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Eva Joly se rend-elle compte 
qu'elle est l'idiote utile 
du succès de Marine Le Pen ?
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Indignation à géométrie variable

Eva Joly se rend-elle compte qu'elle est l'idiote utile du succès de Marine Le Pen ?

Eva Joly a déclaré au soir du premier tour : "Les apprentis sorciers de l’identité nationale, à force de discours de haine ont permis à Marine le Pen de faire son meilleur score à l’élection présidentielle". Mais les électeurs du Front sont-ils ceux de la haine ou simplement des Français en quête de leur identité ?

André Bercoff,Ivan Rioufol

André Bercoff,Ivan Rioufol

André Bercoff est journaliste et écrivain. Il l'auteur de La chasse au Sarko (Rocher, 2011), et plus récemment Qui choisir (First editions, 2012)

Ivan Rioufol est essayiste et éditorialiste au Figaro. Il tient quotidiennement le blog Liberté d'expression.

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Atlantico : Eva Joly a déclaré au soir du premier tour : "Les apprentis sorciers de l’identité nationale à force de discours de haine ont permis à Marine le Pen de faire son meilleur score à l’élection présidentielle". A-t-elle raison dans son diagnostic ?

André Bercoff : Il faudrait commencer par balayer devant sa porte… et se poser de sérieuses questions concernant les autruches nationales, les apprentis sorciers de l’aveuglement et de la surdité. Ceux-là qui prétendent qu’il n’y a pas de problème d’identité, pas de problème de culture, de communautarisme, de civilisation. "Circulez, il n’y a rien à voir !", disent-ils.

Si j'étais Marine Le Pen, j’enverrais des fleurs tous les jours à Eva Joly et à ceux qui tiennent des discours similaires. Car c’est justement grâce à cette surdité et cette bonne conscience aveugle, grâce à ceux que Lénine appelait les « idiots utiles », que Marine Le Pen progresse autant.

Eva Joly recherche sujet désespérément. Elle ne sait plus où aller. Elle parlait de jours fériés pour juifs et musulmans en début de campagne puis là, on revient aux fondamentaux : attiser les haines. La question que devraient se poser ces autruches c’est pourquoi Marine Le Pen fait 18% pendant qu’eux en font 2% ?

Le vrai problème c’est l’indignation à géométrie variable. Je veux bien que l’on s’indigne, et qu’on soit anti-raciste ; je le suis d’ailleurs. Mais alors, que l’on soit anti-raciste sur tous les plans ! Il faut que la Ligue des droits de l’homme ne soit pas la "Ligue de certains hommes". On doit s’indigner sur le sort des clandestins et de certains immigrés, mais on devrait aussi pouvoir s’indigner sur la condition de la bonne femme qui s’est fait arracher son sac, et qui n’ose plus rentrer chez elle. Aujourd'hui, dire cela c'est passer pour un facho ! C'est ça qui est stupide. 

Ivan Rioufol : La phrase d'Eva Joly est la meilleure démonstration de l’aveuglement collectif qu'on connait depuis longtemps à travers les positions convenues. Je trouve ces propos imbéciles, mais c’est usuel dans le discours commun. Cela revient à dire qu’on refuse de se confronter aux faits et que ce que décrit Marine le Pen est un fantasme. On est dans le déni, c’est une très vielle posture. Cela fait 30 ans qu’on est dans cette position-là...

Nous sommes confrontés à deux crises : une crise économique d’une part, et une crise de la cohésion nationale à laquelle on ne veut pas réfléchir d’autre part. De mon point de vue elle est beaucoup plus importante que la crise économique qui se règlera techniquement. La crise de la cohésion nationale est posée par deux sujets tabous que sont l’immigration et l’islam radical.

Tant que ce ton politiquement correct s’imposera dans les médias, il y aura toujours Eva Joly qui récitera sa leçon. La faute à la pensée dominante qui interdit de se confronter aux réalités. A partir du moment où l’on ne s’adresse pas à cette France, de la classe moyenne, que le sarkozysme ne découvre que trop tard, celle-ci se réfugie malheureusement vers des classes politiques qui auront au moins l’intelligence de l'écouter. Il y a un grand gâchis à laisser au FN le soin d’être le porte-parole de cette France-là. Alors que ce que dit cette dernière est tout à fait admissible. Ça n’a rien de déshonorant d'affirmer sa volonté de maitriser son destin et préserver son mode de vie et son identité. Le Président sortant s’est enfin résolu à comprendre ce que voulait dire ce peuple-là en disant que « le souci de nos compatriotes était de préserver leur mode de vie qui est la question centrale de cette élection ». Effectivement, et ce n’est pas être fasciste ou extrémiste que de dire cela.

On aurait pu croire le candidat du Front de Gauche ait pu capter cet électorat. Seulement, le problème de Jean-Luc Mélenchon est qu’il n’a voulu voir qu’une partie de la crise. Il s’est largement penché sur la crise sociale et économique qui suscite des souffrances mais a omis cette crise identitaire, cette crise du vivre ensemble. Ces petits blancs qui vivent dans des relégations et qui parfois sont obligés de céder la place à un nouveau  peuple. Jean-Luc Mélenchon a fait le discours inverse en disant qu’il fallait accentuer cette communautarisation.

Il a séduit l’électorat des cités mais pas l’électorat populaire traditionnel. Il est intéressant de voir que tous les candidats qui comme François Bayrou n’ont pas voulu aborder ce problème identitaire, ou comme Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly ont voulu flatter ce communautarisme musulman, ont été sanctionnés dans les urnes. Cette élection démontre à ceux qui ne voulaient pas l’entendre, notamment les commentateurs et les sondeurs, que l’immigration et l’islam radical intéressent les Français. Ces deux thèmes portent Marine le Pen et signent l’échec de ceux qui niaient ces réalités-là.  Comme je le dis souvent, les réalités sont plus fortes que les idéologies.

Peut-on parlerà propos de la perception du FN, d'une fracture géographique entre Paris et les grandes agglomérations, et la province  ?

André Bercoff : Je ne sais pas s’il faut parler de fracture géographique ou d’une fracture culturelle ou identitaire. Je m'interroge. Effectivement, François Hollande est majoritaire à Paris et Marseille et en zones périurbaines. Mais je pense que la fracture est surtout culturelle et identitaire, non pas entre immigrés et Français, ou entre "ethnies" différentes, mais il s’agit d’un choc des visions concernant ce qui est choquant ou pas. Selon moi, s’il n’y a plus de porc dans certaines cantines françaises, il y a quelque chose de gênant voire choquant. Je veux bien que les gens qui mangent halal et casher aient totalement ce droit mais je croyais que la République française était d’abord laïque et je ne comprends pas qu’on se soit battu pendant deux siècles contre les curés pour se coucher devant les imams et les rabbins.

J'ai préfacé le livre L’apéro saucisson-pinard à l'invitation des mouvements Riposte Laïque et du bloc identitaire. Même si je ne me sens pas proche de leurs idées, ils représentent des secteurs d’opinion, et en tant que journaliste et écrivain, il m’intéressait de les entendre. Cela m'a été reproché avec virulence sur le plateau de Laurent Ruquier : Audrey Pulvar m'a demandé "Comment pouvez-vous mettre votre notoriété au service de ces groupes ?" Mais qu’ont-ils fait ? Ont-ils tué ou assassiné ? Ce ne sont pas des nazis. Il y a tant d'amalgames qui sont faits par cette police de la pensée ! Audrey Pulvar, ce soir là, a quitté son rôle de journaliste pour devenir une commissaire politique. C'est sans doute anecdotique mais typique d’une certaine manière de voir la réalité, je dirais même qu’il s’agit d’un déni de réalité.


Le clash Pulvar/Bercoff lors de l'émission "On n'est pas couché"

Tous les gens qui votent Marine le Pen ne sont pas Lepénistes au sens traditionnel du terme. Au second tour, deux choses se jouent : il y a ce problème de l’identité, de l’art de vivre à la française que le monde politico-médiatique a tendance à négliger. Je ne crois pas être réactionnaire en disant qu’on doit considérer cette dimension civilisationelle. Et de l’autre côté l’économie : la dette, l’Europe, les marchés… Tant qu’on est endetté, on est à la merci des marchés. Quel que soit le nouveau Président, "les terrifiants pépins de la réalité" sont là, comme disait Prévert. Qui va tenir le cap sur ces deux problèmes là ? Cela va être extrêmement difficile pour Nicolas Sarkozy, mais rien n’est joué.

Ivan Rioufol : Michel Maffesoli a cette phrase qui me plaît beaucoup et qui illustre parfaitement la fracture dont souffre la France « la parole publique n’est pas la parole publiée ». En effet, l’opinion, la parole publique, la parole de la société civile n’est pas la parole des médias, ni celles des hommes politiques. Et s’il y a une crise de conscience dans le monde politique, il y en a aussi une dans la vie médiatique. Les médias ne sont plus, depuis très longtemps, l’écho – si ce n’est très partiel - de ce que pense la France silencieuse, la France des invisibles. Et nous vivons naturellement avec cette grande coupure là : ce sont les médias qui ont des problèmes de perceptions.

Tout le monde médiatique nous annonçait une percée de Jean-Luc Mélenchon. On l’annonçait hier encore dans les premiers sondages à 17 ou 18 %. Il y a des instrumentalisations médiatiques qui ne correspondent pas à la réalité du terrain.

Je pense qu’aujourd’hui on découvre petit à petit que l’opinion publique et les réalités françaises ne sont pas conformes à ce qui en est donné par le discours convenu, notamment par cette caricature faite par Eva Joly - qui lui a valu de récolter 2 %. C’est le côté réjouissant de cette élection !

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