Et si l’ère des multinationales était révolue ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Consommation
Les petites structures sont mieux armées pour résister aux conditions économiques actuelles.
Les petites structures sont mieux armées pour résister aux conditions économiques actuelles.
©Reuters

Decod'Eco

Et si l’ère des multinationales était révolue ?

Est-ce la fin des multinationales géantes ? Du point de vue d'un investisseur, dans quelles entreprises vaut-il mieux investir face à cette perspective ?

Chris Mayer

Chris Mayer

Rédacteur en Chef de Capital & Crisis et Crisis Point Trader. Chris Mayer s'occupe de la lettre américaine d'information Capital & Crisis, ainsi que du système de trading Crisis Point Trader. Ses analyses pertinentes et précises des problématiques financières ont été reprises souvent dans de nombreuses publications, et notamment dans le très réputé Grant's Interest Rate Observer.

Voir la bio »

L'époque des entreprises géantes est-elle terminée ? Il nous semble en tout cas que les petites structures sont mieux armées pour résister aux conditions économiques actuelles, nous voulons dire par là des entreprises plus petites, plus souples, plus lisses, gérées par les propriétaires, en comparaison des géants de l'industrie.

Les entreprises peuvent devenir trop grosses. Des "déséconomies" d'échelle peuvent avoir lieu lorsque les entreprises perdent en efficacité une fois qu'elles ont atteint une certaine taille.

Un article fascinant est paru à ce sujet dans le New York Times Magazine, dans lequel Jonah Lehrer se penche sur le travail de Geoffrey West ("Un physicien élucide le mystère de la ville"). Voyons cela d'un peu plus près...

West est un physicien théoricien qui s'est consacré à l'étude des villes et des entreprises. S'il y a de nombreuses ressemblances entre les deux, il y a également une différence majeure : les villes ne meurent quasiment jamais, contrairement aux entreprises. "Comme le fait remarquer West", écrit Lehrer, "l'ouragan Katrina n'a pas pu emporter la Nouvelle-Orléans et la bombe nucléaire n'a pas pu rayer de la carte Hiroshima. A contrario, où sont Pan Am et Enron aujourd'hui ? La durée de vie moyenne d'une entreprise moderne se situe entre 40 ans et 50 ans".

Pourquoi ? Bourse, bénéfices, marché

"Après avoir acheté des données sur plus de 23 000 entreprises cotées en bourse, [...] West a découvert que la productivité d'une entreprise, contrairement à la productivité urbaine, était entièrement sublinéaire. A mesure que le nombre de salariés augmente, le montant des bénéfices par salarié se réduit. West est pris de vertige lorsqu'il me montre les graphiques de régression linéaires. "Regardez-moi ce graphique." me dit-il. "C'en est ridicule de voir comment les points s'alignent." Le graphique reflète la froide réalité de la croissance des entreprises, dans lesquelles les efficiences d'échelle sont presque toujours dépassées par le poids de la bureaucratie. 'Lorsqu'une entreprise naît, tout est dans la nouvelle idée', observe West. "Puis, si l'entreprise a de la chance, l'idée décolle. Tout le monde est riche et content. Mais alors la direction commence à s'inquiéter du résultat financier et donc plein de gens sont embauchés pour s'occuper de la paperasserie. C'est le début de la fin."

"Le danger, explique West, est que le déclin inévitable des bénéfices par salarié rend les grandes entreprises de plus en plus vulnérables à la volatilité du marché. Puisque l'entreprise doit à présent supporter une charge de personnels qui lui coûte cher -- les frais généraux augmentent avec la taille -- une perturbation même mineure peut conduire à des pertes majeures. Comme l'observe West, 'les entreprises meurent de leur besoin de continuer à grossir."

Trop grosses pour faire faillite… et pour fonctionner efficacement

Dans un marché concurrentiel, de telles grandes entreprises seront confrontées à toutes sortes de problèmes. Des pertes financières et de parts de marché les obligeront à se contracter ou alors c'est la faillite.

Sauf que nous ne vivons pas dans un marché concurrentiel.

A la place, les entreprises grossissent anormalement dans une toile de privilèges publics. Il est facile de voir cela avec les banques. Peut-on douter que les banques "too-big-to-fail" ne seraient pas aussi grandes qu'elles le sont sans l'aide du gouvernement ? Le secteur bancaire américain, par exemple, est un cartel, garanti par la Réserve fédérale et le contribuable (ce n'est pas très différent en Europe). Sans cette super-structure, les banques seraient certainement plus petites.

Ce phénomène va bien au-delà des banques. Il touche quasiment tout.

  • Le complexe militaro-industriel serait impossible à imaginer sans les aides gouvernementales.
  • Les centres commerciaux tentaculaires seraient impossibles si le contribuable ne garantissait pas les coûts massifs pour construire des routes, des ponts et des ports.
  • Les grandes compagnies pharmaceutiques et les géants technologiques comme Intel ou Microsoft seraient impossibles si l'Etat ne soutenait pas les brevets.

Le fait est que l'Etat, à travers ses politiques, pousse à la centralisation et au gigantisme. C'est même plus profond que cela et cela affecte les réseaux sociaux qui évoluent dans une société (écoles publiques, prisons, etc.).

Pour résumer sur ce sujet : investissez dans les entreprises plus petites, plus audacieuses. Elles sont plus à même de trouver les filons de croissance et les opportunités dans un paysage économique aujourd'hui stagnant et problématique. Fait ironique, comme le souligne West, ces entreprises sont également mieux capables de supporter les inévitables tempêtes.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !