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États-Unis : pourquoi Joe Biden devra nécessairement recadrer les excès de la gauche s’il veut reprendre le contrôle sur ceux -inexcusables- de la droite
©SAUL LOEB / POOL / AFP

Prestation de serment

États-Unis : pourquoi Joe Biden devra nécessairement recadrer les excès de la gauche s’il veut reprendre le contrôle sur ceux -inexcusables- de la droite

Joe Biden est officiellement devenu ce mercredi le 46e président des Etats-Unis après la cérémonie d'investiture organisée à Washington. Le nouveau dirigeant américain a déjà signé 17 décrets revenant sur de nombreuses politiques de son prédécesseur Donald Trump. Joe Biden va-t-il pouvoir pacifier les Etats-Unis et réconcilier l'Amérique ?

Gérald Olivier

Gérald Olivier

Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990, avant de rentrer en France pour  occuper le poste de rédacteur en chef au  mensuel Le Spectacle du Monde.  Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blog « France-Amérique ».

Il est aussi chercheur associé à  l'IPSE, Institut Prospective et Sécurité en Europe.

Il est l'auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec on Octobre 2012.

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Atlantico.fr : L'investiture de Biden après une période de violence très forte, d'abord au printemps avec des émeutes dans plusieurs villes et des bâtiments privés et publics attaqués, puis maintenant avec l’envahissement du Capitole qui a eu un grand retentissement dans l'ensemble du monde. Plusieurs supporteurs de Trump et de partisans de la droite américaine ont pointé ici un deux poids deux mesures, entre la condamnation assez molle des attaques menées par des extrémistes de gauche et celle unanime des médias en regard de ce qui s'est passé au Capitole. Est-ce que Biden pourrait espérer pacifier la société américaine en commençant par reprendre la main sur l'extrême gauche américaine, afin de limiter ses provocations médiatiques ?

Gérald Olivier : Si Biden veut réunifier la société américaine, il ne faudra pas que des mots, il faudra des actes. Or  ses premières décisions ne vont pas dans le sens d’une réconciliation. Parmi ses premiers décrets on note : la régularisation de plusieurs millions d'immigrés clandestins, l'interdiction des forages en Alaska, l'interruption du projet de pipeline Keystone, la réintégration de l'accord de Paris sur le climat, la fin du "Muslim Ban" c'est-à-dire l'interdiction d’entrée sur le territoire américains pour les ressortissants de certains pays du Moyen-Orient liés à des activités terroristes. Il s’agit de revenir sur des mesures phares de la présidence de Donald Trump ; la lutte contre l'immigration clandestine, la relance du secteur de l'énergie et de l'économie américaine, la protection du territoire contre les menaces extérieures. Par conséquent, ces décisions vont apparaître à tous les supporteurs de Donald Trump comme la volonté de détricoter tout ce qui a été fait depuis 5 ans. Pas de quoi leur indiquer que leurs demandés avaient été prises en compte, pas de quoi susciter la réconciliation. Biden a suspendu la construction du mur, à la frontière mexicaine et on ne sait pas s’il ne va pas ordonner la destruction de segments déjà construits, auquel cas on aura concrètement l'image d'un président qui détruit ce que son prédécesseur a bâti… Vraiment pas de quoi réconcilier les deux Amériques.  

La tâche de Biden est difficile car les deux Amériques n’ont pas la même lecture de la réalité et les deux Amérique ne sont plus égales devant la loi. Il y a un deux poids deux mesures qui s’applique notamment concernant les violences politiques. Il y a une complaisance lorsqu'elles viennent de l'extrême gauche et une demande de répression impitoyable quand elles viennent des supporteurs de Trump, même quand elles sont de bien moindre intensité. Kamala Harris, aujourd’hui vice-président a suggéré de payer la caution des individus arrêtés lors du pillage des centre-villes au printemps, alors que les énergumènes arrêtés au Capitole le 6 janvier sont détenus sans même la possibilité d’être libérés sous caution.

Pour réconcilier l'Amérique, Biden devrait commencer par respecter et écouter les 75 millions d’Américains qui ont voté pour Donald Trump et qui ne sont pas, pour 99,9% d’entre eux, des suprémacistes blancs, en dépit de ce que les médias tentent de nous faire croire. Ces électeurs sont des Américains moyens, respectueux des lois de la République, impliqués et intégrés dans leurs communautés, et qui constatent être de plus en plus marginalisés au sein de leur propre pays. Ces électeurs ont l'impression non seulement de ne plus être entendus, mais pire encore d’être méprisés par les élites intellectuelles – souvenez-vous d’Hillary Clinton qui les appelait les « déplorables » - et accusés de tous les maux de l’Amérique, par des groupes de pression, soutenus par les autorités et les médias, comme le mouvement Black Lives Matter qui exploitent, entretiennent et attisent les divisions, raciales en montant les groupes les uns contre les autres tout cela au nom d’un supposé anti-racisme. …, Pour réconcilier l'Amérique, il faudrait dans un temps reconnaître que les électeurs de Trump  sont des citoyens Américains comme les autres avec les mêmes droits que les autres et non pas des arriérés accrochés  à leur fusil et à leur religion » comme l’avait dit Barack Obama.  

Dans le même temps, Joe Biden devra contenir son aile progressiste. Cela sera un défi. Les plus radicaux parmi les démocrates veulent profiter du fait qu'ils ont la majorité dans les deux Chambres pour imposer leur agenda social avant les élections intermédiaires de 2022. Biden va donc tenir un langage unificateur, et défendre des positions centristes, tandis que son propre camp poussera pour des bouleversements radicaux, la contradiction est évidente et les tensions vont inévitablement émerger au sein du camp au pouvoir.

Est-ce qu'une partie de la gauche démocrate n'a pas au fond contribué par certains excès à radicaliser l'électorat de Trump ?

C'est une évidence. Les démocrates ont joué la provocation pendant quatre ans. Ils ont catégoriquement refusé de travailler avec lui et n’ont eu de cesse de vouloir le renverser. Il est ironique que les Démocrates dénoncent une tentative de coup d’Etat dans les évènements du 6 janvier, alors qu’eux même ont tenté plusieurs coup d’Etat législatifs. Car le procès en impeachment et les accusations portées contre Donald Trump dans le cadre de l’enquête sur une possible collusion avec la Russie, dont on sait aujourd’hui qu’elle n’était rien qu’une vaste campagne de désinformation, ont été en vérité des tentatives de priver Trump de son mandat, d’annuler son élection, d’inverser le résultat des urnes par des manœuvres législatives, donc des tentatives de coup d’Etat…

En fait les Démocrates avaient deux objectifs : un se débarrasser de Trump, deux l’empêcher de mettre en place sa politique de peur qu’elle ne porte ses fruits et ruine leur propre cause. C’est ce qui explique l’acharnement des élus Démocrates, dans les Etats et au Congrès, à détruire l’économie américaine au prétexte de protéger des vies en ralentissant la progression de la pandémie, dès que le Covid-19 est apparu. Ce virus a été le meilleur allié des Démocrates tout au long de l’année 2020 et ils ont joué la politique du pire. Souvenez vous de l’adage de Lénine, « la fin justifie les moyens », peu importe que des millions d’Américains meurent ou voient leur vie brisée ou ruinée, l’important était que Trump ne soit pas réélu. ,

Le populisme nationaliste et d’opportunité proposé par Trump a non seulement donné des résultats mais il a aussi résonné auprès d’un électorat qui n’avait pas voté pour lui en 2016. Le danger pour les Démocrates était clair et immédiat. Comme ils ne pouvaient pas le battre sur le fond, puisque les résultats économiques parlaient d’eux-mêmes, ils l’ont battu sur la forme, en attaquant sa personne, son caractère, ses excès de langage, son manque de compassion et surtout ils l’ont dépeint lui et ses supporters comme des extrémistes dangereux pour la Démocratie. Alors qu’en fait la réussite économique du pays était en train d’apaiser le pays: quand les revenus augmentent, quand les citoyens sont plus à l’aise dans leur vie de tous les jours, quand ils retrouvent leur optimisme pour les jours à venir, la société en devient naturellement plus apaisée.

Deux facteurs ont détruit cette réussite: la pandémie qui a battu en brèche les accomplissements économiques ; la mort de Georges Floyd. Ce second point a été particulièrement exploité par les démocrates, qui en ont fait le symbole du racisme de toute une société - même si le geste de ces policiers a été unanimement condamné. Les Démocrates ont joué la carte raciale, bien aidée par les BLM et avec le soutien des médias.

Il n’y avait rien d’unificateur dans cette démarche au contraire. Cette démarche n’avait qu’un but, diviser un peu plus la société américaine, et culpabiliser un public blanc jeune et peu au fait des détails de l’histoire. Quelle que puisse être la réalité du racisme, revenir sans cesse sur l’esclavage des noirs aux Etats-Unis qui est une page de l’histoire et qu’on ne peut réécrire et blâmer toute une société pour des crimes qu’ils n’ont pas commis, n’a pas pour but de réconcilier mais au contraire d’entretenir les divisions. Et c’est parfaitement compréhensible. Le fond de commerce de BLM c’est le racisme, toujours le racisme de l’autre, au passage, mais le racisme quand même, donc ce mouvement a besoin d’entretenir le racisme pour exister,

Pour détruire totalement l’image de Trump, il fallait le délégitimer tant dans son comportement que dans sa manière de faire de la politique. Donald  Trump a offert à ses détracteurs un bâton pour se faire battre en laissant ces supporteurs envahir le Capitole. Ce n'était pas un coup d'Etat, ce n'était pas une insurrection, ce n'était pas même un soulèvement, juste un coup de colère de provinciaux naïfs. Mais les images sont dramatiques dans leurs impacts. Elles sont du pain béni pour l'opposition. Trump aura beaucoup de mal à se rétablir après de telles images.

Qu'est-ce que Biden peut faire pour essayer de réconcilier l'Amérique ?

Il y a trois choses que Biden peut faire pour essayer de pacifier la situation. La première concerne la procédure de destitution engagée face à Donald Trump : c'est une procédure politique qui devrait être suspendue. Il peut gracié Trump comme Gerald Fort avait pardonné à Nixon. Biden pourrait affirmer son autorité présidentielle en s'opposant à Nancy Pelosi.

La deuxième chose concerne les règles électorales. Pour restaurer la confiance des électeurs de Trump dans le système électoral, il faut reformer le système de vote par correspondance.  Biden peut demander une uniformisation des règles entre tous les Etats en ce qui concerne les élections fédérales. Sinon, on risque de voir les électeurs de Trump se détourner du processus électoral et se radicaliser encore plus. 

La troisième chose, enfin, ce serait de se confronter aux géants du numérique en refusant la censure privée exercée par Twitter Google ou Facebook et en affirmant  qu'il reconnaît la liberté d'expression de ses opposants. Il peut aussi passer par le Congrès pour diviser ces groupes au nom des lois anti-trust et rétablir un minimum de concurrence dans ces secteurs.

 Biden a donc plusieurs moyens pratiques pour essayer concrètement de  réconcilier l'Amérique. Mais il faut qu'il donne des gages à l’autre Amérique, au lieu de contribuer à la réduire au silence. Il faut qu’il fasse un pas ou même plusieurs. Tant qu'il ne le fera pas, il n'y aura probablement pas de réconciliation possible.

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