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L’issue des législatives en Grèce ajoute une lourde incertitude sur l’avenir de la zone euro.
L’issue des législatives en Grèce ajoute une lourde incertitude sur l’avenir de la zone euro.
©Reuters

Docteur maboul ...

Mauvais traitements : L'Europe, un médecin fou bien parti pour tuer son patient grec ?

L’issue des législatives en Grèce ajoute une lourde incertitude sur l’avenir de la zone euro. Si les efforts préconisés par la Commission, le FMI et la BCE sont irréalistes, les solutions économiques subsistent. Et ce sans recourir nullement à un budget fédéral européen ou aux euro-obligations, mais en sollicitant utilement la BCE.

Jean-Luc Schaffhauser

Jean-Luc Schaffhauser

Jean-Luc Schaffhauser, Consultant international est Président de l’Académie européenne, ancien Délégué Général du Fonds Capec, Secrétaire Général du Forum démocratique qui vient de de se constituer en France et qui regroupe des intellectuels de gauche et de droite ainsi que des responsables de la société civile.

Il est également député européen du Rassemblement bleu Marine. 

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L’euro est à l’épreuve de la Grèce, mais c’est la Grèce et le peuple grec qui sont surtout et d’abord à l’épreuve de l’euro. Que dirait-on d’une médecine qui aggrave la maladie et qui finira sans doute par tuer le malade ? N’en rendrait-on pas responsable le médecin !

La Commission européenne a procédé à une erreur de diagnostic dès le début de la crise en Grèce. Il s’agissait d’une crise de solvabilité et non de liquidité. Il fallait, dès lors, aider la Grèce à produire plus de richesses et la rigueur, sans doute nécessaire, devait absolument s’accompagner d’une politique de croissance par l’offre. Il s’agissait alors de promouvoir des investissements rentables dans l’industrie, et les infrastructures de développement pour mieux satisfaire la demande intérieure et exporter plus.

L’Europe a persévéré dans l’erreur, traitant des effets et non des causes, elle a multiplié les faux remèdes. La thérapie fut erronée car elle consista à casser le marché intérieur des pays en difficulté et donc leur demande intérieure sur laquelle repose, avant tout, toute production nationale. En régime de monnaie unique, la variable d’ajustement est uniquement la baisse des salaires si on ne raisonne pas aussi en offre plus productive et donc en investissement de croissance. Rien n’empêchait pourtant, dans le cadre des structures actuelles, la canalisation de l’épargne du Nord vers le Sud de manière rentable et productive en se dotant, si nécessaire, d’une Agence ad-hoc d’investissement et en utilisant, à bon escient, le marché unique de l’épargne pour promouvoir des projets rentables garantis, si nécessaire, par des produits financiers adaptés. Il s’agissait même d’une bonne utilisation des facteurs du marché unique.

L’Europe veut nous faire croire à tort, que seul le fédéralisme, à construire, serait un remède à l’actuelle situation de Crise. Il faudrait construire ce fédéralisme qui prendra des années, si jamais il devait d’ailleurs se faire car les peuples consultés n’en veulent pas, pour répondre à une crise dont l’issue pour l’euro se jouera dans les semaines à venir, ou tout au plus dans les mois à venir. Il s’agit ainsi de transformer un pouvoir irresponsable en pouvoir responsable en lui donnant encore plus de pouvoir… Suivez le raisonnement !

En outre, constatons que les pays qui ont le plus bénéficié de subventions fédérales par les fonds structurels sont, les pays en difficultés : mais on n’est plus à une contradiction près, à la Commission européenne, car on est en dehors de toute analyse des faits pour poursuivre une idéologie fédérale européenne hors de son contexte de service des États et des Peuples !

Peut-on, dès lors, menacer de mort – en coupant la Grèce d’un nécessaire soutien européen – les Grecs qui refusent la mort, et celle de leur pays ?

  1. Les efforts demandés par la Commission, le FMI et la BCE sont irréalistes. Pour arriver à un phénomène non cumulatif de la dette publique, il fallait 8% d’excédent du budget public, soit un différentiel de 18% par rapport au déficit constaté et on demandait à la Grèce de le réaliser en 3 - 4 ans.  L’expérience économique montrait que jamais on n’avait pu rétablir les comptes aussi rapidement, surtout sans dévaluation ! On faisait semblant de croire que c’était possible par la rigueur mais chassez la réalité, elle revient au galop !
  2. Les politiques d’austérité créent des spirales dépressives. Autrement dit ce qu’on gagne en dépensant moins, on le perd par des recettes moins fortes avec la dépression et le chômage dans une spirale récessive et cumulative qui va jusqu’à l’explosion sociale.

    Récemment Jacques Sapir répète le même diagnostic - il avait contribué d’ailleurs à cette note du CAPEC - dans une note du 27 mai :

‘’Le plan d’austérité dicté par le Mémorandum signé entre ce pays et la « Troïka » (BCE, Union Européenne et FMI) a accéléré la contraction du PIB grec (-15,6% de 2008 à 2011) et provoqué des dommages sociaux extrêmement importants. Cette contraction devrait atteindre 6% pour 2012. La chute des recettes fiscales a accompagné cette contraction de l’économie, tandis que le poids de la dette, exprimé en pourcentage du PIB, augmentait mécaniquement ‘’.

La position d’Alexis Tsipras n’est pas si éloignée de celle d’Antonis Samaras dans les faits. La distinction est une question de positionnement politique, de tempo et de méthode : avant ou après les élections, changement unilatéral ou négocié, mais tous deux sont d’accord pour changer les conditions d’une politique économique, dont les fruits sont révélateurs des catastrophes présentes et encore à venir.

Il faut construire autour de ces positions une majorité politique en demandant :

  • Au Conseil européen un moratoire sur les intérêts de la dette pour au moins 7 ans, en prêtant à l’Etat grec au même taux qu’aux banques qui ont failli ;

    • La mise en place d’un programme d’investissement dans l’offre équivalent à 5 points de PIB - équivalent donc au déficit de la balance des paiements hors intérêts de la dette - pendant la durée de ce moratoire, soit 80 milliards pour cette durée.

Alors c’est technique, mais les équilibres économiques seront rétablis, et il n'y aura nullement besoin d'un budget fédéral européen, d'euro-obligations ou autre gadget cherchant à faire illusion, pour y parvenir.

Cette politique présente l’avantage de ne rien coûter, mais pour cela il faut sortir la "Ferrari du garage" (BCE). Comme le dit Joseph Leddet, il faut sortir la BCE de la seule politique en faveur des banques dans laquelle on l’a enfermée, pour en faire d’abord un instrument de relance de l’économie réelle et de développement économique au service de nos populations…


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Annexes

L’euro empêche toute dévaluation. Aussi, les disparités de compétitivité des économies nationales sont-elles accentuées et aggravées. Le Nord  et le Sud divergent désormais plus avec l’euro – après une période de convergence - qu’avec les monnaies nationales et les dévaluations compétitives qui rattrapaient les divergences en ayant aussi, il faut le dire, leurs inconvénients.

La raison en est que les pays du Sud qui avaient une base industrielle déjà faible subissent, sans dévaluation possible, l’avantage comparatif des pays du Nord qui disposent et disposaient déjà d’une industrie plus performante et plus haute en gamme. Cette différence dans la base industrielle, avec une main d’œuvre manufacturière plus forte en proportion et avec une montée en gamme des productions, permet d’augmenter les salaires, au Nord, en suivant la productivité.  Le salaire unitaire peut ainsi se maintenir c’est-à-dire le salaire réel peut augmenter sans qu’on ait une perte de compétitivité car le salaire suit les gains de productivité ; on peut même augmenter cette compétitivité en restant sous la productivité tout en maintenant les salaires. C’est la raison du succès allemand malgré des salaires élevés.

L’Allemagne prit ainsi des parts de marché en jouant d’avantages comparatifs qui ne peuvent être amputés par des dévaluations dans la zone euro. Cette politique est en partie liée à sa démographie – les vieux ne consommant que peu de produits manufacturés-  il lui fallait chercher la croissance à l’export. L’Allemagne qui fait 50% de son PIB à l’export fait aussi 85% de ses excédents commerciaux en Europe et plus de 60% dans la zone euro.
Le Sud n’a pas ses atouts ou des ‘’atouts’’ beaucoup plus faibles dans le tertiaire et la construction. Avec la monnaie unique, son avantage comparatif par des bas salaires va diminuant. La monnaie unique contribua, en effet, à harmoniser et homogénéiser les salaires : ne l’avait-on pas voulu pour cette raison ? Le Sud se désindustrialisa aussi plus rapidement en raison de la concurrences des émergents qui s’attaqua d’abord  aux industries bas de gamme ; cette concurrence industrielle se conjugua donc avec la concurrence des pays du Nord plus doués en industrie. Peux-t-on critiquer le Sud au en raison des ces logiques inhérentes aux situations économiques en raison des rattrapages très relatifs des salaires pour la Grèce ou le Portugal ?  

Certes le Sud  s’endettait pour consommer. Mais il s’agissant à la banque centrale, alors, d’intervenir. Elle eût pu augmenter les taux directeurs selon les pays ou tout au moins les réserves obligatoires ; par ailleurs, la Commission, quant à elle, pouvait promouvoir l’investissement industriel, pour produire plus sur place dans les pays en train de devenir structurellement déficitaires! La BCE ne sut pas gérer cette situation. Elle raisonna en zone euro prise dans sa globalité : un pied dans le four, l’autre dans le frigidaire, la température est, semble-t-il normale. Quant à la  Commission, elle n’analysa pas la nouvelle donne économique faute même d’indicateurs détaillés des divergences entre le Sud et le Nord. L’Allemagne, qui se réveille aujourd’hui en grand donneur de leçons, refusa de s’en mêler car elle profitait bien de cette situation ; ses banques prêtaient au Sud pour augmenter les excédents commerciaux du Nord.

L’erreur, s’il y a erreur dans une logique économique, se situe au niveau européen fédéral. Il fallait remédier à ces logiques de marché par une autre politique monétaire ainsi que par une autre conduite des échanges intérieurs et extérieurs. Mais ces politique ne sont plus de compétence nationale –  la monnaie et les échanges entre pays de la zone et les échanges externes sont de niveau européen. La responsabilité est donc bien au niveau de la BCE et de la Commission, sans doute aussi du côté de l’Ecofin pris sans sa globalité mais en tant que structure, pas au niveau des Etats.
Les Etats subirent ces logiques faute d’instruments délégués au niveau fédéral, ils utilisèrent certes la politique budgétaire et donc les déficits pour limiter les effets de l’appauvrissement réel des peuples consécutif à la perte de la base industrielle. Si on consomme plus, sans produire plus, on s’endette plus ! C’est sûr !

Il fallait corriger les faits ; il fallait aider le Sud à produire plus de richesses, autrement dit permettre des montants compensatoires momentanés – comme on l’avait fait pour la politique agricole - pour rétablir une base industrielle dans certains pays ou obliger les pays excédentaires de la zone euro à investir pour produire sur place et transmettre leur savoir-faire industriel, ce qui est, d’ailleurs plus sain et plus coopératif.  Mais cette politique n’est pas libérale, c’est une politique économique qui est contraire à l’idéologie de Bruxelles qui crut en  la perfection des marchés comme un croyant croit en Dieu. Tout devait aller pour le mieux à la condition de laisser faire le marché, avec moins d’État régulateur et protecteur sans qu’on rétablisse la protection  ou la régulation au niveau fédéral. Mais la monnaie unique est une construction politique qui demande des politiques économiques et que veut dire un marché coupé  des besoins individuels, sociaux  donc des politiques pour satisfaire ces besoins!
Constatons, enfin, par les chiffres ci-dessous les contre-vérités de beaucoup de commentateurs économiques. L’augmentation des salaires en Grèce est toute relative pour l’industrie, un Français gagne plus de deux fois plus qu’un Grec. On travaille plus en Grèce annuellement qu’en France ou en Allemagne. L’âge actuel de départ à la retraite est supérieur à celui de la France ou de l’Italie. Le taux d’imposition à 41% est dans la moyenne de la zone euro.

Arrêtons de penser que les Grecs seraient des fainéants car nous nous projetons sur les bords de la méditerranée  où nous aimons faire farniente …


Graphiques

 
 
 
 
 


 
 



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