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Etats-Unis, Arabie Saoudite, Qatar, Turquie : cette étrange coalition qui veut la peau de Bachar el-Assad
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Seul contre tous ?

Etats-Unis, Arabie Saoudite, Qatar, Turquie : cette étrange coalition qui veut la peau de Bachar el-Assad

Les condamnations se font de plus en plus vives à l'égard du régime de Bachar el-Assad. Ce mardi, l'OTAN a apporté son soutien à la Turquie tout en qualifiant "d'inacceptable" la destruction d'un avion de combat turc par la Syrie. La situation dans le pays est chaotique tandis que le président syrien se retrouve isolé face une opposition grandissante composée de plusieurs pays...

Gérard de Villiers

Gérard de Villiers

Gérard de Villiers, est un journaliste, écrivain et éditeur français. Il est diplômé de l'IEP Paris et de l'ESJ Paris. Il a été reporter à Rivarol, Paris-Presse, France-Dimanche. Il est célèbre dans le monde entier pour ses romans d'espionnage S.A.S, traduits en plusieurs langues. Son dernier ouvrage, récemment paru, s'intitule Le chemin de Damas[1].


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La situation en Syrie est d’une confusion extrême. Les médias occidentaux répercutent une image manichéenne : la lutte d’un peuple désarmé contre un régime corrompu et féroce. Ce « peuple syrien » étant soutenu par les États-Unis, l’Europe, la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar.

La vérité est plus complexe. Toutes les informations qui parviennent aux médias viennent d’une seule source : l’Observatoire des droits de l’homme syrien, basé à Londres. Or, l’ODHS est un faux nez des Frères Musulmans, donc biaisé. Deux exemples : il annonce 15 000 morts depuis le début de la révolte, l’ONU, 10 000. Ensuite, à chaque « vidéo amateur » transmise sur les combats, on peut toujours entendre en background un homme lancer « Allah ou Akbar ». Le cri de guerre des Frères Musulmans.

La Syrie est peuplée d’environ 15% d’Alaouites (chiites), de 13 % de Chrétiens, de 65% de Sunnites et de communautés kurdes et druzes.Depuis les années 70, les Alaouites tiennent le pouvoir politique et militaire. Beaucoup de Sunnites se sont alliés avec les Alaouites et gagnent énormément d’argent.

Les Sunnites se sont déjà soulevés. En 1985, il y a eu 20 000 mors à Homs et Ham. Cela a recommencé, l’année dernière à Deraa. Seulement, cette fois, ils n’étaient pas seuls contre l’armée de Bachar El Assad. Les Frères Musulmans, qui ont déjà « conquis » la Tunisie, la Lybie, en partie l’Egypte, le Hamas, ont volé à leur secours, armés, soutenus financièrement par le Qatar et sa puissante chaîne de télévision Al Jeezira.

Aussi, la lutte est plus équilibrée qu’on ne croit.

D’un côté, il y a certaines divisions de l’armée syrienne fidèles au régime, dont la quatrième brigade dirigée par le frère de Bachar, Maher. Et de l’autre, des Frères Musulmans syriens, aidés par des éléments d’Al Qaida venus d’Irak. Ce sont eux qui ont commis des attentats à Homs et Alep, avec des véhicules piégés. Grâce au trafic d’armes venues d’Irak, les rebelles disposent d’armes anti-char. Il s’agit désormais d’une vraie guerre civile dont nul ne connaît les pertes véritables de part et d’autre. Qui peut durer très longtemps, car le régime n’arrive pas à en venir à bout et les rebelles sont incapables de prendre le pouvoir.

Cependant, ils ne vont pas lâcher prise, à cause de leurs sponsors. En effet, les deux ennemis réels de Bachar El Assad sont deux monarchies du Golfe, richissimes et adeptes d’un Islam plus que conservateur. D’abord, l’Arabie saoudite. Elle a deux motifs de haïr le régime syrien. D’abord, la haine ancestrale entre Chiites et Sunnites dont elle est l’étendard. Or, la Syrie actuelle fait partie de l’Arc chiite, qui va de l’Iran au Hezbollah libanais, en passant par le Syrie. Casser cet arc affaiblirait profondément les Chiites.

Seconde raison : la Syrie est le dernier pays laïc de la région. Il paraît que le roi Abdallah d’Arabie Saoudite n’en dort plus. En cas de succès des Frères musulmans syriens, la communauté chrétienne devrait s’exiler. La devise des Frères syriens est : « Les Aalouites au cimetière, les Chrétiens à Beyrouth. » Le Qatar, lui, a toujours voulu rivaliser avec l’Arabie Saoudite sur le plan religieux. C’est la raison pour laquelle il a soutenu le « Printemps arabe », faux nez de la conquête du monde arabe par les Frères Musulmans. Il a armé les Lybiens, aidé les Tunisiens, récupéré le Hamas et vient de gagner la présidentielle en Egypte. Un fait passé inaperçu : Khaled Mechaal, le patron du Hamas, qui se trouvait en Syrie depuis plus de vingt ans, vit maintenant à Doha, capitale du Qatar.

Pour compléter la victoire des Frères, il faut donc que la Syrie de Bachar tombe. Ce qui renforcera forcément l’aura politique du Qatar.

La position réelle des Etats-Unis est différente. Officiellement, Barack Obama appelle à la chute de Bachar El Assad, celui-ci étant un des plus puissants soutiens de l’Iran, bête noire des USA depuis la fin du Chah. Seulement, les Américains sont tiraillés entre le désir d’affaiblir l’Iran, et la crainte de déplaire à leur plus puissant allié dans la région : Israël. En effet, Israël s’entend très bien avec le régime Bachar. Les Syriens sont des voisins détestés mais sérieux. Il n’y a jamais d’incidents de frontière et Jérusalem verrait très bien Bachar ou un homme lige rester au pouvoir. Sachant que la Syrie actuelle n’attaquera jamais Israël, ce qui ne serait pas le cas des Frères Musulmans. Israël va déjà avoir à sa frontière sud une Egypte au mieux, instable, au pire aux mains des Frères, cela suffit. C’est la raison pour laquelle les Américains se contenteraient d’un changement cosmétique à la tête de l’Etat syrien et œuvrent secrètement dans ce sens. Hélas, ce n’est pas facile : les El Assad ne sont pas le colonel Khadafi. C’est un clan puissant, soudé, disposant d’une force militaire sûre. Et Bachar n’a pas la moindre envie de s’en aller.

La Turquie, elle, fait pas mal de gesticulations, mais garde une certaine prudence. Elle n’a jamais eu de contentieux avec la Syrie et surtout, il y a les Kurdes. Qui sont en très bons termes avec les El Assad. Ceux-là, en cas de durcissement turc, seraient tout prêts à aider le PKK kurde, hantise des Turcs. Aussi la Turquie va rester prudente.

Parmi les ennemis de Bachar demeurent les Européens. Qui, à mon avis, jouent le rôle des « idiots utiles » chers à Lénine. L’Europe n’a aucun enjeu en Syrie, sinon la protection de la minorité chrétienne. De plus, il est assez comique de voir Laurent Fabius, dans des diatribes enflammées, prendre la défense de la rébellion syrienne. Sait-il que cette armée libre syrienne a comme allié principal des groupes d’Al Qaida ?

Le régime de Bachar est certes féroce, kleptomane, anti-démocratique, mais est-ce que les Frères Musulmans sont meilleurs ? Surtout, la Syrie n’est pas l’ennemie de l’Occident, le Fondamentalisme islamique, si. Son interprétation rétrograde de l’Islam fait planer un risque énorme sur le monde arabe.

Inutile de jeter de l’huile sur le feu.

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