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C'était impossible et pourtant...Comment François Fillon a réalisé "l'exploit" de perdre la bataille pour la présidentielle
©AFP

Bonnes feuilles

C'était impossible et pourtant...Comment François Fillon a réalisé "l'exploit" de perdre la bataille pour la présidentielle

Durant une année, les auteurs ont infiltré les états-majors, recueillant confidences inédites. Jusqu'au 7 mai, ils ont été les témoins privilégiés des alliances, des trahisons et de tous les coups de théâtre. Ils révèlent comment se sont joués le shakespearien renoncement de Hollande, puis les descentes aux enfers de Juppé, Sarkozy et Valls. Extrait de "L'irrésistible ascension. Les dessous d'une présidentielle insensée" de Soazig Quéméner et Alexandre Duyck, aux Editions Flammarion (2/2).

Soazig Quéméner

Soazig Quéméner

Soazig Quéméner a 36 ans. Entrée au Journal du dimanche en 1999, elle y a suivi les dossiers « Environnement » et « Religion » avant d’entrer au service politique en 2010.

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Alexandre Duyck

Alexandre Duyck

Alexandre Duyck est journaliste et écrivain. Il a été grand reporter au Journal du Dimanche jusqu'en janvier 2015 et collabore à l'émission L'Effet Papillon sur Canal +.

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C’est dans ce contexte troublé que François Fillon ouvre enfin, le jeudi 10 janvier, les portes de son nouveau QG rue Firmin-Gillot dans le 15e arrondissement de Paris. Dans une immense salle, en partie vitrée, parlementaires et journalistes ont été mêlés pour entendre la bonne parole du candidat à la présidentielle à l’occasion de ses voeux. Et l’auditoire va très vite comprendre que le ténor de la droite n’a aucune intention de se plier aux demandes des uns ou aux exigences des autres. François Fillon s’adresse aux représentants de la presse : « Nous allons vivre ensemble des jours importants pour notre pays. Je serai au front et vous serez  vous, journalistes, sur la brèche, au service de l’information des Français. Je ne doute pas que notre relation sortira renforcée de ce compagnonnage, même si je sais que je ne suis pas pour vous un “client” facile, les nargue-t-il. Vous devrez faire avec ma réserve et mes sourcils broussailleux. Dur travail ! »

Au passage, il se permet de leur faire la leçon : « Méfiez-vous des scénarios écrits à l’avance. Les grilles de lecture du microcosme ne sont plus celles de cette France silencieuse et fiévreuse que j’ai parcourue de long en large. Bienvenue dans l’insondable et dans les entrailles d’un pays à cran qui cherche des solutions à ses difficultés. »

Après avoir achevé son discours, François Fillon fend la foule et s’installe devant le buffet, un verre de vin rouge à la main. Pressé de questions, il se confie enfin et, visiblement détendu, livre le fond de sa pensée. Le miraculé de la primaire se croit invincible. « Il est inébranlable », ajoute l’une de ses fidèles. Qui d’autre pourrait de toute manière remporter la présidentielle ? « S’ils sont trois en face à gauche, je ne vois pas comment ils peuvent être au second tour », observe Fillon, admettant qu’il ne « s’attendait pas » au retrait de François Hollande. « Ma victoire n’a sans doute pas été étrangère à ce choix », poursuit-il. Avant de l’assurer : il ne s’inquiète pas de l’envol d’Emmanuel Macron. « C’est un problème pour la gauche, pas pour la droite, répète-t-il souvent. N’oubliez pas que, pendant deux ans, on m’a dit que Juppé allait remporter la primaire. »

Preuve qu’il prend tout de même cette menace en considération, il revient du CES de Las Vegas, le salon du high-tech, où il s’est montré en compagnie de Nathalie Kosciusko- Morizet, histoire de concurrencer le leader d’En Marche sur le créneau des nouvelles technologies. « Macron, c’est le renouveau, Bruno Le Maire en moins raté. Mais il a tout de même un logiciel de caste », souffle l’une de ses proches.

Sur les hésitations de sa propre campagne, François Fillon se refuse au moindre mea culpa. Il reste droit dans ses bottes. « Pendant la primaire, je vous avais dit que cela se cristallisait trois semaines avant. Vous ne m’avez pas cru. La présidentielle, cela commence cinq semaines avant. Tout le reste c’est du cinéma ! » Fermez le ban ! Il est aussi interrogé sur son rapport à la Russie, à son « cher Vladimir » comme il l’a un jour qualifié. « La politique française à l’égard du conflit syrien est un échec total, lâche-t-il. Même Angela Merkel sur Poutine est beaucoup plus pragmatique que vous ne le pensez. Le plus gros client pour le gaz de Russie, c’est l’Allemagne. Elle a des contraintes politiques beaucoup plus fortes que les nôtres. » Avant de se pâmer devant sa future fonction. « Elle m’avait dit un jour qu’elle rêverait d’être présidente de la République française », s’amuse-t-il. Sur son petit nuage, Fillon disserte déjà des grands de ce monde et ne semble décidément pas pressé d’accélérer le rythme de sa campagne. Ce jour-là, il s’éclipse, un petit sourire aux lèvres.

Si François Fillon semble vouloir se tenir au-dessus de toutes les petites contingences politiciennes, c’est qu’il lui paraît impossible de ne pas figurer au second tour de la présidentielle. Il y a un tel désir d’alternance dans le pays après le désolant quinquennat Hollande, une telle envie de droite que, mécaniquement, le vainqueur de la compétition interne de la droite devrait être le prochain président de la République. Alors pourquoi s’inquiéter, pourquoi s’alarmer ? Porte-parole du candidat, Florence Portelli résume alors le sentiment général du petit cercle filloniste : « Ce serait un exploit de perdre ! », avant de reconnaître, plus modeste : « Enfin, un exploit est toujours possible. »

Après la santé, les 39 heures et la politique « chrétienne », une autre pomme de discorde va pourtant vite faire son apparition dans la campagne de François Fillon. Selon les sarkozystes, le candidat ne s’adresse pas assez aux catégories populaires qui ont boudé la primaire de la droite et du centre. Un sondage Ifop le prouve alors. En cas de candidature Bayrou, Marine Le Pen devancerait le champion de la droite au premier tour de l’élection présidentielle. Et, surtout, François Fillon a baissé de 8 points chez les employés et les ouvriers depuis son élection. « Il ne veut pas comprendre que sa base électorale, celle de la primaire, ce sont les sénateurs, qui se font élire eux-mêmes par des élus, des relais de l’establishment. Ce corps électoral est limité, il renvoie à un suffrage censitaire. Là, maintenant, l’enjeu, c’est le suffrage universel ! », déplore une ancienne ministre sarkozyste. 

Extrait de L'irrésistible ascension. Les dessous d'une présidentielle insensée de Soazig Quéméner et Alexandre Duyck, aux Editions Flammarion

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