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Et si François Hollande était en train de réussir à installer l’hypothèse de son retour ?
©GEORGES GOBET / AFP

Incroyable mais vrai (Jacques Martin, sors de ce corps)

Et si François Hollande était en train de réussir à installer l’hypothèse de son retour ?

Le succès inattendu du livre de François Hollande et sa conférence à la fondation Jean-Jaurès laissent penser que l'ancien président pourrait bien revenir en politique.

Chloé Morin

Chloé Morin

Chloé Morin est ex-conseillère Opinion du Premier ministre de 2012 à 2017, et Experte-associée à la Fondation Jean Jaurès.

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Atlantico : Après le succès de son livre et sa conférence du 7 juin à la Fondation Jean-Jaurès où François Hollande a taclé Emmanuel Macron le qualifiant de «candidat de nulle part», peut-on encore avoir des doutes sur sa volonté de retour à la vie politique et son envie d’en découdre avec l’actuel locataire de l’Elysée ? 

Chloé Morin : Ce qui semble ne faire aucun doute, c’est sa volonté de rechercher une forme de rédemption, non seulement de réhabiliter son quinquennat, mais aussi la manière dont il a gouverné. Lui, à qui ses soutiens ont reproché durant tout son quinquennat de ne pas savoir en faire le « récit », de ne pas savoir « incarner » et « embarquer » son camp, semble s’essayer enfin à l’exercice à travers son livre. Il est intéressant de noter qu’à travers des piques comme « Président des très riches » ou « je suis fier d’avoir gouverné humainement », il essaie de se reconstruire en s’opposant à son successeur. Il prend appuis sur les principaux reproches que l’opinion fait à Emmanuel Macron, afin de mieux souligner ses propres qualités. C’est d’autant plus facile pour lui qu’Emmanuel Macron a lui même bâti son style de gouvernance en rupture avec François Hollande...

Mais la principale difficulté à laquelle Hollande risque d’être confronté, c’est la volonté des gens de tourner la page, de voir émerger de « nouvelles têtes », et de se projeter avec elles dans l’avenir. Les français seront-ils disponibles pour entendre ses messages? Veulent-ils écouter les leçons d’un Président qui voit dans son renoncement un acte politique noble et désintéressé, mais qui aux yeux de beaucoup de Français a simplement été empêché de se représenter de son propre fait? Ce sont des questions auxquelles il est difficile de répondre à ce stade...

Dans cette recherche de rédemption, le principal atout de François Hollande est évidemment le vide politique qui règne pour le moment, notamment à gauche (en dehors de Jean-Luc Mélenchon). On sait combien il est difficile d’émerger sur la scène politico-médiatique aujourd’hui : même les ministres, qui sont au coeur de l’actualité en permanence, sont nombreux à rester relativement inconnus. C’est donc d’autant plus difficile pour les responsables d’un Parti socialiste que l’on dit mort et enterré depuis un an...

Comment expliquer et interpréter cette volonté de retour ? Est-elle comparable à celle des anciens présidents Valérie Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy tous deux laissés orphelins du pouvoir à un «jeune» âge ? 

Les situations ont leurs différences, et les ressors personnels de ces retours le sont évidemment aussi. Mais il y a à mon sens une différence absolument fondamentale entre la situation d’un Giscard ou d’un Sarkozy et celle de François Hollande aujourd’hui : le paysage politique n’a plus rien à voir. 

Cela fait des années que les Français nous disent massivement que « les politiques ne s’intéressent pas aux citoyens », qu’ils sont « corrompus » (69% dans la vague 2017 de Fractures françaises d'IPSOS, par exemple), inefficaces, insincères et carriéristes. Ce sentiment n’a évidemment pas tout à fait disparu, loin de là. Mais ce que l’élection d’Emmanuel Macron a contribué à changer, c’est l’idée que rien - et notamment pas le vote - ne pourrait changer à cette situation de défiance et d’impuissance citoyenne face à une offre politique insatisfaisante. Par conséquent, je pense que beaucoup de gens se disent qu’ils ne sont plus condamnés à avoir « toujours les mêmes », avec les mêmes profils, qui rejouent éternellement les mêmes matchs. 

De plus, dans un monde politique essentiellement bipolaire (ou tri polaire, si l’on tient compte de la, place prise par le FN à partir des années 2000), l’espoir d’une alternance gauche-droite quasi automatique venait toujours, à un moment donné, tempérer les ambitions personnelles. On avait intérêt, ne serait-ce qu’au second tour, à se rassembler au sein même d’un camp pour gagner. Evidemment, cela n’a pas empêché une partie des éléphants de mettre des bâtons dans les roues de Ségolène Royal en 2007, ou Chirac d’être trahi par son propre camp. Mais cela contribuait à faciliter l’exercice, toujours compliqué en politique, qui consiste à inviter les uns et les autres à ranger leur ambition personnelle au nom de l’intérêt collectif (cad la victoire de leur camp politique). Aujourd’hui, les ambitions personnelles n’ont rien perdu de leur vigueur, mais il me semble qu’elles sont beaucoup moins freinées. Après tout, notre Président est sorti de nulle part, et a obtenu une immense majorité parlementaire à partir d’un socle de premier tour relativement étroit. Donc tout est possible! Par conséquent, les ambitions fragmentent beaucoup plus l’offre politique, car elles ne sont plus modérées par la discipline partisane et la perspective de l'alternance probable.  

Selon vous quelles pourraient être les conséquences sur le Parti Socialiste si le retour de François Hollande se confirmait ? 

Il peut y avoir, chez les sympathisants PS et les ex-électeurs de François Hollande, un désir de réhabiliter le quinquennat. Non pas pour faire plaisir à l’ancien Président, mais parce que lorsqu’on a fait un choix de vote, tracté sur les marchés, défendu un candidat dans les diners en famille, son humiliation politique est aussi un peu la nôtre. Donc à travers l’exercice entrepris par le Président, celui qui a voté pour lui peut trouver une forme de soulagement, en se disant « je n’ai pas fait de si mauvais choix, finalement ». C’est ainsi que j’explique le succès de son livre : une forme de sursaut d’orgueil, un peu tardif. Pour autant, les électeurs de centre-gauche referaient-ils ce choix, ou aspirent-ils à un renouvellement profond ?

L’attente majoritaire, chez les citoyens qui occupent ce que fut jusqu’à il y a un an l’espace politique du PS, me semble être le renouvellement, du fonctionnement, des hommes, et des idées. Et de ce point de vue, le risque est évidemment que François Hollande ne fasse écran aux tentatives de la nouvelle direction du PS.

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