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"Ce n'est pas pour une question d'argent que certains patrons vont partir, c'est parce qu' ils ne supportent plus l'hostilité qui plombe leur quotidien."
"Ce n'est pas pour une question d'argent que certains patrons vont partir, c'est  parce qu' ils ne supportent plus l'hostilité qui plombe leur quotidien."
©Flickr/Victor1558

Mauvaises cibles

Exil de patrons : arrêtons le massacre !

Le PDG de Pixmania a estimé sur BFM que le climat, en France, "est hostile à l'entreprise et à la richesse". Il fait partie de ces dizaines d'entrepreneurs à succès qui menacent de partir, lassés d'être pointés du doigt dans un pays qui méprise la réussite.

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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" Tu me manques de respect", menace le caïd de banlieue sans bien savoir ce qu'il met sous ce terme... Eh bien, les chefs d'entreprises aujourd'hui sont tous des écorchés vifs, ils ressentent cette irritation montante, cette grogne qui les met hors d'eux sans qu'ils puissent l'exprimer ou la résumer d'un mot, alignant les griefs, multipliant les exemples de maltraitance ou de harcèlements administratif et fiscaux qui vont de l'insignifiant au ridicule ; outrés des discours politiques qu'ils entendent. Outragés, ils dénoncent le symbolique, l'injuste, le découragement qui les submergent.

Mal aimés, ce sont les mal aimés. Le feu couve depuis longtemps. Déjà sous la droite, rien n'était fait pour les valoriser, pour les encourager, les hommes politique, en off, ne tarissaient pas de compassion et d'amitié, mais impossible de les soutenir réellement dans les médias, sauf bien sûr les petits, les obscurs, ceux qui sont en détresse. Bienvenue au pays où il faut faire pitié, mais certainement pas envie.

Gagner au loto vous vaut les félicitations de la collectivité, mais introduire en bourse une boite qu'on a montée, c'est être regardé comme un quasi délinquant. Allons nous faire coter ailleurs, puisque la bourse est un gros mot !

Les médias soutiennent le mouvement anti entrepreneurial avec ferveur : une fermeture d'usine en "Une" c'est bon, du harcèlement, le stress au travail, ça c'est de l'info ! Mais qui veut entendre parler du positif, du quotidien, du plaisir de bosser, des salariés qui aiment leur boite, du succès, de la réussite de uns et des autres ? Ca n'intéresse personne. D'ailleurs les journalistes sont les premiers à vous le dire naïvement : ils le regrettent mais il faut vendre, il faut de l'audience, on ne parle pas des trains qui arrivent à l'heure.

Et de fil en aiguille l'engrenage infernal s'est créé. On a convaincu les Français que le vrai sujet, c'est la souffrance au travail. On publie tous les jours des livres sur le sujet. Il est a noter toutefois que le chômage, c'est pire, mais que de toute façon ce sont les patrons les responsables quoiqu'ils fassent : qu'ils recrutent (discrimination) ou qu'ils licencient ( pour garder l'argent pour eux).

La rentabilité est une machine infernale de l'exploitation de l'homme par l'homme... et ne parlons pas de la productivité ! Le fric est méprisable, sauf pour ceux qui n'en ont pas et pour lesquels "il faut le prendre là où il est", suivez mon regard ! Une formule qui a fait ses preuves pendant la campagne électorale, assénée avec une vigueur révolutionnaire. Et devinez : les patrons se sont sentis visés ! Oui, les patrons, les entrepreneurs, les chefs d'entreprises, les commerçants , les artisans, les professions libérales, les petits, les gros, tous, tous ceux qui "gagnent" leur vie et s'octroient un salaire qu'ils ont produit eux-mêmes. En d'autres termes, ceux qui ne sont pas salariés, fiers au passage d'une indépendance qui leur coûte cher en prise de risque, en incertitude, en engagement. Suspects d'être plus riches que les autres, de dissimuler, de frauder, bien sûr. "La France est un pays où l'on plante des impôts et où l'on récolte des fonctionnaires", ricanait déjà Courteline ! C'est devenu un fléau national que cette confusion du socialisme avec la haine du nanti, d'où que vienne son bien ; seul l'Etat est infaillible et juste. L'opinion publique bercée sans cesse par ces couplets mediatico-politiques est convaincue, la lutte des classes est plus présente que jamais, on a reconstitué un clivage rassurant .

L'impôt est avant tout une punition républicaine et une redistribution légitime pour que, surtout, on ne puisse pas s'enrichir à l'excès ; cherchez l'erreur.*

Vous avez dit croissance ? Mais croissance de qui ? Où ? Quand ? Comment ? Salauds de riches, salauds de patrons. Et vous voudriez qu'ils créent des emplois ? Pour ne retirer aucun bénéfice, aucune gratification dans leur pays de leur contribution à cette fameuse croissance ? Rester en France, créer en France , se développer en France ? Pour tous les jours guetter une nouvelle taxe, une nouvelle opprobre, une nouvelle menace , une nouvelle contrainte ? Oui, pas de bénéfices, car les bénéfices ne sont pas seulement financiers, ils s'accompagnent de fierté, de reconnaissance des leurs, de patriotisme, de l'admiration de la vox populi et de ceux qui nous gouvernent, du respect des administrations... Parlons- en tiens, de ces contrôles désespérants et hostiles, interminables, suspicieux  pendant lesquels l'agent de l'administration ne veut pas chercher l'erreur mais la trouver. Ces corps administratifs qui nous contrôlent et qui n'ont eux aucun contre pouvoir à leurs conclusions. Tout cela dans un univers législatif  Kafkaïen, fait pour que nous ne  soyons jamais en règle totalement face à des montagnes de réglementations absconses qui décourageraient n'importe quel citoyen sain d'esprit de se lancer dans l'aventure entrepreneuriale .

On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre, et la France est en train de sombrer dans un  misérabilisme fait de méfiance par rapport à la réussite scolaire, entrepreneuriale, ou autre. Un chef d'entreprise n'est pas tout à fait normal, sinon il ferait autre chose, alors fichez-leur la paix, arrêtez de les pister, de les encadrer stupidement, de les montrer du doigt, de les poursuivre, de les dénoncer, de les empêcher de gagner et ce n 'est pas parce qu'une dizaine d'entre eux sont très très cher payés qu'il faut les spolier tous .

Et ce n'est pas pour une question d'argent que certains vont partir, c'est  parce qu' ils ne supportent plus l'hostilité qui plombe leur quotidien. Et ils vont partir, ils commencent à le dire, à  se révolter, à se préparer... et surtout s'ils ont un projet, et qu' en plus ils sont jeunes, ce n'est pas en France qu'ils le réaliseront  et tous les crédits impôts recherche du monde ne les retiendront pas.

Les patrons s'asphyxient du manque d'enthousiasme, de compréhension de leur métier et de l'environnement poussif qui leur est réservé. Arrêtons le massacre !

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