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Frontex doit se doter ce lundi 2 décembre d’un système appelé Eurosur.
Frontex doit se doter ce lundi 2 décembre d’un système appelé Eurosur.
©Reuters

Porosité

Eurosur : l'UE se donne-t-elle vraiment les moyens de lutter contre l'immigration clandestine ?

Afin de mieux coordonner le contrôle de la frontière commune européenne entre les États, et notamment les patrouilles maritimes, l'agence européenne pour les frontières (Frontex) se dote ce lundi du système Eurosur.

Atlantico : Frontex, l’agence européenne pour les frontières, doit se doter ce lundi 2 décembre d’un système appelé Eurosur, dont la mission est d’améliorer la coordination de la surveillance des frontières extérieures. Plus précisément, en quoi consiste-t-il ?

Maxime Tandonnet : Eurosur est un dispositif sophistiqué d’échange en temps réel des informations concernant l’immigration illégale entre les États de "l’espace Schengen", qui interviendra en complément de Frontex, installé à Varsovie. L’objectif de ce dernier est de coordonner le contrôle de la frontière commune par les autorités nationales, d’organiser des patrouilles maritimes et des reconduites à la frontière groupées de migrants en situation irrégulière.

A raison de 70 000 clandestins arrêtés en 2012,quels résultats peut-on attendre de ce dispositif ?

Il est impossible d’en quantifier l’impact, mais dans la logique de l’espace Schengen, la responsabilité du contrôle de la frontière incombe à chaque État membre, par exemple Roissy pour la France, les frontières terrestres pour la Pologne, les côtes pour l’Italie, l’Espagne et la Grèce. Dès lors, l’échange d’information et la coordination des actions entre les autorités nationales sont des nécessités vitales.

Ces deux dernières années l’agence Frontex a accordé 136 millions d’euros à l’Italie, 89 millions à la Grèce et 35 millions à Malte, au titre de la gestion des frontières. L’action menée par ces pays est-elle efficiente au regard des fonds alloués ? Pourquoi ?

Ce n’est pas seulement une affaire de crédits. Ces sommes servent à organiser des patrouilles maritimes et à assurer la réception des migrants. Les côtes italiennes et grecques, avec une myriade d’îles, sont extrêmement difficiles à contrôler. Les réussites en matière de lutte contre l’immigration illégale existent et doivent servir d’exemples, par exemple l’Espagne a considérablement réduit les arrivées massives de migrants des côtes sénégalaises dans les îles Canaries, en 2006-2007, en ouvrant un dialogue avec le Sénégal, en organisant un contrôle conjoint avec ce pays des embarquements sur les plages. La coopération avec les pays sources ou de transit est à l’évidence la clé de la réussite. Pour lutter efficacement contre l’immigration illégale, il faut aussi négocier avec les pays source l’organisation de la mobilité et de l’immigration régulière, comme la France a commencé à le faire  de 2005 à 2012, à travers la signature d’une quinzaine "d’accords de gestion concertée de l’immigration".

Comment la lutte contre l’immigration illégale s’organise-t-elle entre l'espace de l'UE et l'espace Schengen ?

La distinction entre les deux a perdu de sa pertinence. Ce qu’on appelle la coopération Schengen, depuis les traités d’Amsterdam et de Lisbonne, est totalement imbriquée dans les politique de l’Union européenne, sauf que l’Irlande, le Royaume Uni n’y participent pas, la Roumanie, la Bulgarie et la Croatie pas encore, et que d’autres pays y sont associés comme la Suisse, la Norvège et l’Islande. Sur le plan des institutions, du droit, des politiques, il n’y a plus vraiment de différence.

Les États membres restant seuls maîtres du contrôle de leurs frontières, et n’ayant pas forcément la même approche sur la question de l’immigration, cela empêche-t-il de mener une action cohérente ? Les États sont-ils eux-mêmes désireux de se mettre d’accord ?

Dès lors que les contrôles aux frontières internes, entre les États de l’espace Schengen (la France et l’Italie) ont été supprimés, il est indispensable de s’entendre sur les bases d’une politique commune. Un pays qui régularise des migrants en situation illégale, dans un espace sans contrôles aux frontières, régularise, à terme, pour tous les pays de l’espace commun. C’était l’objectif du pacte européen pour l’asile et l’immigration, initié par la France et signé par tous les États européens lors de la présidence française de l’Union européenne au second semestre de 2008, interdisant les régularisations "générales". Dans la réalité, au-delà des proclamations de solidarité et actes de foi européens, il faut bien voir que ce sont les intérêts des États qui l’emportent dès qu’une difficulté apparaît. Peut-il en être autrement ? Les gouvernements sont responsables devant leurs opinions publiques. On a toujours le droit de rêver mais dans la configuration actuelle de l’Europe, l’expérience montre que ce sont avant tout les considérations nationales qui prédominent, ce qui  n’empêche pas de coopérer et de développer des solidarités.

La création d'une brigade européenne est-elle illusoire ? Une exception au principe de souveraineté territoriale pourrait-elle être soulevée ?

On en parle depuis vingt ans. Cette idée de police européenne des frontières me semble utopique. Comment contrôler depuis Bruxelles les centaines de milliers de kilomètres de frontière de l’Union européenne ? Il faudrait créer une bureaucratie policière gigantesque. Je crois au contraire qu’il faut mettre l’accent sur la responsabilité de chaque État dans le contrôle de la frontière européenne. Ce n’est même pas une question de principe de souveraineté ou autre, mais de simple bon sens et de réalisme.

Propos recueillis par Gilles Boutin

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