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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le Président Obama.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le Président Obama.
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Rapports de force

Obama, Israël et les Juifs américains

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a été acclamé par le Congrès américain mardi après un discours sans concessions sur le processus de paix. Quelle sera la marge de manoeuvre pour le Président Obama s'il veut obtenir la paix dans la région ; tout en ménageant le « lobby juif » ?

André Kaspi

André Kaspi

André Kaspi, est agrégé d'histoire, spécialiste de l'histoire des États-Unis. Il a été professeur d'histoire de l'Amérique du Nord à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et directeur du Centre de recherches d'histoire nord-américaine (CRHNA). Il a présidé notamment le comité pour l'histoire du CNRS.

 

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Atlantico : Existe-t-il un lobby juif aux Etats-Unis ?

André Kaspi : Oui, il y en a même deux ! Il y a l'Aipac (American Israel Public Affairs Committee), un lobby israellien et il y a J Street qui est lui aussi pro-israelien, marqué à gauche. Mais précisons que la plupart des Juifs américains ne se retrouvent pas dans ces lobbies.

Aux Etats-unis, ce lobby juif est-il aussi puissant qu'on l'imagine ?

Les Juifs représentent 1,7 % de la population, soit de 5 à 7 millions sur 305 millions d'Américians. N'oublions pas que 300 millions ne sont pas Juifs ! Les USA ne sont pas plus aux mains des Juifs qu'aux mains des 5 millions de Noirs ou entre celles des 50 millions d'Hispaniques. De plus, leurs préoccupations ne sont pas 100% israéliennes ! Ils sont plus largement progressistes. On sait que 78% des Juifs américains ont voté Obama et qu'ils contribuent à financer les campagnes électorales. Les Juifs ont donc une influence mais qu'on ne doit pas surestimer. Par ailleurs, l'Etat d'Israël, est également soutenu à fond par les fondamentalistes et les évangéliques protestants !

Alors comment expliquer cette prudence des USA vis-à-vis d'Israël ?

Aux USA, il y a un très fort sentiment à l'égard d'Israel. Traditionnellement, les protestants sont très proches des Juifs. Les Américains reconnaissent que la seule démocratie de cette zone, c'est Israël. Les Américains se sentent proches d'eux par l'histoire car les pionniers israéliens évoquent les pionniers du XIXe siècle. Ajoutons qu'Israël est un allié qui se défend tout seul, sans exiger de soldats US. Israël a sa propre armée, c'est la cinquième puissance technologique du monde et les deux pays sont alliés depuis 1967.

Le président a pourtant des exigences fortes qu'il a exprimées au dernier congrès de l'Aipac...

Barack Obama a donné une explication à l'Aipac. Il a tout de même été correctement reçu, car il est aussi le président qui a éliminé Ben Laden et on compte sur lui pour dénucléariser l'Iran...

Quels rapports entretiennent Barack Obama et Benjamin Netanyahu ?

On ne peut pas dire que Obama ait une sympathie pour Netanyahu. L'un est de centre gauche et l'autre est plutôt à droite. Et au sein du congrès, le Premier ministre israélien a le support de certains démocrates et d'une partie des républicains...

Alors quelles sont les limites pour Obama s'il veut faire pression sur Israël sans renoncer au financement de sa campagne ?

Barack Obama connait les limites. Si dans l'immédiat les États-Unis reconnaissaient l'État palestinien, il dépasserait cette limite. Mais par prudence, le président américain avait exprimé le souhait que les frontières d'un éventuel État palestinien soient « sur la base » de la ligne d'armistice de 1949, effacée par la conquête militaire de 1967. Mais, en ajoutant très prudemment, qu'il fallait « tenir compte des évolutions historiques... »

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