’ai des amis qui ont quitté le pays pour l’Asie. Ils ne voulaient tout simplement plus vivre dans une ville où, après 21 heures, on a même peur de prendre le métro. »

« Il serait grand temps que la police puisse faire son travail sans que la justice remette immédiatement en liberté les délinquants qu’elle arrête. »

Cette volonté de quitter la France pour des motifs qui n’auraient rien à voir avec la carrière, la volonté de s’enrichir et d’obtenir de meilleures conditions de vie, l’attrait de l’aventure ou de la nouveauté, mais qui serait liée à l’insécurité, à la frustration du « deux poids deux mesures » et d’un certain choc des cultures, nous l’avons ressentie à plusieurs reprises. Des personnes de tous âges, à un moment donné de l’entretien, sortaient de leurs gonds en commençant chaque fois par cette phrase : « Et puis, à part toutes les raisons que je vous ai dites, il y en a une qui est là mais surtout ne me citez pas parce que je n’ai pas envie d’avoir des ennuis… » Et l’on partait sur l’immigration non contrôlée, les immeubles où l’on rentrait la peur au ventre, et puis des histoires d’enfants à l’école, et puis les quartiers où l’on ne se sentait plus chez soi, et la parole devenait plus rapide, plus forte, plus scandée : ces personnes ne comprenaient pas pourquoi le discours dominant, dans les médias et ailleurs, prenait les bourreaux pour des victimes et les victimes pour des bourreaux. Pourquoi on passait tout aux délinquants dans une culture de l’excuse où ils avaient le droit de tout faire parce qu’ils appartenaient à un environnement défavorisé, alors que le petit Français moyen avait juste le droit de se faire insulter et casser la gueule tout en la fermant. N’en déplaise aux tenants du politiquement correct et de l’autocensure considérée comme vertu, nous avons trop entendu, durant notre enquête, ces arguments pour les passer par pertes et profits.

Extrait de "Je suis venu te dire que je m’en vais",  André Bercoff et Deborah Kulbach, (Michalon Editions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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